‹ ValérieChapitre 34 sur 43 · ERNEST AD COMTE DE B · texte numérisé non relu

ERNEST AD COMTE DE B

Dans la terrible aaxiété que j'éprouve , la seule idée qui me calme , c'est de penser qne ma lettre pourra encore vous parvenir à temps, et que la mâme amitié qui embellit les jours du père de Gustave veillera sur cet infortuné, et l'arracbera à l'âbime creusé par lui-même , et qui doit infailliblement l'engloutir. Obi monsieur le comte , ce que je soulïre est inexprimable, eu pensant aux maux de Gustave, du premier et du plus cher de mes amis ! Je tremble quelquefois qu'il ne soit trop tard pour le sauver; je tombe alors dans un égarement de douleur qui me trouble et m'ôte la faculté de penser. Ma lettre ne se ressent que trop du désordre de mes idées I Je viens d'eu recevoir plusieurs à la fois de Gustave; elles avaient été retardées par le Sund. Je n'y vois que trop le funeste état de mon ami ! Il a quitté Venise. Je ne m'aveugle oi snr sa douleur ni sur sa santé , et je suis bien malbeureux ! Pourquoi ne vous ai-je pas écrit plus tôt ? pourquoi , connaissant votre àme généreuse , ai-je craint de manquer à la délicatesse , il l'amitié , et ai-je exposé les

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jours du meilleur, du plus aimable des hommes? Je De sais ce que j'écris. Lisez , lisez les lettres de Gustave. Je voua espédie un de mes parents sur lequel je puis compter; il va sans s'arrêter à Venise : il vous remettra plusieurs de ces lettres; elles vous peindront son funeste élat; elles vous montreront cette &aie sablime et tendre, qu'une passion terrible frappa malgré tous ses efforts et tous ses combats. Qoand vous les aurez lues, je serai plus tranquille. Ëh! que ponrrais-je vous demander que votre cœur ne vous ait déjà conseillé? Qui veillera avec plus de tendresse sur cet infortnné que tous , qui fûtes toujours pour lui nn père tendre? Qui saura mieux trouver ce qui lui convient que vons, dont l'àme est aussi sensible qu'éclairée? Vous verrez qu'une de ses peines les plus déchirantes vient de vous avoir paru ingrat. Sa tète malade s'exagère ses torts; son affreuse siloatioa le forçait au silence. Il souffre d'avoir eu contre lui tontes les apparences de la méfiance, et d'avoir paru insensible à votre amitié ; il sonffre de vous avoir offensé par cet amour involontaire pour cet objet si doux , si pur, si respecté, pour cette femme charmante, la récompense de vos vertus. Oh ! monsieur le comte, je voudrais vous montrer à la fois tout ce qui peut rendre Gustave et plus excusable et plus intéressant. J'oublie que vous l'aimez au-

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tant qae moi. Que ne pais-je voler vers ]nï, vers TOUS, homme géoéreaxl Mais je suis retenu auprès d'une mère trop malade pour qae je songe à m'en éloigner dans ce moment. Dès que son état ne souffrira pas de mon absence , et j'espère que ce sera bientôt, je partirai pour l'Italie. Puissé-je retrouver Gustave ! Je ne sais pourquoi de si noirs pressentiments m'agitent quelquefois : rien alors ne peut rendre ce que j'éprouve. Àhl je ne serai tranquille que lorsque je l'aurai ramené ici ; ici , où tout lui rendra encore les souvenirs de l'enfance , et où il respirera peut-être quelque chose du calme de ses premières années I

Je finis ma lettre. Je n'ai pas besoin de vous prier d'accueillir avec bonté le baron de Bojsse, mon parent ; c'est un jeune homme sûr et estimable.

A gréez , monsieur le comte , les assurances de mon respect. Daignez excuser le désordre de ma lettre ; c'est à votre âme que je l'adresse , et je n'y ai point observé les formes que me prescrivaient les convenances. Daignez me mettre aux pieds de madame de M..., et me permettre de joindre au respect que je vous dois l'attachement le plus vrai.

J'ai l'honneur d'être, monsieur le comte, Votre trës-humble et obéissant serviteur, Ernest de G...

LETTBE XL VII.

LETIRE XLVII.

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