‹ ValérieChapitre 16 sur 68 · XL NOTICE · texte numérisé non relu

XL NOTICE

domaine du mal pour régner ou pour servir. i> Et elle finit en montrant la croix laissée dans ces lieux cooune un autel magnifique qui doit tout rallier, et qui dira : « Ici fiit adoré Jésas- Christ par le héros et l'armée chère à son cœur ; ici les peuples de l'Aquilon demandèrent le bonheur de la France, i»

Ces pages expriment clairement en quel sens madame de Krûdner concevait et conseillait la sainte alliance ; lïlais ce qui était son rêve» ce qui fut un moment celui d'Alexandre , se déconcerta bientAty et s'évanouit en présence des intérêts contraires et des ambitions positives , qui eurent bon marché de ces nobles chimères.

L'espèce de triomphe de madame de Krûdner au camp de Vertus marqua le plus haut point , et , pour ainsi dire , le sommet lumineux de son influence. On s'en effiraya sérieusèment , on s'efforça de l'éloigner de l'empereur et de faire en sorte qu'il la vît moins. Lorsque Alexandre eut quitté la France , madame de Kriidner déclina rapidement dans son esprit ; cette vénération pieuse qu'il ressentait

SUA MAPAHK DB UUDNBB. XLI

pour die finit par raversion, par la persécii*

tîon même.

Ceux qui croient sérieusement i l'interveiH-

iion de la Providence dans les choses de ce monde ne doivent pas juger avec trop de sourire le rôle et la tentative de madame de Kriidner; il est certain que 1815 fut un moment décisif , et aux esprits religieux il doit sembler qoe réprouve était de force à susciter son témoin mystique et son prophète. Madame de Krudner s'est moins trompée sur l'importance de 1815 même que sur les conséquences qu'elle en augurait. En ces momens de craquement universel » il arrive » j'imagine , que Tidéal qui est derrière ce monde terrestre se révèle, apparaît rapidement à quelques yeux , et Ton croit qu'il va s'introduire. Mais la fente se referme aussitAt , et Fœil qui avait vu profondément et juste un instant, en continuant de oroire aux rayons disparus, s'abuse et n'est pins rempli que de sa propre lumière. Le mal«heur de certaines &mes , le tort de madame de Krudner n'est peot-étre que d'avoir conçu le

beau dans les choses humaines à un certain

xui vaiK»

moment décisif ei terrible, où il suffirait eu effet d'nn grand homme ponr ropérer» Hais rbomme a iaii faute , et celui qui concevait le rôle n'est plus que visionnaircx £t nous-mêmes, rêveurs , ne disons-nous pas tous les jours :

Qu'aurait-ce étô en iS30 p s'il y avait eu au gouvernail un grand cœur I )» Si le noble , l'ialéressant, mais trop fragile Aleiandre» avait été un Charlemagne véritable, un monarque en tout à la hauteur de sa fioTtane , madame de kriidner était plus que justifiée ; mais alors eût-ellû été nécessaire ? Sa plus grande illusion fut de croire que de telles pensées se con^ seillent et s'inspirent là lOÙ elles ne germeraient pw d'eUes-4némes.

Après tout , sous une forme particulière, dans son langage biblique vague , mais avec un sentiment vivsmt et nouveau,, isadame de Kfildner n'a fait autre chose t|u'entreYoir à sa manière et proclamer de bonne liemre , du sein de l'orage politique , cette plaie du néant 4e la fei , de l'indifférence et de la misé) e moderne , qu'avec fins ou moins d'autorité^ de génie, d*iUnsiott et de hasard , ont sond éa » adoucie» aigrie.

SUR MADAiUI M KEUDNBE. XXill

4èptorée el tonmeiitèe tour à tour oeux qui, eu des sens divers , tendent au même but dù la grande régénéiation du monde , SaintrMap- 4iA , de Maifttre , Saint^Simoa , BaUaocbe, f ourler et La Mennais.

Hors de la poUlîqve , rmfl«eiice de madaine de Krudaer en 1815 à ParU t son action purement religiease fut bien passagère, mais éga^ lemeoi vive et frap|)aAte sur ceui^ mêmes cbez qui elle ne durait pas. Tous ceux qui l'approduâent un pan songent enbissaieni le charme de sa parole , et prenaient a» parfom de sou âme abondante et toujours répandue. On an eilerail une foule d'es^mfim. Madame de 14zai-Marnésia » une jeune femme charmante , cpii atait rm périr si afirensemeot son mari à Stoashoarg 9 s'était remise en sa douleur à madame de Kudner, et partageait chaque nuit le même dlîoe, espérant par elle retrraver quelque communication avec celui qu'elle avait perdu , et qni déjà se révélait à la aainte amie pins détaebée. Bans le château où elle Cut^ près du camp de Vertus, tout l'entourage de madame de Kriidner, plus ou moins , prêchait i son exem-

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