MONTAGE DU COMPOSTEUR
largeur ou justification désignée; une vis, que l’on serre et desserre à volonté, fixe cette pièce ou la laisse glisser selon les besoins. C’est ce qui s’appelle justifier ou monter son composteur.
Supposons une copie à composer sur 22 cjcéros (qui est la longueur des lignes du Vade-Mecum) : on prend dans une casse de cicéro vingt-deux mm que l’on place ainsi dans l’outil :
O11 ajoute un bout de papier ordinaire, on appuie la pièce coulissée^ contre l’extrémité de la ligne des mm et on serre fortement la vis (1).
Pourquoi, se demandera- t-on, ce petit bout de papier?
Pour que l’interligne, coirpée sur un nombre exact de cicéros, ait un peu de jeu dans le composteur. La ligne de texte est toujours plus ou moins élastique en raison du nombre de lettres qu’elle renferme. Or, lorsque la composition prendra place dans le châssis et qu’on procédera au serrage, les lignes de texte céderont forcément, et si l’on n’a pas prévu un peu de jeu pour les interlignes, la pression s’opérera sur l’extrémité de celles-ci, et les caractères se lèveront sous l’action des rouleaux à l’impression.
(1) En août 1890, M. Pierre Cuchet fit paraître dans le Typographe de l’Est et du Nord une série d’articles sur le « Saint-Jean » du compositeur. Dans l'un de ces articles il remarquait que toits les manuels typographiques enseignaient à tort de justifier le composteur à l’aide d’interlignes. Nous lui fîmes observer — par lettre datée du 2 septembre — que le Vade-Mecum (édition de 1891) faisait exception, et nous le priâmes de publier notre théorie à ce sujet. Depuis, tous les petits manuels, et même les dictionnaires typographiques qui ont paru en France, ont adopté notre théorie, sans que leurs auteurs aient cru devoir en signaler l’origine. Voilà qui est fait.
Nous ajouterons ici que par le « Saint-Jean » du compositeur, on entend tous les outils qui lui sont nécessaires : composteurs en fer et en bois, pinces, pointes et... visorium.
DE LA COMPOSITION
La composition typographique est l’art d’assembler les lettres pour en former des mots, des lignes et des pages.
L’ambition de tout compositeur est évidemment de devenir habile, c’est-à-dire de lever (1) autant et si possible plus de lignes à l’heure que le plus habile leveur connu.
l’apprentissage typographique au temps passé. -
Extrait de Tipografia, de M. Salvadore Landi, de Milan.
En conséquence, l’apprenti doit tout d’abord s’exercer lentement à la composition, afin de ne contracter que de bonnes habitudes. Peu à peu il augmente de promptitude et de légèreté, pour arriver insensiblement à être maître de ses mouvements, c’est-à-dire saisir la lettre sans la manquer et l’amener dans le composteur sans mouvements inutiles.
Rien ne sert de courir, il faut partir à point !
Pour composer avec facilité, il faut placer la casse à une hauteur convenable sur le rayon ou rang', de manière que les
(1) On dit communément lever la lettre pour composer, et un compositeur de texte courant est désigné sous le nom de leveur.
DE LA COMPOSITION
coudes se trouvent à la hauteur du bas de la casse. On atteindra ainsi sans effort les cassetins supérieurs du haut de casse. Il ne faut pas tomber dans l’excès contraire, c’est-à-dire placer la casse trop bas, car à la longue les épaules se voûteront et le travail de composition, dans ces conditions, devient pénible.
Rayon en bois.
Rayon-layette.
Il existe aussi un meuble très pratique appelé rayon-layette, qui remplace avantageusement le rayon simple, principalement dans les imprimeries de travaux de ville.
L’ouvrier doit se tenir debout et bien droit, les jambes un peu écartées, vis-à-vis du cassetin aux grosses espaces, tenant dans la main gauche son composteur, muni d’un lève-lig'iie.
Cn <
Lève-ligne pour grandes justifications.
Lève-ligne pour petites justifications.
11 lit rapidement d’un coup d’œil deux ou trois mots de sa copie fixée au visorium (1) (graduellement il en lira davantage), sans interrompre le mouvement régulier de la main droite, prend une à une les lettres, autant Êljj
que possible par la tête, c’est-à-dire du côté de l’œil, le cran en dessous.
Il les place successivement dans le composteur, où elles sont reçues par le pouce de la main gauclie, lequel les laisse glisser par leur propre poids jusqu’au fond de l’outil, et les maintient ensuite pour qu’elles ne s’écartent pas du groupe déjà composé.
Le regard se dirige en même temps vers la casse pour y chercher une nouvelle lettre. L’œil doit pour ainsi dire choisir cette lettre pendant que la main droite est encore occupée avec la lettre précédente.
Visorium.
(1) On pique le visorium dans le rebord gauche de la casse, du côté des y. Un grand nombre de compositeurs se contentent actuellement de placer la copie sur le haut de casse. D’autres font une entaille dans la traverse du milieu du bas de casse et y fixent le papier. Tout cela ne vaut pas le visorium.