‹ Valbert:Chapitre 3 sur 27 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

mais je crois que ce soir nous pouvons être tranquilles. Est-ce que vous êtes décemment logé, et ne trouvez-vous pas que M*^® Malten est très supérieure, dans Éva, à M"* Betlaque ?

Cette abondance de sujets de conversation ne troubla pas mon nouvel ami. Il était vêtu d'un complet gris assez élégant, mais un peu fané. Il portait des bottines vernies, une cravate bleu ciel et un petit chapeau de paille blanche. Avec cela, maigre et long, ni bossu ni boiteux, et pouvant avoir vingt-cinq ans. Sa barbe, taillée en pointe, était blonde, un peu rousse, comme aussi ses cheveux, qu'il gardait très longs ; et il m'aurait semblé laid sans deux yeux d'un gris luisant qui lui donnaient l'air d'un philosophe étranger.

Il me dit, pendant que nous continuions de monter doucement dans le petit bois :

— Je m'appelle Valbert, ou, si vous excusez une fatuité que je déplore, le chevalier

Valbert. Je suis né aux environs de Kief, en Russie, où l'arrière-grand-père de mon père est venu s'établir, je ne sais trop quand, chassé de France pour avoir déplu à je ne sais trop qui. Ma mère est Polonaise ; et moimême, bien que je vive depuis près de vingt ans en France, je n'en suis pas moins resté un Slave. Il en résulte que j'ai grand'peine à m'accoutumer à la vie, que je suis élégant et peu soigné, et que, sans cesser de garder sur moi-même et sur les autres une clairvoyance pleine de mépris, je suis sentimental, expansif, porté à l'exagération. De métier, un musicien. J'ai composé deux valses, une mélodie sur un sonnet de Verlaine, et je terminerai bientôt un grand drame musical où j'essaie d'exprimer toute l'intime passion des hommes et des choses. Voici d'ailleurs une de mes valses. Vous la verrez quand il vous plaira. C'est une petite ordure que je recommande à votre dédain.

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