‹ Valentine de RohanChapitre 19 sur 23 · LA LOUVE · texte numérisé non relu

LA LOUVE

Pour le coup, le joli sabotier pâlit.

— Salut, Josse, mon garçon! dit-il pourtant; lu pourrais rendre service à ta bonne femme de mère en lui conseillant de se mêler de ce qui la regarde. Je l'ai brusquée tout à l'heure en passant et j'en ai legret, parce qu'il faut toujours avoir égard aux anciens... Mais il ne faut pas non plus que les vieilles femmes empêchent la besogne des hommes de se faire.

Josselin Guitan quitta sa mère et vint se mettre en face de Yaumy.

— Quelle besogne fais-tu? demanda-tril d'un ton froid etsévère.

— Quant à cela, répliqua le joli sabotier, nous n'avons pas à nous disputer, mon gars Josse; je commande ici, pas vrai, je n'ai de conseil à demander à personne.

Il jeta un regard autour de lui pour chercher de l'approbation. Le noyau des coquins qui l'entouraient lui fit fête et quelques ivrognes se joignirent à eux, parce que Josselin ne buvait jamais.

. Mais le gros des Loups restait déjà silencieux et attentif.

C'était un procès qui allait s'entamer. Yaumy vit cela et ne trembla point. En fait de plaidoiries il avait fait ses preuves. Les Loups s'étaient laissés prendre cette fois à sa sauvage éloquence.

— Tu commandes ici à la condition d'obéir, répondit Josselin Guitan, il y a quelqu'un au-dessus de toi. Tu as des avis à demander et des comptes à rendre. Regarde-moi bien, Yaumy : je ne te parle pas de ce que tu as fait à ma mère. Je te dis : Yaumy, tu es un traitre, et je vais t'attendre à la chambre du conseil ! Choisis tes juges..

Il tourna le dos, fendant la foule qui s'écartait avec respect.

Tout en se dirigeant vers l'autre bout de la galerie, il désignait à haute voix les juges qui, tout à l'heure, allaient décider entre lui et Yaumy. Chaque fois qu'il prononçait un nom, le Loup désigné se mettait à sa, suite.

Il avait droit d'en prendre sept. Un droit pareil appartenait à l'accusé. C'était la loi des anciens Frères-Bretons qui l'avaient empruntée aux coutumes des Gaëls.

Yaumy hésita un instant. Au moment où Josselin tournait le dos, on vit le couteau du joli sabotier sortir à demi de sa gaîne. Mais l'aspect de la foule l'arrêta. La foule n'était pas avec lui en ce moment.

— Ilfautquejelesretourne!pensa-t-il; sans cela, je suis perdu! Le temps passait, du reste, et gagner du temps, c'était tout,

car Yaumy comptait sur le terrible coup de théâtre qu'il avait préparé en favorisant la fuite de l'intendant et du sénéchal. Il se mit donc en marche à son tour, appelant à droite et à gauche ceux qu'il instituait ses jurés.

Josselin était déjà dans la chambre du conseil. Ses sept arbitres s'asseyaient sur leurs billots, à droite de la draperie d'argent. Ceux de Yaumy prirent place à gauche. La niche voilée se trouvait ainsi au centre. C'était la coutume et c'était un symbole.

Le tribunal des quatorze était censé présidé par la Louve en personne, derrière la draperie, qui ne se levait jamais.

La foule pénétra dans la chambre du conseil, à la suite de Yaumy, et ceux qui ne purent entrer se massèrent dans la galerie. Jossehn et Yaumy se placèrent debout en face l'un de l'autre comme deux lutteurs.

— De quoi m'accuses-tu, Josselin Guitan? demanda le chef des Loups.

— Je t'accuse, répondit Josselin, d'avoir trahi la Bretagne et tes frères.

Dans ces grottes tout à l'heure si bruyantes, vous eussiez entendu la souris courir. Yaumy haussa les épaules, comme s'il n'eût point daigné répondre à cette inculpation trop vague.

— Et que demandes-tu? interrogea-t-il d'un air provoquant,

— Ta mort ! répUqua le fils de dame Guitan au milieu du plus profond silence.

— Tu te souviens que chez nous, dit le joii sabotier sans perdre son assurance, le faux accusateur paie pour l'accusé innocent?

— Je m'en souviens.

— La mort que tu demandes pour moi, tu l'acceptes pour toi?

— Je l'accepte.

— Parle donc, mon gars Josselin : je ne suis pas si méchant que toi; je te promets qu'on te fera grâce.

Il y eut un petit mouvement dans le cercle qui entourait le tribunal. Ce mouvement était en faveur de Yaumy.

— Tu as trahi, reprit cependant Josselin; nous avions deux otages, tu les as mis en liberté.

— Nos vrais otages, répliqua Yaumy, c'étaient le comte de Toulouse, gouverneur de Bretagne, et la princesse sa femme... ce n'est pas moi qui les ai mis en liberté.

Un second murmure plus marqué prouva qu'il avait encore touché juste.

— Tu as trahi, poursuivit Josselin; ces deux otages dont je te parle, Alain Polduc, sénéchal de Bretagne, et Feydeau, intendant pour le roi, avaient été confiés à ta garde par celle à qui nous obéissons tous. C'est moi qui t'avais transmis ses ordres.

D'un regard rapide, Yaumy fit le tour du cercle. Sans prononcer aucun nom, Josselin Guitan venait d'évoquer un invisible et suprême arbitre. Il avait fait allusion au chef mystérieux dont la pensée seule inspirait la vénération et l'effroi. C'était là l'arche sainte qu'il n'était pas même permis d'effleurer.

Mais c'était aussi ou j amais le moment de porter le premier coup de marteau à l'idole. Le joli sabotierfitun pas versl'intérieurde l'enceinte. Sa pose prit de l'ampleur, son accent de la solennité.

— Trêve de tromperies, Josselin Guitan ! s'écria-t-il, je t'aurais laissé en repos par respect pour nos défunts maîtres qui t'aimaient, par pitié pour les cheveux blancs de ta vieille mère. Mais tu as comblé la mesure, mon homme, et c'est moi qui t'accuse maintenant devant tous, et qui te dis : Josselin Guitan, tu as trahi' la Bretagne et tes frères !

— Silence ! silence ! fît-on de toutes parts. Chaque poitrine retenait son souffle.

— Écoutez-moi bien, mes enfants et mes amis, poursuivit le joli sabotier qui était, quand il voulait, un terrible orateur; en voici un qui nous fait agir depuis dix ans comme une troupe de marionnettes. Il s'est dit une fois : ce sont des esprits simples et grossiers, de pauvres paysans : des moutons! je vais les tromper et me faire leur maître. J'aurai un rideau, et j'aurai derrière le rideau je ne sais quel fantôme dont je ferai pour eux un épouvantail... la Louve...

A ce nom, la foule frémit et Yaumy le sentit bien, mais il avait brûlé ses vaisseaux.

• — La Louve ! répéta-t-il en élevant la voix : j'ai dit la Louve !

— Vas-tu insulter Rohan? s'écria le vieux Jouachin, qui était parmi les juges.

— Laissez dire ! ordonna Josselin,

Et la foule, déjà gagnée à demi peut-être, répéta :

— Laissez dire !

Elle avait peur, la foule, mais ces émotions lui sont chères. Elle attendait quelque grand événement. Son cœur sautait, son cœur qui battait dans mille poitrines. Nous disons vrai : la foule aime mieux encore frémir que boire et que danser.

— La Louve ! répéta pour la troisième fois le sabotier, enhardi par son succès, car en définitive ce nom redouté n'avait point fait crouler les voûtes de la caverne : la Louve n'est qu'un mot et ce mot est un mensonge. Voyons ! Je vous le demande : si la fille de Rohan existait, pensez-vous qu'elle eût protégé Toulouse qui a fait mourir son père en exil?

— Non ! non ! fit-on de toutes parts.

— Pensez-vous qu'elle eût laissé depuis dix ans Alain Polduc dans le manoir de ses aïeux?

' — Non ! non,

— Pensez-vous qu'elle eût passé dix années sans se montrer à ses vassaux et à ses serviteurs?

— Non, non !

— Alors, n'avais-je pas raison de vous dire que c'était un épouvantail, un fantôme, derrière lequel celui-là (il montrait Josselin) se cachait pour nous subjuguer d'abord et puis pour nous vendre à la France... comme il nous aurait subjugués sans moi ! comme sans moi il nous aurait vendus !

— Réponds, Josselin Guitan ! s'écrièrent plusieurs voix. Et comme Josselin gardait le silence, plusieurs juges dirent

aussi :

— Réponds, Josselin, il est temps !

La cause du joli sabotier était autant dire gagnée. Cependant bien des regards se fixaient encore sur la draperie d'argent avec terreur.

Qu'y avait-il derrière ce voile qu'on ne pouvait toucher sous peine de la vie? La pensée d'un miracle était dans tous les esprits. Et chacun, sans y croire tout à fait, se représentait la grande figure de la Louve derrière cette mystérieuse draperie.

Yaumy les connaissait, il voulut frapper le coup suprême.

— Lui ! répondre ! s'écria-t-il, je l'en défie ! Dites-lui de vous montrer la Louve ! Le temps des mensonges est passé. J'ai mis mon talon sur son fantôme. Que reste-t-il? Le voilà muet, lui le véritable traître. C'est moi, mes enfants, c'est moi, mes amis, qui vais répondre à sa place. C'est moi qui vais vous montrer ce que c'est que la Louve !...

— Misérable ! s'écria Josselin, qui le vit faire un pas vers la draperie.

Le sang s'arrêta dans toutes les veines. Les quatorze juges se levèrent du même mouvement involontaire.

— La Louve, reprenait le sabotier avec des éclats de voix insensés, car il s'était enivré de sa propre parole, et l'effort qu'il faisait pour vaincre sa terreur lui portait au cerveau, - — la Louve ! ah ! ah ! vous allez voir ce que nous adorons depuis dix ans : un vieux fauteuil qui se moisit dans une niche vide ! Ouvrez vos yeux, regardez bien ! voilà que je touche le voile ! regardez si la mort me foudroie !

Son visage se marbrait de teintes rouges et livides. Il avait peur, mais il osait. Il osait, mais l'épouvante faisait claquer ses dents. D'un geste convulsif, il écarta violemment la draperie.

Toutes les épaules plièrent comme si la voûte eût menacé r uine, mais il n'y eut rien. Les Loups virent exactement ce que Yaumy leur avait annoncé : une niche vide avec un fauteuil vermoulu.

Mais ils ne le virent pas longtemps. Une explosion se fit, personne n'aurait su dire où. Tous ceux qui étai'^t dans la caverne tombèrent la face contre terre, et il y eut un silence mortel.

Quand ils se relevèrent à la voix de Josselin Guitan, la draper! ■ d'argent était refermée. Yaumy seul ne se releva pas. La foudre l'avait frappé.

La stupeur profonde causée par cet événement régnait encore lorsqu'une catastrophe nouvelle vint la secouer violemment. Un bruit sourd et de nature inexplicable se faisait depuis quelques instants vers l'entrée des grottes. Des éclaireurs ayant été dépêchés ver- la herse, une décharge eut lieu du dehors.

Le son s'en prolong-a largement sous les voûtes, comme un solennel signal de mort. Pour tous ceux qui étaient là, c'était la trompette du dernier jugement.

Le traître était puni, mais l'effet de la trahison vivait.

Deux des éclaireurs revinrent, et ils ne crièrent point aux armes. Les autres étaient restés morts derrière la herse.

— Laissons nos fusils et prenons nos rosaires, dirent les survivants ; c'est l'heure de mourir : les soldats de Conti sont là qui bouchent avec des roches l'entrée de la Fosse-aux-Loups !

Pendant quelques minutes, ce fut un sombre silence, puis des cris de rage s'élevèrent. Un flot impétueux se précipita vers la herse. Il n'était plus temps. La dernière roche venait d'être posée, bouchant la dernière fissure.

Derrière ce mur infranchissable, on entendait les rires cruels des soldats de Conti qui répétaient, jouant sur le nom du lieu :

— Nous avons enterré les Loups dans leur fossé !

Vous eussiez dit alors un troupeau de bêtes fauves derrière les barreaux d'une énorme cage. Ils allaient tous et venaient sans savoir, éprouvant machinalement de la main les murs de leur prison, cherchant des issues nouvelles et revenant toujours au point de départ, découragés, désespérés, fous.

Quelques-uns, pris par le délire, recommençaient l'orgie. D'autres, accroupis en cercle, se disaient les uns aux autres, d'une voix lamentable, les horreurs de la mort qui allait venir: la mort par la faim dans ces ténèbres lourdes et impénétrables, car les lampes allaient bientôt s'éteindre comme les vivres bientôt s'user.

Les femmes pleuraient et se tordaient les mains ou poussaient d'extravagants éclats de rire. On entendait des chants joyeux parmi le concert des sanglots. La folie contagieuse montait à tous les cerveaux.

Quelques-uns et quelques-unes, bien peu, s'étaient réunis autour de dame Michon Guitan qui priait à haute voix.

Une heure se passa, un siècle d'une horrible longueur. Il y avait des cheveux noirs qui avaient blanchi durant cette heure. On voyait partout des yeux caves et des joues creuses. Les jeunes gens courbaient les épaules comme des vieillards. Je vous le dis : un siècle !

Quand dame Michon Guitan eut achevé de réciter son rosaire, elle se leva et vint dans la galerie.

— Dieu est bon, enfants, dit-elle, adressons-nous à Dieu d'abord.

Tous les genoux fléchirent. Après une courte prière, la vieille Michon dit encore :

— Suivez-moi !

Elle se rendit dans la chambre du conseil, où Josselin n'était plus. Yaumy, qu'on avait poussé dans un coin, donnait encore quelques signes de vie, mais personne ne le regardait seulement.

— Souvenez-vous, enfants, reprit dame Michon Guitan, autrefois, quand vous étiez dans la peine, à qui vous adressiezvous après Dieu?

— A Rohan, répondirent quelques voix.

— Mais, firent d'autres voix désolées, Rohan est mort, il ne peut plus nous entendre !

— Rohan ne meurt pas ! prononça gravement la vieille femme, qui semblait grandir au milieu de cette foule affaissée. Souvenez-vous encore. Quand Rohan était trop loin pour vous entendre, je venais à vous et je vous disais: — Enfants, appelons tous ensemble, et que toutes nos voix ne fassent qu'un seul cri !

■ — C'est vrai, cela ! murmuraient les pauvres malheureux, comme des enfants dont le sourire perce les larmes.

— Pourquoi ne ferions-nous pas comme autrefois? poursuivit dame Michon Guitan ; nous avons prié Dieu, appelons nos maîtres !

Elle se plaça au centre du cercle, et, d'une voix éclatante :

— Rohan ! fit-elle.

Un écho faible lui répondit dans la foule.

— Rohan ! répéta-t-elle.

Quelques voix appuyèrent. On avait éteint toutes les lampes, à l'exception d'une seule pour ménager d'autant la lumière, qui est nécessaire à la vie comme le pain. Une lueur sembla s'allumer derrière la draperie d'argent.

— Rohan ! appela dame Michon pour la troisième fois.

A ce coup, la foule tout entière se joignit à elle, car l'espoir rentrait dans les cœurs par cette voie du merveilleux, toujours ouverte dans les imaginations bretonnes. Le nom de

. Rohan répété en chœur fit trembler les voûtes.

Miracle ! la tapisserie s'ouvrit d'elle-même. Le traître Yaumy avait menti. La Louve existait, car on la vit.

On vit, dans la niche éclairée brillamment, assise sur le trône antique et la main droite appuyée sur la grande épée du duc Pierre de Bretagne, une femme belle comme les madones de nos églises, dont le front radieux se couronne d'étoiles. Elle avait sur ses épaules le long manteau d'hermine, le manteau ducal des aïeux de Rohan.

Les années remontaient-elles leur cours? Chacun reconnut bien Valeritine, belle et jeune comme au temps du bonheur...

Il n'y eut pas un genou qui ne fléchit, pas un front qui ne se courbât jusqu'à terre devant la toute-puissance de la Louve.

La Louve étendit la main silencieusement vers une ouverture qui venait d'apparaître à gauche du trône.

Personne n'avait jamais vu cette issue qui était la vie pour tous ces condamnés.

Le secret des issues de la caverne appartenait à Rohan ! Et Rohan n'avait jamais manqué à l'appel de ses vassaux en détresse.

Une heure après, la Fosse-aux-Loups était une solitude. Il y régnait un silence profond, interrompu seulement par une plainte sourde et périodique. C'était le joli sabotier Yaumy, qui avait de la peine à rendre son dernier soupir.

Le sort a des railleries cruelles pour les ambitieux de toute taille. Cette issue tant cherchée et dont la connaissance devait lui donner le pouvoir suprême, il la découvrait enfin, mais c'était à l'heure de mourir.

Comme il sentait venir déjà les premiers spasmes de l'agonie, il entendit un bruit de pas dans la galerie déserte, et un homme qui portait une lanterne à la main sortit de l'ombre d'un pilier. Il semblait se guider avec peine dans les détours de la caverne.

— - Vais-je mourir, se disait-il en tâchant d'éclairer les parois pour se reconnaître; sans m'être vengé, sans avoir pardonné?...

— Hé 1 monsieur de Saint-Maugon ! appela Yaumy du mieux qu'il put.

Et il ajouta.

— Je me doutais bien que vous ne seriez pas le plus fort ! Martin Blas se retourna en s'entendant appeler de ce nom,

et vint vers Yaumy qui faisait effort pour se mettre sur son séant.

— Vous êtes blessé? dit-il, prêt à porter secours.

— Bien des remerciements, monsieur de Saint-Maugon, lui dit le joli sabotier; vous valez mieux que votre conduite, et je vais vous rendre un service avant de sauter le pas... une bonne action, ça aide à mourir.

Sa respiration commençait à sifïler dans sa gorge. Il reprit d'un air tout honteux.

— Je me suis souvent moqué de ceux qui disaient des patenôtres.. . n'auriez- vous pas un bout de croix sur vous, par hasard?

— Non, répondit Martin Blas.

Puis, par réflexion :

— J'ai un reliquaire, raurmura-t-il.

— Prêtez-moi ça ! Ma défunte mère était une bonne chrétienne... Avec ses prières, vos reliques de saint et ma bonne action, j'irai peut-être en purgatoire.

Martin Blas lui tendit une boîte d'argent marquée d'une croix et fermée par un rond de cristal.

— Ah ! ah ! fit le joli sabotier, vous avez gardé ça depuis seize ans !... Je l'ai vu autrefois au cou de mademoiselle Valentine.

Et comme Martin Blas rougissait :

— Vous avez bien fait, reprit Yaumy en baisant le médaillon; elle aussi est une sainte !

— Comment ! s'écria Martin Blas, c'est toi qui me dis cela !

— Il y a un coquin sans entrailles qui ne mérite point de pardon, répliqua Yaumy, dont la voix allait s'afïaiblissant, c'est Alain Polduc. Alain Polduc m'avait donné de l'argent pour vous mentir. Valentine de Rohan était pure comme les anges de Dieu, et le jour où vous l'avez abandonnée...

Il s'arrêta. Le souffle lui manquait. Martin Blas se pencha sur lui.

— Eh bien 1 fit-il.

— Eh bien 1 acheva Yaumy dans un dernier effort, le comte de Toulouse lui avait proposé sa main... et votre femme avait montré le berceau de l'enfant en disant : je suis mariée à l'homme que j'aime...

Sa tête retomba lourdement. Cependant il put dire encore :

— Voilà une vraie bonne action que j'ai faite; avec ça et la miséricorde de Dieu, j'espère...

Il était mort. Morvan de Saint-Maugon resta auprès de lui, comme foudroyé.

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