‹ ValérieChapitre 42 sur 43 · LETTRE DU COUTE A EHNEST · texte numérisé non relu

LETTRE DU COUTE A EHNEST

Je repreada mon récit interrompu ; j'avais besoin de force et de courage pour le continuer. J'ai encore devant mes jev\ la plus triste des images , telle qu'elle me frappa en rentrant dans celte cbambra d'où avait disparu l'âme la plus tendre et la plus sublime. Je recalai d'borrear en voyant ce jeune et superbe Gustave couché dans le cercueil; je m'appuyai contre la poric ; il me semblait que je faisais un rêve dont je ne pouvais sortir. Je m'avançai pour le considérer eacore, et soulevai le mouchoir qui couvrait ses traits ; la mort y avait déjà gravé son uniforme repos. Je le contemplai longtemps, mais sans attendrissement ; il me semblait que ma douleur s'arrêtait devant une pensée auguste plus grande que ia douleur; et, sur ce cercueil même, je me sentais vivant d'avenir. Mon àme s'adressait h la sienne : • Tu as eu soif de la félicité suprême , lui disais-je ; tu as détourné tes lèvres de la coupe de la vie, qui n'a pu le désaltérer; mais tu respires maintenant la pure félicité de ceux qui vécurent comme toi. • Sa bouche avait conservé les dernières traces de cette douce résignation qui était dans son âuie ; la mort l'avait enlevé sans le toucher de ses mains hideuses. A côté de lui était la table ob étaient rangés tous ses papiers. A celte vue , mon cœur s'éinut comme s'il était encore vivant. Je voyais toutes ses dispositions écrites de sa maiti ; sa montre y

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^it aussi. Je me rappelai qu'il m'avait prie de la porter, je la pris silencieusement, je la r^ardai , elle était arrêtée. Je sentis un frisson d^agréable ; et , en me retonrnant poar m'asseoir et prendre quelques forces , je reoTersai un des cierges ; il tomba sur la poitrine de Gustave : je me précipitai pour le relever; et, en voyant l'inaltérable repos de celui qui ne pouvait plus rien sentir ici-bas , je Bs un cri. ■ Gustavel rae disais-je , Gustave I tune veux doncplusrien prouver, rien entendre! La voix gémissante de l'amitié passe à cdté de toi et ne t'émeut plus ! ■ Je posai mes lèvres sur son front glacé : > O moufilsl mon fils!... ■ C'est tout ce que je pus dire. Je restai immobile ; mon âme disait un long adieu à cet objet si cher de mes affections; et, lorsque je voulus fermer le cercueil, mes yeta. tombèrent sur la main de Gustave qui était restée suspendue. Il avait à un de ses doigts la bague décorée de ses armes , selon l'usage de notre pays ; je voulus la lui dter ; puis me rappelant que c'était là le dernier rejeton de cette illustre maison desLinar : " Reste, luidis-je, reste, et descends avec lui dans la tombe. ■ Alors mes larmes coulèrent ; je replaçai cette main sur la poitrine du mort, et je fermai son cercueil!

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