‹ ValérieChapitre 17 sur 68 · XLIV NOTICE · texte numérisé non relu

XLIV NOTICE

pie; sa fille , son gendre, prêchaient la famille du vieux gentilhomme qui les logeait ; la jeune femme de chambre elle-même prêchait le vieux domestique du château. Quelques mots engagés à la rencontre, n'importe à quel sujet et en quel lieu, servaient de texte, et sur un escalier, sur un perron , au seuil d'un appartement , l'entretien tournait vite en prédication. Le respect pourtant et ui{e sorte d'admiration s'attachaient à elle et corrigeaient Timpression de ses alentours. Bien des railleurs à Paris » qui allaient l'entendre dans son grand salon du faubourg Saint-Honoré , ouvert à tons , revenaient , sinon convaincus, du moins charmés et pénétrés de sa personne. Tel de sa connaissance familière, qui se croyait tenu de résister quand elle était là , prêchait un peu à son exemple dès qu'elle n'y était plus. Elle avait une éloquence particulièrement admirable et un redoublonent de plénitude quand elle parlait des misères humaines chez les grands : ce Ohl combien j'ai habité de palais , disait-elle à une jeune fille bien digne de l'entendre; oh 1 si vous saviez combien de misères

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et d'angoisses s'y recèlent t je n'en vois jamais un sans avoir le cœur serré. » Mais c est surtout quand elle parlait aux pauvres de ces misères qni égalent les lenrs , que l'effet de sa parole était souverain. Une fois , à Paris , sollicitée par Tamitié d'un homme de bien , M. de Gérando » elle pénétra , avec l'autorisation du préfet de police , dans la prison de Saint-Laxare , et là elle se trouva en présence de la portion véritablement la plus malade de la société. Elle commença an mUiea de ces femmes éton^nées et bientôt touchées. Les plaies des puissans furent étalées ; elle frappa son cœur ; elle se confessa aussi grande pécheresse qu'elles toutes ; elle parla de ce Dieu qui , comme elle disait souvent , Vamii ramasiie au milieu des délices du monde. Cela dura plusieurs heures ; l'effet fut soudain , croissant ; c'étaient des sanglots, des éclats de reconnaissance. Quand elle sortit , les portes étaient assiégées , les corridors remplis d'nne double haie. On lui fit promettre de revenir, d'envoyer de bons livres. Mais d'autres émotions survinrent ; elle n'y retooma pas; et c'est dans ce peu de suite que.

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chez madame de Krudaer, le manqae de dis^ ciplioe , d'ordre fixe , et aussi de doctrine arrêtée , se bit surtoiit sentir .

Combien de fois» quand on la pressait sur cette doctrine, quand on lui en demandait la source et les témoignages» qoand on disait à ses idées mystiques : a Qui ètes-vous? d'où ètes-yons? » elle se contentait, après les premiers mots» de &ire un geste vers Empeytas qui répondait : a Je vous expliquerai cela ; y> et le vent de l'inspiration tournait» et de rexplication» il n'en était jamais question davanrtage.

Dans les résultats et les actions de la vie»

cette vacillation se retrouvait Elle eût peutêtre sauvé Labédoyére» si elle avait obéi à une seule pensée. Mais des suggestions diverses se succédaient près d'elle; l'inspiration variait au gré de la dernière personne qu'elle voyait» et l'une de ces personnes» hostile à Labédoyére» avait grand soin de ne la quitter que peu d'instans avant Theure de l'empereur Alexandre»

lequel trouvait la bonne inspiration clémente tonte combattue et refroidie*

SUE MABAia BB nVDNER, XLVII

8a sensibilité, son imagination, non retenues, se donnaient carriàre. Ses iUasions sor les choses de fait étaient extrêmes, et souvent piquantes ; elles les avait enes fiidles en iont temps. Un jour , en 1815, à quelqu'un qui la fenait voir dans la soirée à Fheure de sa prière, elle disait : « De grandes ceuvres s'accomplissent; tout Paris jeûne. .. Et cet ami, qui sortait du PaUds^Royal où il avait vu tout le monde dîner, ne put la détromper comme il asorait voulu. Ce trait est bien de celle qui, femme du monde, s'était figuré volontiefs que Gmtave ou quelque autre était mort d'amour pour elle ^.

On aime à recherclier quelles furent, à cette époque de 1815, les relations de madame de Krûdner avec quelques personnes célèbres , dont Fâme devait par plus d'un point rencon-

1 — i « Mais quoi? répliquait quelqu'un devint qui dis disait que le jeune homme était mort^ mortt mais il est à Genèyel 9 *— « Ohl mon très-eber, s*écriait-ene avee sa grâce naturelle» s*il n*est pas mort, il n'en est guère mieux pour eela. »

trer la sienne. Madame de Staël goûtait madame de Krudner auteur de Valériey mais elle était d'un esprit poUtique et historique trop prononcé pour entrer dans son exaltation prophétique» et elle en souriait plutôt. Benjamin Constant, lui, n'en souriait pas. U rit beaucoup madame de Krudner en 1815; il trouvait près d'elleconsolationdans ses crises, et alimentpour toute une partie de son âme. On sait quelles forent alors les ricissitndes politiques de Fillustre publiciste; ses sentimens religieux n'étaient pas moins agités ; et, à cette limite extrême de la jeunesse» revenant à la charge en lui, ils livraient comme un dernier combat. D'autres troubles secrets s'y joignaient, et formaient un autre dernier orage. C'est prés de madame de Krudner qu'il allait, durant des heures, cher* cher quelque repos, partager quelque prière, Adolphe toujours le même près de Valérie régénérée. Une bienveillance précieuse nous permet de reproduire quelques lignes qui peignent cette situation intérieure : ce J'ai vu hier » madame de Krudner , écrivait Benjamin ï> Constant, d'abord avec du monde, ensuite

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