ÉPILOGUE
rais connu Tamour, j'aurais compris la beauté de la nature, la grâce. des jeunes filles ; cessant d'être jnoi-même, j'aurais pu être, délicieusement, tout le reste des choses.
tt Voilà, mon cher ami, ce que m'a révélé, quand je vous eus quitté, le troisième acte de ParsifaL Je me jurai de chercher désormais le bonheur à sa vraie source, qui était l'oubli de moi-même et la compassion. Et je n'eus pas de peine, en vérité, à tenir mon serment: car depuis longtemps déjà mon cœur était mûr pour cette conversion. J'étais las de moimême, je haïssais mon esprit, j'aspirais à compatir. J'étais seulement emprisonné dans cette muraille de ma pensée, et quand j'étendais le bras pour saisir un autre objet à aimer, mon bras heurtait la muraille, et je ne parvenais qu'à souffrir. Mais c'était une muraille depuis longtemps vermoulue, et au premier effort je la vis tomber. Je me sentis enfin libre, mon ami, libéré de moi-même. Immense
fut ma joie. Je respirais, je vivais, un univers enchanté s'offrait à mon cœur.
« Un univers de légers parfums, de couleurs délicates, de tendres chansons. Car cessant de m'intéresser à moi-même, je pus désormais m'intéresser à tout. Je compris que la beauté véritable n'était pas où je l'avais cherchée, dans ces misérables ouvrages de l'esprit des hommes qui seuls,jusque-là, m'avaient attiré. C'était [moi-même encore que j'avais aimé dans les œuvres d'art ; j'y avais aimé l'originalité de mon jugement, la finesse de mon goût, mon aptitude à devenir l'égal de ceux dont je devinais si bien la pensée. Mais tout
cela n'est que vanité ; et quand j'y eus renoncé, l'éternelle beauté des choses enfin m'apparut. Je vis qu'il y avait d'inépuisables, de prodigieuses délices dans la verdeur des plaines, le mouvement des feuillages, dans le murmure des sources, et dans la musique des étoiles. Je vis que dans ma pensée tout