VA IL LAS TË
sur les genoux de sa mère qui avait l'epris sa place dans son fauteuil, eu face de Mademoiselle et de Tiomane, debout l'une devant l'autre.
— Enfin, poursuivit l'institutrice de son même ton digne et assuré, il m'apparteiiait, à moi, de me souvenir que ce ^^etit scandale rejaillirait sur la famille a laquelle je suis attachée. Je ne pouvais, je ne devais pas le souffrir. Il me convenait d'y mettre un terme au plus tôt. C'est pourquoi, Tiomane, j'ai entraîné Maritza de votre côté. J'espérais qu'elle regagnerait la salle de bal au bras du prince, et que votre fugue en serait ainsi atténuée.
— Et comme toujours, Pascale, conclut madame de Sorgues, vous avez intelligemment et sagement agi.
Tiomane avait écouté, croyant, tout d'abord, à quelque rêve fou, ne pouvant imaginer possible une telle audace mensongère, une méchanceté aussi inique. Chacune de ces paroles outrageantes l'étourdissait, l'effarait, comme quelque chose de trop invraisemblable, de monstrueux. Plusieurs fois ses lèvres s'étaient entr'ouvertes dans une sourde exclamation d'horreur. Plusieurs fois elle avait essayé d'interrompre, de riposter, de se défendre, mais les mots expiraient dans sa gorge serrée. Peu à peu une clarté terrifiante l'aveuglait, une épouvante nouvelle de ce semblant de vérité que revêtait, sous Ifs \y.\role3 mesurées de Mademoiselle, l'infâme cal()iiini(>.
VATLLAXTÉ. 95
— C'est iuoui, vraiment! reprit madame de Sorgues, outrée d'une pareille aventure, blessée de ce qu'elle prenait pour l'effronterie d'une orgueilleuse, courroucée surtout qu'on eût pu se permettre de faire souffrir, de faire pleurer sa Maritza ; tant d'astuce. . . . d'impudence.... c'est à ne pas croire....
— Aussi, marraine, balbutia la pauvre Tiomane éperdue, vous n'y croyez pas.... n'est-ce pas.... c'est impossible....
— Mère, ce n'est pas tout encore, poursuivit Maritza en se mettant debout et dardant sur Tiomane un regard enflammé. Après souper, il y a eu ce chant....
— Ah ! murmura Tiomane avec une amertume poignante, me reprocher jusqu'à ma voix....
— Que tu nous dois, ma chère, répliqua maladroitement madame de Sorgues, sans attendre d'autre éclaircissement sur ce nouveau grief, comme tu nous dois tout le reste.... tout ce que tu es aujourd'hui. ..
— Oui, poursuivit Maritza, emportée par une véritable rage, ramassée par nous dans un village.... sur les grands chemins.... abandonnée.... misérable servante....
— Hélas ! reprit âprenient Tiomane, il fallait m'y laisser, dans mon village....
— Ingrate ! dit durement madame de Sorgues.
— Non, pas ingrate, mais Immiliée, torturée.... du
ôe . Vaîllantê.
premier jour jusqu'au dernier.... subissant les plus atroces injustices.... non seulement sacrifiée en tout... mais méconnue toujours....
— Au contraire, interrompit ironiquement Mademoiselle, trop connue, nialbeureui^ement....
— Eh bien ! triomphez, vous ! répliqua la pauvre victime hors d'elle, car tout ceci est encore votre œuvre.... commencée dès mon entrée dans cette maison ....
— Yous osez attaquer Mademoiselle, maintenant, dit sévèrement madame de Sorgues, quittant le tutoiement habituel, comme pour mieux marquer la désaffection soudaine, — celle qui a pris soin de votre éducation. . . . Ah! ceci passe les bornes. . . . taisez-vous, je vous l'ordonne....
— Non, marraine, il faut que je m'explique enfin, il faut que mon cœur se vide.... Je ne dénie pas vos intentions généreuses à mou égard.... Comme le dit Maritza, vous m'avez ramassée sur les grands chemins, abandonnée, misérable servante.... Mais ici, dans ce palais, j'ai vécu mille fois plus abandonnée, plus misérable, plus opprimée que dans mon village.... Une haine acharnée s'attaquait à moi, sans cesse, avec tous les raffinements d'une cruauté infatigable.... Oh! la navrante enfance! Que de larmes, de désespoirs dérobés.... Que de fureurs ! d'épouvantables débats !....
VAILLANTE. Ôt
Elle s'arrêta, comme étranglée.
Madame de Sorgues n'était pas méchante. Mais, à cette heure, la colère la dominait. Tiomane ne lui apparaissait plus que comme une rebelle indigne dont chaque parole aggravait la faute.
— Mes félicitations tardives pour ces prouesses de votre passé, dit-elle cruellement ; cela prouve que déjà, alors, vous portiez en vous les instincts les plus mauvais, les dispositions les plus perverses.
C'était le comble. Sous ce dernier coup qui l'atteignait en plein cœur, Tiomane chancela. Il lui semblait que sa vie venait de se briser. Pendant quelques secondes, elle demeura immobile, suffoquée. Puis, comme mue par une résolution suprême, elle se redressa, le visage livide, glacé.
— Marraine, un mot encore, balbutia-t-elle : permettez que je quitte votre maison ?
— Comme il vous plaira, répondit madame de Sorgues impitoyable.
Tiomane ne put rien ajouter. Elle était à bout de force. Prise d'un irrésistible mouvement de désespoir, elle s'enfuit dans sa chambre.
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j]A crise de larmes, de fureur, d'affolement, de désolation passée, Tiomane retrouva sa raison ferme, ce jugement droit et net qui l'avait toujours guidée dans ses nombreuses épreuves.
Il faisait grand jour. Certes, elle ne songeait guère à dormir. Elle jeta une mantille sur ses épaules demi-nues et ouvrit une fenêtre. A l'air frais du matin, ses yeux se séchaient, sa fièvre se calmait. Elle s'efforçait à penser avec suite, à réfléchir, — C'était sa vie tout entière qui allait se trouver brusquement transformée. Après un affront pareil, cette opinion si hautement exprimée de son indignité; devant la jalousie haineuse de Maritza, incapable de désarmer, il n'y avait pas à se leurrer : sa présence dans cette maison n'était plus possible,
La tourmente la surprenait en pleine sécurité, dans une quiétude relative. En effet, depuis cinq ans, son existence s'était réellement éclaircie, ou plutôt cette vaillante s'était peu à peu créé une existence à