‹ Valbert ou Les récits d'un jeune hommeChapitre 13 sur 27 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

voix aussitôt reprenait chaude et claire, avec de singuliers accents de tranquille enthousiasme. Et la joie, la confiance, la vie rayonnaient dans ses yeux.

— Ami, disait-il, vous me croyez malade, et moi je suis tout au bonheur de me sentir guéri. Ce rhume n'est rien, il passera; et en attendant je suis guéri d'un mal cent fois plus cruel, de cette impuissance à aimer et à vivre dont je me plaignais il y a un an, dans ce même lieu où nous sommes, vous en souvenez-vous? Maintenant j'aime, je vis, je sais rire; je comprends le langage des oiseaux dans les bois. Vous n'imaginez pas combien la vie est belle: je poursuivais des rêves, jadis, et maintenant c'est la vie qui m'apparaît comme le rêve le plus charmant. Et vous n'imaginez pas combien il est facile à rêver !

« Un miracle m'a donné ce bonheur. Mais c'est un miracle où vous avez eu votre part, mon ami, comme aussi ces aimables lieux,

et la bienfaisante musique de notre cher Wagner. Vous vous rappelez comment nous nous sommes dit adieu, l'année passée, sur le seuil du théâtre. Je vous avais montré le fond de mon àme, mais c'est à moi surtout que je l'avais montré : jamais encore je n'avais vu si clairement les symptômes et les tristes effets du mal qui me ravageait. Et à peine l'orchestie eut-il joué, ce soir-là, les premières harmonies du Vendredi iSam^, qu'une surnaturelle lumière se répandit en moi. Je n'avais fait jusqu'alors qu'entendre et admirer Parsifal; pour la première fois je le compris. Dey^ 7^eine Thor, durcJi Mitleid ivissend^ voilà ce qu'il fallait être, et j'avais été précisément l'opposé de cela, et c'était l'unique origine de toutes mes misères. Mes yeux s'ouvrirent, une joie désormais immortelle inonda mon cœur.

(( Oui, toutes mes misères m'étaient venues de ce que j'avais toujours pensé à moi-même,

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