I. Imitation
VALEXTIXE DE LAMARTINE
ses pas, aux promenades, aux expositions, dans les rares salons où il se montre encore, on ne voit jamais Lamartine sans elle.
Quand elle ne sort pas avec lui, quand elle n'écrit pas pour lui, qu elle ne laide pas à recevoir les amis de moins en moins nombreux, elle lui lit un de ses ouvrages favoris. Avec \ Imitation^ son livre de chevet, il en a trois : la Correspondance de Voltaire^ la Correspondance de Cicéron, ^Histoire du Consulat et de VEmpire. Le c}xle terminé, il le recommence. Valentine ne se lasse ni ne s"impatiente jamais. Consacrée à son unique sollicitude, elle ne donne rien d'elle-même au monde du dehors. Ceux-là seuls qui vont chez Lamartine, savent qu'elle est belle, spirituelle, captivante. Elle ne souhaite rien de plus que ce qu'elle a. Elle juge en toutes choses son sort digne d'envie. La tendresse de son oncle, le sentiment des consolations qu'il lui doit, la comblent de recon- °5? iio ^
SOUVENIRS INTIMES
naissance. « Il est comme toujours, écritelle, bon et divin ; il est impossible de vivre avec lui et de ne pas l'adorer : aussi, c'est ce que je fais avec bonheur. »
En eflFet, au milieu des amertumes de son déclin, le grand homme est resté tendre et sensible, souverainement bon. Il le devient même de plus en plus. Comme en toutes les natures divines (c'est bien, en vérité, le mot qui lui convient), les rudesses de sa destinée ne servent qu'à mieux faire jaillir les suavités de sa mansuétude. L'âme magnanime qui a écrit autrefois la Réponse à Némésis se montre touchante de douceur, de longanimité, de charité envers ceux qui le méconnaissent ou qui l'abandonnent.
Cette bonté, il l'a gardée jusqu'à la fin. Elle l'enveloppe de son rayonnement dans le portrait qu'a fait de lui, en ses dernières années^ Adam Salomon. Les traits sont fatigués et creusés, le regard n'a plus cette flamme d'espérance qui l'illuminait autre- =if III ^
fois, l'éclat vainqueur de la jeunesse est éteint, mais il resplendit d'une douceur ineffable, une douceur qui émeut jusqu'aux larmes, faite de blessures miséricordieuses, de foi dans le Dieu qui éprouve et soutient, de bienveillance pour les hommes dont, mieux que jamais, cette âme meurtrie connaît la misère infinie.
Beaucoup de gens sont bons... quand ils y pensent. Et ils n'y pensent pas souvent. Lamartine y pensait sans cesse. Sa bonté est comme sa poésie ; elle éclôt sur les moindres détails de son existence, trouve en tous quelque motif de charmer ; elle est pareille à une lumière très vive, qui s'interpose entre lui et toutes les laideurs. Jusqu'à la fin il les ignore, elles échappent à sa vue. Il ne remarque point les mauvais procédés ; il n'a de clairvoyance, de mémoire que pour les marques d'amitié ou de dévouement, et ses paroles sur l'humanité ne décèlent pas même l'amertume
SOUVENIRS INFIMES
du pessimisme, bien que nul n'ait plus de raisons que lui d'être pessimiste. « On se repent toujours, dit-il, d'avoir dit du mal de quelqu'un, yy
Un couplet satirique surNadaud ^, lorsque celui-ci, déjà engagé à diner chez Lamartine depuis plusieurs jours, lui fit faux bond au dernier moment pour se rendre à une invitation ultérieure de la princesseMathilde. serait la seule plaisanterie mordante qu'il se fût permis. Mais il Ta renié. Le brave Nadaud n'eût pas cependant démérité cette petite leçon, car la noble princesse, dont l'âme généreuse a toujours eu tant de respect pour l'intelligence, tant de sympathies pour l'infortune, eût été la première, s'il