‹ ValérieChapitre 19 sur 43 · LETTRE XXX · texte numérisé non relu

LETTRE XXX

Elle est partie, je te l'ai déjà dit; je te le répète, parce que cette pensée est toujours là pour appesantir mon existence. Il me semble que je traîne après moi des siècles dans ces espaces qu'on nomme des jours. Je ne souffre que de cet ennui qui est un mal affreux, de cet ennui insurmontable , qui place dans une vaste uniformité tous les instants comme tous les objets. Rien ne m'émeut , pas même son idée.

Je me dis : Elle n'est plus là ; mais à peine ai-je la force de la regretter ; je me sens mort au de-

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dans de moi, quoique je marche et que je respire encore. Quelle est donc cette terrible maladie , cette langueur qui me fait croire que je ne suis plus susceptible de passion , ni même d'un intérêt vif; qui me ferait envier les hommes les plus médiocres, seulement parce qu'ils ont l'air d'attacber du prix aux choses qui n'en ont point? Quand la nature , et sa grandeur , et son silence me parlnient, était-elle aulre qu'elle n'est aujourd'hui? Où sont-elles les voix de la montagne, des torrents, des forêts? Sont-elles éleinles?ou bien l'homme porte-t-il en lui, avec la faculté de mesurer la grandeur, le pouvoir de rêver aussi d'ineffables harmonies? Ah! sans doute il est un langage vivant au dedans de nons-mêmes qui nous fait entendre tous ces secrets langages. Les ondes deviennent pittoresques en réfléchissant de beaux paysages ; mais, pour les réfléchir, il faut qu'elles soient pures.

Il semble qu'un ouragan ait passé au dedans de moi et y ait tout dévasté ; et cet amour , qui crée des enchantements, n'a laissé après lui, pour nioi, qu'un désert.

Je sens que je m'abandonne moi-même.

Quand je la voyais, j'étais souvent malheureux. Forcé de lui cacher mon amour , comme on cache un délit , je voyais un autre en être aimé , suffire à sou bonheur ; et cet autre était un bien-

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