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bouleaux , sur les joncs du lac qui paraissaient frémir et murmurer , et sur d'aromatiques calamas. Tu ne conçois pas avec quelle perfection Voléro a imité les clairs de lune : on la voyait lutter avec les mystères de la nuit ; on entendait aussi dans le lointain les airs de nos pfltres; j'avais fait imiter leurs chalumeaux; et ces sons errants , qui tantôt s'affaiblissaient et tantôt devenaient plus forts, avaient quelque chose de vague, de tendre et de mélancolique.
Il j avait le long de la salle des bancs de gazon et de larges bandes de Qeurs : toutes ces fleurs étaient blanches ; il m'avait semblé que cette couleur virginale peignait celle à qui elletf étaient venues se donner ; le jasmin d'Espagne , les roses blanches, des œillets, des lis purs comme Valérie, s'élevaient partont dans des caisses cachées sous le parquet gazonué, et sou chiffre et celui du comte , simplement enlacés, étaient suspendus à un pin naturel, planté près de l'endroit du lac où Valérie avait dit pour la première fois au comte qu'elle consentait à devenir sa femme. Dis, Ernest , dis , après cela, si je ne sais pas l'aimer avec cette résignation qui seule excuse peut-être un peu ce funeste amour !
Mais il me reste à te détailler ce qui suivit cette première partie de la fête. A peine fûmesnous dix minutes dans cette salle , les uns assis
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au milieu des fteurs, les antres parlant à voix basée , tous paraissant aimer cette scène tranquille qui semblait offrir à ehacun quelques souvenirs agréables, que la toile du fond se leva ', une gaze d'argent occupait tonte la place du haut en bas, elle imitait parfaitement une glace. La lune disparut , et on vit à travers la gaze une chambre très-simplement meublée , assez éclairée ponr qu'on ne perdit rien , et une douzaine de jeunes filles assises auprès de leurs rouets, ou, le fuseau à la main, travaillant toutes. Leur costume était celui des paysannes de notre pays : des corsets d'un drap bleu foncé, un fichu d'une toile fine et blanche qui , se roulant comme un bandeau , enveloppait pittoresquement leur télé , et descendait sur leurs épaules avec des nattes de cheveux qui tombaient presque à terre. Ce tableau était charmant. Due des jeunes filles paraissait se détacher de ses compagnes ; elle était plus jeune , plus svelte ; ses bras étaient plus délicats; les autres semblaient être faites pour l'entourer. Elle filait aussi, mais elle était placée de manière à ce qu'on ne vit pas ses traits. A moitié cachée par son attitude et par sa coiffure , elle était vêtue comme les autres , et paraissait pourtant plus distinguée. Valérie se reconnut dans cette scène naïve de sa jeunesse , où elle s'était plu , comme elle le faisait souvent, à travailler an milieu de
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plugiears jeunes filles qa'oQ élevait chez ses pareuts, qui, riches et bienfaisants, recueillaient des enfants pauvres, les élevaient, et les dotaient ensuite. Elle comprit que j'avais vouId lui retracer le jour où le comte la vit pour ia première fois, et la surprit au milieu de cette scène aimable et naïve ; dès lors , chartnë de sa candeur et de ses grâces, il l'aima teudremeut.
Hais revenons à ce miroir magique, qui ramenait Valérie au passé. De jeunes filles, élevées dans le conservatoire des Hendicauti , formaient un groupe , costumées comme nos paysannes suédoises : elles chantaient mieux qn'elles; et, au lieu de leurs romances, nous entendîmes des couplets cmnposés pour la comtesse, accompagnés par Frédéric et Ponto , placés de manière à ne pas être aperçus. Les voix ravissantes des filles des Mendicanli , le talent de ces artistes faweux, la sensibilité de Valérie, contagieuse pour les autres, tout fit de ce moment un moment délicieux', et les Italiens, habitués h exprimer fortement ce qu'ils sentent , mêlèrent leurs acclamations à la joie douce que me faisait resseulir le bonhear de Valérie,
Le bal commença dans une des salles attenantes; tout le moode s'y précipita. La toile étant tombée, on vit reparaître le clair de lune. Valérie resta avec son mari ; tous deux parlè-
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reot avec tendresse du souvenir que cette fête leur retraçait. lie comte me dit les choses du monde les plus aimables; sa femme, en me tendant la main , s'ëeria : — Bon Gustave ! jamais je n'oublierai cette charmante soirée et la salle des souvenirs. — Elle rentra ensuite avec le comte dans le bal. Je sortis pour respirer le grand air et m'abandonner pendant quelques instants à mes rêveries. En rentrant, je cherchais des yeux la comtesse au milieu de la foule, et , ne la trouvant pas , je me doutais qu'elle avait cherché la solitude dans In salle des souvenirs. Je la trouvai effectivement dans l'embrasure d'une fenêtre : je m'approchai avec timidité; elle me dit de m'asseoir à côté d'elle. Je vis qu'elle avait pleuré ; elle avait encore les larmes aux yeux, et je crus qu'elle s'était rappelé la petite discussion du matin. Je savais combien les impressions qu'elle recevait étaient profondes, et je lui dis : — Quoi ! madame, vous avez de la tristesse, aujourd'hui que nous désirons surtout vous voir contente? — Non, me dit-elle ; les larmes que j'ai versées ne sont point amèrea : je me suis retracé cet ^e que vous avez su me rappeler si délicieusement ; j'ai pensé à ma mère , à mes sœurs , & ce jour heureux qui commença l'attachement du comte pour moi; je me suis attendrie sur cette époque si chère; mais j'aime aussi l'Italie, je l'aime
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beaucoup, dit-elle. — Je tenais toujoarg sa maio, et mes yeux étaient ûxemeot attachés sur cette main qui, deux aus auparavant, était libre; je toucbais cet anneau qui me séparait d'elle à jamais, et qui faisait battre mon coeur de terreur et d'effroi ; mes yeus s'y fixaient avec stupenr. — Qaoi! medisais-je, j'aurais pu prétendre anssi à elle! Je vivais dans le même pays, dans la même provint»; mon nom, mon âge, ma fortune, tout me rapprochait d'elle:
qu'est-ce qui m'a empêché de deviner cet immense bonheur? — Mon cœur se serrait, et quelques larmes, douloureuses comme mes pensées , tombaient sur sa main. — Qu'avezvous, Gustave? dites-moi ce qui vous tourmente. — Elle voulait retirer sa main; mais sa voix était si touchante, j'osai la retenir. Je voulais lui dire que sais-jeP Mais je sentis cet
anneau, mon supplice et mon j uge; je senlis ma langue se glacer. Je quittai la main de Valérie , et je soupirai profondément. — Pourquoi, me dit-elle , pourquoi toujours cette tristesse ? Je suis sûre que vous pensez à cette femme. Je sens bien que son image est venue vous troubler aujourd'hui plus que jamais; toute celte soirée vous a ramené en Suède. — Oui, dis-je en respirant péniblement. — Elle a donc bien des charmes , me dit-elle, puisque rien ne peut vous distraire d'elle? — Ah! elle a tout, tout ce
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qui ffiit les fortes passions; la grâce, la timidité, la décence , atec une de ces àmcs pasBionnécs pour le bien, qui aiment parce qu'elles Tirent, et qai ne rivent que pour la vertu : enfin, par le plus charmant des contrastes, elle a tout ce qui annonce la faiblesse et la dépendance, tout ce qui réclame l'appui ; son corps délicat est une âcar que le plus léger souffle fait incliner, et son àme forte et courageuse braverait la mort pour la vertu et pour l'amonr. — Je prononçai ce dernier mot en tremblant, épuisé par la cbaleur avec laquelle j'avais parlé , ne sachant moi-même jusqu'où m'avait conduit mon enthousiasme. Je tremblais qu'elle ne m'eût deviné, et i'appnjais ma tète contre un des carreaux de la fenëlre , attendant avec anxiété le premier sou de sa voix. — Sait-elle que vous l'aimez? me dit Valérie avec une ingénuité qu'elle n'aurait pu feindre. — Ohl non, non , m'écriai-je , j'espère bien que non ; elle ue me le pardonnerait pas. — He le lui dites jamais, dit-elle ; il doit être affreux de faire naitre nue passion qui rend si malheurenx. Si jamais je pouvais en inspirer une semblable, je serais inconsolable ; mais je ne le crains pas, et cela me console de ne pas être belle. — Je m'étais remis de mon trouble. — Croyez-vous, madame , que ce soit la beauté seule qui soit si dangereuse P Regardez milad; Ërwin, la marquise de Fonti :
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je ne crois pas qa'un statuaire poisse imaginer de plus beaux modèles ; cependant on tous disait encore hier que jamais elles n'avaient excité un sentiment vif ou durable. Non, poursuivis-je , la beauté n'est vraiment irrésistible qu'en nous expliquant quelque ehose de moins passager qu'elle , qu'en nous faisant rêver à «e qui fait le efaarme de la vie au delà du moment fugitif où nous sommes séduits par elle; il faut que l'âme la retrouve quand les sens l'ont assez aperçue. L'&me ne se lasse jamais : plus elle admire, el pins elle s'exalte; et c'est quand <m sait l'émouvoir fortement , qu'il ne faut que de la grâce pour créer la plus forte passion. Un regard, quelques sons d'une voix susceptible d'inflexions séduisantes, contiennent alors tout ce qoi fai t délirer. La gcàce surtout, cette magie par excellence , renouvelle tons les encbanteraents. Qui plus que vous, dis- je, entraîné par le cbarme de son regard, de son maintien, a cette grâce? Valérie! (je pris sa maiu) Valérie! dis-je avec un accent passionné. — Sou extrême innocence pouvait seule lui eacber ce que i'éproBTais. Cependant je tremblais de lui avoir déplu , et comme on jouait dans cet instant une valse très-animée, je la priai, avec la vivacité qu'inspirait la suisique, de danser avec moi , et , sans lui laisser le temps de réfléchir , je l'entraînai. Je dansais avec une espèce de
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délire, oubliant le inonde entier, sentant avec ivresse Valérie presque dans mes bras, et détestant pourtant ma frénésie. J'avais absolument perdu la tète , et la voiii seule de ce que j'aimais pouvait me rappeler à moi. Elle souffrait de la rapidité de la valse, et me le reprochait. Je la posai sur un fauteuil ; je la coujorai de me pardonner. Elle était p≤ je tremblais d'effroï : j'avais l'air si égaré , que Valérie en fut frappée. £l1e me dit avec bonté : — Gela va mieux; mats, une autre fois, vous serez plus prudent : vous m'avez bien enrayée; vous ne m'écoutiez pas du tout. Gustave ! me dit-elle avec un accent très-significatif , qiie vous êtes cbangé ! — Je ne répondis rien. — Promettez-moi , dit-elle encore , de chercher à recouvrer votre raison ; promettez-le-moi , ditelle d'une voix attendrie, aujourd'hui , dans ce jour où vous m'avez montré tant d'intérêt. — Elle se leva , voyant qu'on se rapprochait de nons : je lui tendis la main , comme pour l'aider à marcher ; et , en serrant avec respect et attendrissement cette main , je lui dis : — Je serai digne de votre intérêt, ou je mourrai. — Je m'enfonçai dans les jardins, où je marchai longtemps eu proie à mille tourments que me créaient les remords dont j'étais déchiré.
LSTTBB XXI.
Je ne t'ai point eocore parlé de cette singulière ville , qni s'élève au sein de la mer et commatide aux vagues de venir se briser contre ses digues, d'obéir à ses lois, de lui apporter les ricbesseg de l'Europe et de l'Asie, de la servir en lui amenant cbaque jour les productious dont elle a besoin , et sans lesquelles elle périrait an milieu de son faste et de son superbe orgueil. La place qu'occupe cette cité, d'abord couverte de pauvres pêcheurs , voyait leurs nacelles raser timidement ces eaux où voguent maintenant les galères du sénat. Peu à peu le commerce s'empara de ce passage , qui liait si facilement l'Orient à l'Europe , et Venise devint la chaîne qui unit les mœurs d'une autre partie du monde à celles de l'Italie. De là ces couleurs si variées , ce mélange de cultes , de costumes , de langages , qui donnent une physionomie si particulière à cette ville et fondent les teintes locales avec le singulier assemblage de vingt peuples différents. Feu à peu aussi s'éleva ce gouvernement sage et doux pour la classe obscure et paisible de la république , implacable et cruel pour le noble qui aurait voulu le braver
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OU le compromettre ; semblable à ce Tarquiii dont le fer frappait chacune de ces fleurs qui osaient s'élever nu-dessus de leurs compagnes. Il follait, à Veuise, que chaque tète altière pliât ou tombât , Bi elle ne se courbait pas sous le fer d'un gouvernement apptryé sur dix siècles de puissance , et enveloppé du lugubre appareil de l'inquisition et des supplices.
Aussi rieu n'effraye l'imagination comme ce tribunal; tout vous épouvante : ces gouffres sans cesse ouverts aux dénonciations ; ces prisons affreuses où, courbé sous des Yofttes de plomb que le soleil embrase , le coupaUe expire lentement; le silence habitant ees vastes corridors où l'on craint jusqu'à l'écbo , qui redirait on accent imprudent. Et cependant, autour de cette enceinte, qu'babite l'épouvante et que frappe si souvent le deuil, le peuple, comme un essaim d'abeilles , bourdonne le jour et s'endort sur les marches de ces palais où vivent ses souverains , et, à l'ombre du despotisme, jouit d'une grande liberté, et même d'une coupable indulgence pour ees crimes.
Heureux de paresse et d'insouciance, te Vénitien vit de son soleil et de ses coqnillages, se' baigne dans ses canaux, suit ses processions, chante ses amours sous un ciet calme et propice, et regarde son carnaval comme une des merveilles du monde.
Les arts ont embelli la magnificence des monuments ; le génie du Titien , de PanI Vérooèse et du Tintoret , a illustré Venise : le Palladio a donné nne immortelle splendeur aux palais des Coriiaro, des Pisani ; et le goût et l'imaginatioD ont revêtu de beautés ce qui serait mort sans eux.
Venise est le séjour de la mollesse et de l'oiaîveté. On est coucbé dans des gondoles qui glissent sur les vagues encbainées ; on est couché dans ces loges où arriventles sons enchanteurs des plus belles voix de l'Italie. On dort une parlie de la journée; on est, la nuit, ou à l'Opéra, ou dans ce qu'on appelle ici des casins. La place de Saint-Marc est la capitale de Venise, le salon de la bonne compagnie la nuit, et le lieu du rassemblement du peuple le jour. Là , des spectacles se succèdent; les cafés s'ouvrent et se referment sans cesse ; les boutiques étalent leur luxe ; l'Arménien fume silencieusement sou cigare; taudis que, voilée et d'un pas léger, la femme du noble Vénitien , cachant à moitié sa beauté, et la montrant cependant avec art, traverse cette place qui loi sert de promenade le matin , et le soir la voit, resplendissante de diamants, parcourir les cafés , visiter tes théâtres, et se réfugiiT ensuite dans sou casin pour y attendre le soleil. Ajoute à tout cela , Ernest, le tumulte du quai qui avoisine Saint-Marc, ces groupes de Dalmates et d'Esclavons, ces bar-
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que» qui jettent sur la rive tous les fruits des lies , ces édifices où domine la majesté , ces colonnes où vi\ent ces chevaux , fiers de lenr audace et de leur antique beauté ; vois le ciel de l'Italie fondre ses teintes douces avec le noir antique des monuments ; entends le son des cloches se mêler aux chants des barcarolles ; regarde tout ce monde ; en un clin d'œil, tous les genoux sont ployés, toutes les tètes se baissent religieusement ; c'est une procession qui passe. Observe ce lointain magique , ce sont les Alpes du Tjrol qui forment ce rideau que dore le soleil. Quelle superbe ceinture embrasse mollement Veniset C'est l'Adriatique; mais ses vagues resserrées n'en sont pas moins filles de la mer ; et si elles se jouent autour de ces belles ties , d'où se détachent de sombres cyprès, elles grondent aussi , elles se courroucent et menacent de submerger ces délicieuses retraites.
Je me promène souvent, Ernest, sur ces quais ; je me perds dans la foule de ce peuple , je m'élance au delà de cette mer; mais je ne me fuis pas moi-même. Je voulais cependant ne pas te parler de moi aujourd'hui. Je cherche à m'étourdir , et je te peins tout ce qui m'environne pour ne pas te parler d'une passion que je ne puis dompter.
Adieu, Ernest; je sens que je te parlerais de Valérie.
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Non, Ernest, non, jamais je ne m'habituerai au moDde; le peu que j'en ai vu ici m'inspire déjà le même éloiguement , le même dégoût qui me poursuit toujours dès que je suis obligé de vivre dans la grande société. Tu as beau vouloir que je cherche par ce moyen à oublier Valérie ou à m'en occuper pins faiblement ; y parvieiidrai-je jamais .■' et faut-il encore altérer mou caractère, l'aigrir? dois-je tâcher de recouvrer la tranquillité aux dépens des principes les plus consolants? Tu le sais, mon ami, j'ai besoin d'aimer les hommes ; je les crois en général estimables ; et , si vêla n'était pas , la société depuis longtemps ne serait-elle pas déti'alte?
L'ordre subsiste dans l'univers, la vertu est donc la plus forte. Mais te grand monde, cette classe que l'ambition , les grandeurs et la richesse séparent tant du reste de l'bumanité, le grand monde me parait une arène hérissée de lances où , à chaque pas , on craint d'être blessé ; la défiance, l'égoïsme et l'amour-propre, ces ennemis-nés de tout ce qui est grand et beau, veillent sans cesse à l'entrée de cette arène , et y donnent des lois qui étouffent ces mouvements généreux et aimables par lesquels l'âme s'élève,
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devient meilleure , et par coDséqueDl plus heurease. J'ai souvent réfléchi aux causes qui font que tous ceux qui vivent daus Je grand monde finissent par se détester les uns les autres , et meurent presque toujours en calomniant la vie. Il existe peu de méchaulsj ceux qui ne sont pas retenus par la conscience le sont par la société ; l'bonneur, cette fière et délicate production de la vertu , l'honneur garde les avenues du cœur et repousse les actions viles et basses, comme l'iustinct naturel repousse les actions atroces. Chacun de ces hommes séparément a'a-t-il pas presque toujours quelques qualités, quelques vertus? Qu'est-ce qui produit donc cette foule de vices qui nous blessent sans cesse? C'est que l'indifférence pour le bien est la plus dangereuse des immoralités ; les grandes fautes seules épouvantent, parce qu'elles effrayent la couscience. Mais on ne daigne pas seulement s'occaper des torts qui reviennent sans cesse , qui attaquent sans cesse le repos , la considération , le bonheur de ceux avec qui l'on vit, et qui troublent par là journellement la société.
Nous parlions de cela hier encore, Valérie et moi , et je lui faisais remarquer dans ces réunions briliantes, au milieu de cette foule de geus de tous les pajs, qui viennent 'm pour s'amuser, je lui faisais remarquer cette teinte monotone de froideur et d'ennni répandue sur
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