LETTRE XXV
Toates mes iaquiëtades sont finies ; je ne tremble plus poar celle qai n'a été qu'un moment, il est vrai, la plus heureuse des mères, mais qui existe, qui se porte bien. Oui, Ernest, j'ai TU la sensible Valérie, mille fois plus beUe, plus touchante que jamais , répandre sur son fils les plus douces larmes , me le montrer éveillé, endormi, me demander st j'avais remarqué tous ses traits, pressentir qu'il aurait le sourire de son père, et ne jamais se lasser de l'admirer et de le caresser.
Hélas ! quelque temps après, ces mêmes yeux ont répandu les larmes du deuil et de la douleur la plus anëre : le jeune Adolphe n'a vécu que quelques instants, et sa mère le pleure tous les jours. Cependant elle est résignée; mais elle a perdu cette douce gaitë qui suivit ses premiers transports de bonheur ; la plus profonde mélancolie est empreinte dans ses traits; ils ont toujours quelque chose qui peint la douleur. En vain le comte cherche à la distraire; ce qui la calme est justement ce qui la ramène à Adolphe. Elle a acheté un petit terrain qui appartient à des religieuses; ce terrain est h
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Lido, ile charmante , près de Venise : c'est là que l'on a enterré le fils de Valérie. Le comte a été profondément affecté de la perte qu'il a faite; je ne l'ai pas quitté pendant son chagrin. Ma douleur si véritable , la manière dont je l'exprimais , mes soins assidus , ont touché cet homme eicellent. Il m'a témoigné une tendresse si vive! Je voyais qu'il me savait gré d'avoir quitté mon genre de vie solitaire. Hélas 1 il ne sanra jamais combien il m'a fallu de courage pour la fuir, pour lutter contre ces longues habitudes de mon cœur, si donces , si chères ! Je ne serai jamais compris. Toi seul, Ernest, tu pourras me plaindre , concevoir mes douleurs, et pleurer sur moi.
LETTRE XXVL
Expliqne-moi , Ernest , comment on peut n'aimer Valérie que comme on aimerait toute autre femme. Hier je me promenais avec le comte, nous avons rencontré une femme qui était arrêtée devant une boutique du pont de Bialto. — Voilà une bien jolie personne , me dit le comte. — Je l'ai regardée , et sa taille et
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ses chcTcui m'ont rappelé Valérie; j'ai ea envie de dire qu'elle ressemblait à la comtesse , mais je craignais que ma toîi ne me trahit. Cependant, comme il y avait beaucoup de bruit sur le pont, et qu'il ne m'observait pas, je le lui ai dit. — Nullement , m'a-t-il répondu, cette femme est eitrëmement jolie \ Valérie a de la jenuesse, de la physionomie, mais jamais on ae ia remarquera. — J'éprouvais quelque chose de douloureux, uou pas que j'eusse besoin que d'autres que moi la trouvassent charmante , mais de penser que je l'aime avec une passioD si violente, qu'elle est pour moi le modèle de tons les charmes , de toutes les séductions , et que jamais je ne pourrai lui exprimer un seul instant de ma vie ce que j'éprouve ; je n'osais dire au comte combien je le trouvais injuste. — Au moins, lui dis-je, on ne peut refuser à la comtesse le prix des verlus et de la beauté de l'ôme, — Ah! sans doute, c'est une excellente femme : ce sera une femme bien essentielle, et, quand elle aura été plus dans le monde, elle sera même extrêmement aimable.
Quoi ! Valérie, tu as besoin de plus de développement pour ëlre extrêmement aimable!
Ton esprit , ta sensibilité, tes grâces enchanteresses ne t'assignent-elles pas déjà la première de ces places qu'oseut te disputer des femmes légères qui , avec quelques mines, quelques
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LtriTRE XXVI. 153
grâces factices et de froides imitatious de ce cbarme suprême que la vraie bonté seule donne, se croient aimables! Comment penses-tu devenir meilleure , toi qui ne respires qne pour le bonheur des autres; qui, reufermée dans le cercle de tes devoirs, ne comptes tes plaisirs que par tes vertus, emploies chaque moment de la vie an lieu de la dissiper, diriges ta maison et la remplis des félicités les plus pures 1 Moi seul, seraîs-je donc destiné à te comprendre , à t'apprëcier , et n'aurais-je eu cette faculté que pour devenir si malheureux! Ces tristes réflexions avaient absorbé mon attention ; je marchais sileucieusement à côlé dn comte, et je me disais : L'homme ne saura-t-il donc jamais jouir du bonheur que le ciel lui donne? Et cet homme si distingué, si bien fait pour être henreux par Valérie, ne se trouverait-il pas en effet plus à envier et plus heureux qu'un autre? Mais pourquoi, me disais-je, faut-il que le bonheur soit un délire ! Cette ivresse même avec laquelle l'amour le juge ne le dégrade-t-elie pas? et ne vois-je pas le comte rendre chaque jour le plus beau des hommages à Valérie , lui confier son avenir, lui dire qu'elle embellit sa vie , et avoir besoin d'elle comme d'un air pur pour respirer ? Mais j'avais beau me dire tout cela , je finissais toujours par penser : — Ab ! comme je l'aimerais mieux !
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