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chambres de M. Rouher, Lamartine attendait comme un simple solliciteur, et ne passait qu'à son tour.
Le Cours familier de littérature, l'exploitation des Œuvres complètes, dont la nue propriété littéraire a été vendue à une Société composée d'admirateurs et d'amis, ne suffirent pas à couvrir les frais de publication et les intérêts écrasants qui, chaque année, s'ajoutaient les uns aux autres.
Les créanciers s'irritent ; les amis s'effrayent; ils prévoient la saisie, l'expropriation. Mais alors, pour assurer l'aisance des dernières années par un revenu qui soit à l'abri de tout, Napoléon III, ne se rebutant pas d'un premier refus, propose au Corps législatif le don national d'une rente viagère de 2^ ooo francs. La commission nommée pour examiner le projet de loi, composée pour la plupart de désapprobateurs de la révolution de Février, qui trouvaient que la France avait déjà bien assez donné à °^ 103 ^
VALEKTINE DE LAMARTISE
Lamartine, le repoussa à la majorité d'une voix. Par ses supplications passionnées, Emile Ollivier ramène une des voix réfractaires, celle de son ami Chevandier de Valdrôme. Le projet de loi est voté et Emile Ollivier en est nommé rapporteur.
Son rapport, imprégné de la plus admirative et respectueuse pitié, emporta les suffrages de la Chambre. Il eut, en récompense, la lettre suivante :
<- Paris, 12 avril 1867.
'( Mon cher ami, je savais par Fécho public depuis hier soir la sublime magnificence de votre rapport; moi je ne vous remercie pas du rapport, mais de son envoi. Vous avez été trop bienveillant pour moi pour que je puisse vous rendre grâce. J'en trouverai mille autres occasions ; je vous remercie de m'avoir jugé comme vous le dites ; si vous le disiez moins, j'oserais dire -^ 104 '^
SOUVENIRS INTIMES
davantage, mais vous ne me laissez d'autres ressources que le silence ; laisser battre mon cœur et faire taire ma voix : voilà mon seul remerciement, recevez-le et croyez à tout ce que je ne dis pas.
'' Lamartine. >y
Pendant ces années de lutte stérile, la mort, cruelle compagne du temps, avait emporté l'une après l'autre des affections chères et consolantes.
Les amis de jeunesse, les amis de l'âge mûr disparaissaient ; puis la mère de Valentine, Mme de Cessiat, cette douce Cécile, « qui n'était, disait sa belle-sœur, que bonté, abnégation, et cela avec un si aimable sourire, qu'il semblait qu'elle faisait tout pour son propre plaisir >/. Enfin, l'épouse, la fidèle Marianne, succombait à son tour à la tâche qu'elle avait remplie avec un zèle, parfois peu éclairé, mais toujours digne de vénération, et tous ceux qui aimaient Lamartine la pleurèrent.
Michelet écrivait : '< Je vous suis uni dans ce deuil : que de femmes l'ont enviée! Elle vivra d'âge en âge. Pour moi, je lui étais de trente années et bien précieusement attaché. »
La noble femme, plus étroitement rapprochée de sa nièce par les douleurs, les anxiétés, les fardeaux, les labeurs communs, avait fini par rendre justice à l'incomparable et infatigable dévouement de Valentine.
Réunies dans une même piété, enveloppées par Lamartine dans une mène affection, les deux anges gardiens du poète en étaient venues à s'aimer pour elles-mêmes et celle qui s'en allait donna à celle qui restait un suprême témoignage de sa reconnaissance par le legs de tous ses bijoux et de la moitié de sa fortune.
Valentine demeurait seule. Seule, elle devait animer et réchauffer le vide qui s'étendait autour du vieillard. Son abnégation s'accroit en même temps que ses peines. <f io8 '^
SOUVENIRS INTIMES
Plus il faut qu'elle se donne, plus elle est heureuse. Son amour filial est semblable à cet amour sublime ^^ qui vole, qui court avec joie et que rien ne retient, qui donne le tout, qui ne connaît point de bornes, qui ne sent point sa charge, qui ne compte point le travail, qui veut faire plus qu'il ne peut, parce qu'il croit que tout lui est possible, qui ne dort pas même pendant le sommeil, qui se fatigue sans se lasser, qui est à l'étroit sans être gêné ^ >y. Elle avait trouvé, parmi les bijoux que lui avait laissés sa tante, une bague-cachet dont son oncle avait autrefois fait graver la cornaline de la devise : « A cœur vaillant rien d'impossible. /• Cette devise orne maintenant sa main, et c'est la règle, la définition de sa vie. Elle n'a pas d'existence propre en dehors de celle de son oncle; elle est son ombre même. Elle accompagne tous