I. Lettres a Lamartine
VALEXTINE DE LAMARTINE
de sommeil magnétique, récitait toutes les œuvres poétiques de Lamartine, incapable de se remémorer un seul vers d'aucun autre. « Quand j'étais jeune fille, m'a dit l'impératrice Eugénie, j'étais si passionnée pour la poésie de Lamartine que, dans mes promenades, je jetais à tous les arbres, à tous les échos, ses vers et son nom. »
Valentine expia un peu ces immenses bonheurs par un séjour à Vichy, en 1846, avec sa tante seule. Elle était toujours, déférente et attentive envers celle-ci. Mais, en réalité, le seul sentiment qui unissait alors la tante et les nièces était leur culte commun pour le dieu du foyer. Lui aurait voulu plus de tendresse mutuelle, cependant il jouissait délicieusement, de ce concert d'adoration et de plus en plus se plaisait à en être entouré. «Tout va bien à Montceau, écrivait-il l'automne de cette même année, j'ai mes nièces chéries à deux pas d'ici. »
En 1848, quand la mêlée révolutionnaire remporte dans des agitations et des périls que son courage domine toujours, c'est à « ses nièces chéries » qu'il raconte les émotions à la fois terribles et enivrantes qui font battre son cœur de héros, car le poète en lui était doublé d'un soldat, et il avait tous les signes de Mars, comme l'a dit un chiromancien célèbre ^ Il leur écrit la lettre suivante toute fumante de la bataille, palpitante des plus généreuses vaillances, illuminée d'illusions magnifiques, persuadé qu'il va fonder, lui, tout seul, à travers les