‹ Valbert:Chapitre 4 sur 27 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Il me débitait tout cela du même ton obligeant et autorisé qui déjà m'avait frappé. Ses phrases, pourtant, s'arrêtaient à mi-chemin, comme s'il se fût repenti de les avoir commencées. Il ne me dit pas un mot de moimême, et jamais je n'ai pu savoir comment il avait appris mon nom. Et comme, m'étant retourné dans une éclaircie du petit bois, je lui vantais la beauté du spectacle qui se déroulait au-dessous de nous, de ces merveilleuses nuances de vert et de bleu, si fondues, si parfaitement tranquilles et touchantes sous le soir tombant, il m'interrompit:

— Ce premier acte des Maîtres Chanteurs était trop beau: je n'ai pas eu la force de rentrer au théâtre avant d'avoir confié à quelqu'un la profonde joie qu'il m'a causée. Combien cet acte et cette pièce tout entière sont différents du reste dans l'œuvre de Wagner! Je crains qu'il n'y ait eu chez ce maître un conflit entre sa nature primitive,

qui était d'un symphoniste brillant et sensuel, et la tendance au symbolisme que lui avaient suggérée son éducation allemande, sa haute intelligence, ses lectures et préoccupations philosophiques. De là, dans la plupart de ses œuvres, dans Tristan^ dans V Anneau du Nibelung^ même dans Pay^sifal^ cette espèce d'effort à dépasser son pouvoir réel qui, tout en me frappant de respect, échoue à me causer un entier plaisir. Du moins le plaisir qui me vient de ces œuvres est-il intermittent, soumis à de continuelles variations. Tel jour c'est tel acte de Tristan qui me paraît superbe, tel autre jour il m'ennuie. Rien de pareil pour les Maîtres CAanf^wrs. Ici Wagner s'est abandonné à sa nature de musicien. Il a fait une symphonie, la plus sensuelle de toutes, la plus chaude, la plus colorée, la plus... »

Mais pourquoi vous répéterais-je les raisonnements de Valbert sur Wagner, les

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