‹ Valentine ou La Nina canadienne [microforme]Chapitre 23 sur 24 · SCENE DIX-NEUVIEME · texte numérisé non relu

SCENE DIX-NEUVIEME

LES PRECEDENS dans le fond du théâtre, et avant VA- LENTINE et JEAN BAPTISTE,

VALENTINE (un rameau à la main.) Hoamakaa !…. Hoamakaa!

J. BAPTISTE

À quis qu'al en veut don ?

VALENTINE (lui donnant un coup.)

Répondras-tu !

J. BAPTISTE

Ah !.... c’est à moi ;.... quoisque vous voulez ? VALENTINE.

Je suis chef des habitans d'Hochélaga ;.... je suis ton maitre.

J. BAPTISTE

La v’là t-y pas qui eut faire de moiun savag” ! VALENTINE.

As-tu vu Jacques Cartier, ce bon père des enfans de la grande-terre ?

J. BAPTISTE

Jacques Quarquier?.... j’connais pas c’quarquier-

là.

Porte lui ce rameau; c’estle signe de la paix entre mes guerriers et les géants français.

J. BAPTISTE

Là ousque vous voulez que j’porte ça ?

VALENTINE, Aux Français.

J. BAPTISTE

Y'a longtemps qu’y sont pas par ici pourtant, VALENTINE.

Le fort St. Louis n’est pas loin ? J’sommes sujets anglais, à c’t’heure.

Anglais !... Ah!

J. BAPTISTE

C’est pourtant ben sûr, allez.

VALENTINE, (d'un air enjoué, ) Te voilà? Caroline ?

J. BAFTTISTE, Quin, a m’prend » sur Caroline !

Cet officier Breton te fait-il toujours la cour 1 J. BAPTISTE, (riant.) Vla-t-y pas un militaire qui veut s’marier avec moi ?

VALENTINE, Prends garde !.... Ton père est riche, et peut-êtie cet amant n'est-il pas sincère ?

J. BAPTISTE

Ça s’ra pas moi, qu’il attrap’ra toujours.

VALENTINE, (riant.) Ah! ah! ah! ah!

J, BAPTISTE La v’la-t-y pas qui ric !

VALENTINE, (riant.) Ah! ah! ah! ah!

J. BAPTISTE, (riant,)

Ah! ah! ah! ah! J’rie aussi, la maladie m’ga. gne.

Voyez donc ce gros lourdeau, qui embrasse cette jeune fille? Ousqu'a voit don ça. Jai Eau r’garder, .

j'vois pas même ane bête, excepté moi.

VALENTINE, (chantant, d'un voix cassée.)

J'ai plus de soixante ans!

Et n’ai pas encore d’amant !

J. BAPTISTE

C’te pauv’char p'tite vieille.

Allons! allons! mon garçon, embarque !

J. BAFTISTE,

Nous v’là dans la mer à présent.

VALENTINE, T'u crois que je ne suis pas capable de comman-

der un bâtiment ?

J. BAPTISTE

J'dis pas ça !

Donne moi mon porte-voix, et attention au commandement !.... Passe un ruban sur le cabestan !.…. Evente la toile !.…. chasse les voiles à l’arrière !.... serre le vent !... accoste bord-à-bord !.... à la traine la chalouppe !.... ferme bien le sabord !.... la brise de large se fait !... Embarque l’amarre !.... Tout le monde au cabestan !

DE PRAINVILLE, (avec feu.) Vraiment ! sette chère nièce ferait un bon com-

mandant.

Sr. LEON.

Silence !

Ah ! je connais parfaitement toutes les parties d’un vaisseau... Écoute, matelot, pour ton instruc-

tion.

J, BAPTISTE

Parbleu ! not’ bourgeois m’en dit assez tous les jours. VALENTINE.

Bout de pallan, quart de quille; fillet de bastingage, fosse de carénage, angle d’équerrage, estrop de cordage, nolis, drosse de ravage, rode de pompe, barre d’étambord, faux galants, bris d’estoc, haut banc de la mizaine, escadre d'évolution, escadre d’observation, roulis, fer de calfat, bouteille de tri-

bord.

DE PRAINVILLE (transporté.)

Je lembrasserais pour tout ce qu’elle dit !

Sr. LEON, (le retenant.) Voulez-vous bien prendre patience

VALENTINE (déclamant.) Quel fantôme me poursuit

Pans l'épaisseur de la nuit !...

Quelque soit l'endroit où mon œil se repose Je n’y vois que Cyprès, et non pas une rose.

J. BAPTISTE

Là v’la qui s’jette dans l’triste, maintenant. VALENTINE, Le Saint Laurent est un fleuve majestueux ; que

ses bords sont riants, combien ses habitans sont heureux! c’est un spectacle digne de l’admira-

tion du monde; car, c’est un site créé par la main de Dieu.

J. BAPTISTE

Ah! ça! c’est ben vrai? pour Jear-Batisse, le

St. Laurent est tout l’univers.

Ecoute la chanson du pass!

J. BAPTISTE

La chanson du pays! Ah! ben; mon gas, j'en

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