‹ Vade-mecum de l'officier au TonkinChapitre 8 sur 27 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

A eux donc, de mettre leurs camarades en garde dès le jour même de leur arrivée contre un emballeinent si naturel à notre tempérament de Français, car il faut bien le reconnaître, nous pécherons toujours par le manque de sangfroid .

A mon humble avis, il n'y a donc pas plus de pirates chinois aujourd'hui qu'il y a quelques années, et je dirai même, il y en a moins.

Lorsqu'on parle de bandes Chinoises, on est généralement porté à grossir le nombre d'hommes en armes, car personne n'ignore qu'il y a toujours au moins deux hommes pour un seul fusil, et de plus^ les émissaires qui nous donnent ces renseignements, le plus souvent des Annamites, exagèrent aussi beaucoup quelquefois, compre nant les coolies porteurs dans l'effectif de ces bandes.

On prétend en outre que la Chine n'observe pas ou observe mal les clauses des traités, et qu'elle envoie ses soldats réguliers en maraude sur le territoire Tonkinois.

Il est très possible en effet que quelques réguliers Chinois licenciés viennent se joindre aux

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bandes pirates , sans que pour cela le Tsong-Li- Yamen puisse cependant en être rendu responsable.

Le Gouvernement chinois rencontre lui-même autant de difficultés à réprimer la piraterie au delà de la frontière, que nous sur notre territoire, les bandes passant successivement sur l'une ou l'autre frontière, selon qu'elles se trouvent être plus inquiétées d'un côté que de l'autre. Et ce sont précisément ces passages successifs des bandes d'une frontière à l'autre, qui font croire à une recrudescence de la piraterie, et donnent naissance à tous ces bruits dont j'ai parlé plus haut.

Ceux qui les colportent peuvent certainement être de bonne foi, et la marche même de ces bandes vers l'intérieur, car ne pouvant vivre à proximité de la frontière où le pays est complètement désert, elles sont obligées de descendre dans une région plus peuplée, où elles pourront trouver plus facilement à vivre, semble leur donner quelque vraisemblance.

Mais malheureusement lorsque ces bruits arrivent dans le Delta, dans les grands centres,

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ils se trouvent grossis de telle façon, que les esprits quelque peu timorés voient là de suite une invasion Chinoise.

Il nous est d'ailleurs très difficile de pouvoir atteindre ces bandes, dans la région de Cao-Bang surtout, à cause de la proximité de la frontière, car se réfugiant généralement sur la frontière Chinoise à l'arrivée d'une forte colonne, elles repassent immédiatement sur notre territoire après le départ de nos troupes.

Il faudrait donc pour arriver à l'extinction complète de la piraterie dans ces contrées, obtenir par voie , diplomatique du Gouvernement chinois, qu'il donnât des instructions à ses commandants de poste sur cette frontière, de s'entendre avec l'autorité militaire française pour faire des opérations simultanées de chaque côté de la frontière pour tâcher de prendre ces bandes entre deux feux.

Je ne veux certainement pas prétendre que par ce moyen on arrivera à les détruire d'un seul coup, mais ces opérations étant répétées assez fréquemment, les bandes moins tranquilles dans leurs campements qu'elles devront cons-

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tamment transporter d'un endroit dans un autre, finiront à la longue par se lasser de cette existence qui pour elles deviendrait insupportable.

Ces bandes, qui vivent depuis de nombreuses années dans le pays qu'elles ont parcouru dans tous les sens, ont en outre cet immense avantage sur nos troupes de posséder la connaissance du terrain à fond.

Elles y ont leurs repaires comme des bètes fauves, et nous passons le plus souvent tout près des grottes où se trouvent leurs approvisionnement sans nous en douter.

Nous ne pouvons les découvrir que si un guide nous y conduit, et nous indique les moyens d'y arriver, car, à première vue, elles paraissent toutes inabordables pour quiconque n'est pas du pays.

L'habitude qu'elles ont de marcher de nuit comme de jour dans ces pays très difficiles, où nous autres Européens nous rencontrons toutes sortes d'obstacles naturels, leur permet de se glisser pour ainsi dire , par petits groupes entre nos différentes fractions de troupe sans être aperçues par elles, soit pour passer la frontière,

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