‹ Vade-mecum de l'officier au TonkinChapitre 7 sur 27 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

Il s'agissait donc simplement de faire comprendre aux autorités Indigènes l'importance qu'il y avait pour les populations d'avoir le plus de chemins possible, sillonnant le pays dans tous les sens, qui permettraient aux troupes, tenant garnison dans les nombreux postes militaires du Delta à cette époque, de se porter très rapidement d'un point à un autre, partant, d'arriver à temps au secours des villages que les bandes pirates viendraient piller.

A l'arrivée du pouvoir civil, les Chefs de poste n'ayant plus aucun droit sur les autorités annamites, on a abandonné ce système et complètement négligé les routes.

On a bien, il est vrai, fait quelques grandes routes d'un centre important à un autre , mais pas de chemins reliant les villages les uns aux autres, ce qui était le plus important au point de vue de l'occupation complète du pays.

Dans ces derniers temps, on est enfin revenu des anciens errements, et on a repris le système de pacification que je voudrais voir préconiser, car faire des routes est le moyen le plus sûr de tenir un pays, en même temps que celui qui coûte

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le moins cher en argent et surtout en hommes ; et c'est assurément à son grand nombre de voies de communication que le Delta doit actuellement sa grande tranquillité.

On a déjà commencé depuis quelques années à faire des voies de communication en dehors du Delta, mais le pays étant généralement abandonné, cela devient plus difficile.

Faute de bras dans les régions montagneuses, on est donc obligé d'en prendre dans les provinces qui sont limitrophes et même dans le Delta.

Or, l'Annamite du Delta n'aime pas à se déplacer et surtout à quitter son pays pour aller dans la montagne.

On rencontrera certainement de très grandes difficultés, et de toutes sortes, pour faire des routes dans ces régions; mais il faudra en venir là cependant, si Ton veut arriver à anéantir complètement les bandes qui y ont encore leurs repaires.

Car si les bandes du Delta ont été à peu près totalement détruites, celles des rés^ions montagueuses existent toujours, diminuées, il est vrai,

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mais elles existent néanmoins, et va les obstacles naturels que rencontrent à chaque pas nos troupes dans ces pays difficiles, il est à craindre que cet état de choses ne dure encore fort longtemps.

Les bandes pirates éviteront toujours les grandes voies de communication, lorsqu'elles auront un convoi à faire passer; elles rechercheront au contraire les sentiers les moins praticables, qui sont peu fréquentés et où elles ne risqueront as deprencontrer nos troupes.

Je ne cesserai donc pas de recommander de faire des routes, plus il y aura de routes, plus tôt ces bandes disparaîtront, et la tranquillité renaissant bientôt dans tout le pays, les habitants viendront reconstruire leurs villages qu'ils ont dû abandonner il y a plus de vingt ans lors de l'invasion des Taï-Pings, et se remettront à cultiver cette grande étendue de terrain restée inculte, envahie par la brousse, où l'on ne voit plus l'emplacement des villages que par les quelques touffes de bambous qui subsistent encore, comme pour montrer que là était anciennement leur enceinte extérieure.

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Il ne faut pas croire en effet que cette partie du Tonkin est aujourd'hui déserte par suite de notre occupation; elle était déjà inhabitée bien antérieurement à notre conquête.

J'ai dit plus haut que les bandes existaient toujours dans les régions montagneuses, en ajoutant intentionnellement : diminuées, il est vrai.

Je ne crois pas en effet, qu'elles aient pu augmenter depuis sept ou huit ans.

On veut bien parler d'infiltration Chinoise, mais il y a certainement là beaucoup d'exagération ; sans être trop optimiste , il ne faut pas non plus être trop pessimiste.

Ceux qui vivent au Tonkin depuis longtemps déjà, n'ignorent pas que chaque année, à peu près à la même époque, certains bruits se reproduisent plus ou moins fondés, mais qui, colportés de bouche en bouche, finissent bientôt par prendre quelque consistance.

Les nouveaux débarqués n'ayant encore aucune notion sur le pays y ajoutent immédiatement foi, tandis que les vieux Tonkinois plus au courant des choses les voient plus froidement et les estiment à leur juste valeur.

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