LETTRE II
LQbeo, Is se mars*
Ernest, plus que jamais elle est dans mon cœur, cette secrète agitation qui tantôt portait mes pas sur les sommets escarpés des Koullen, tantôt sur nos désertes grèves. Ahl tu le sais, je n'y étais pas seul : la solitude des mers, leur yaste silence ou leur orageuse activité, le vol incertain de Talcyon, le cri mélancolique de Toiseau qui aime nos régions glacées, la triste et douce clarté de nos aurores boréales/ tout nourrissait les vagues et ravissantes inquiéitudes de ma jeunesse. Que de fois, dévoré par la fièvre de mon cœur, j'eusse voulu, comme Taigle des montagnes, me baigner dans un nuage et renouveler ma viel Que deiois j'eusse
LERRB II.
voula me plonger dans l'abtme de ces mers déyarantes, et tirer de tons les élémens, de toutes
les secousses, une nouvelle énergie, quand je sentais la mienne s'éteindre au milieu des feux qui me consumaient t / Ernest, j'ai quitté tous ces témoins de mon -| inquiète existence ; mais partout j'en retrouve d'autres : j'ai changé de ciel ; mais j'ai emporté avec moi mes fantastiques songes et mes vœux immodérés. Quand tout dort autour de moi, je yeille ayec eux; et dans ces nuits d'àmour et de mélancolie, que le printemps exhale et remplit de tant de délices, je sens partout cette volupté cachée de la nature, si dangereuse pour rimagination , par le voile même qui la couvre : elle m'enivre et m'abat tour à ^ tour ; elle me fait vivre et me tue ; elle arrive ' ' à moi par tous les objets, et me fait languir après un seul. J'entends le vent de la nuit^ il s'endort sur les feuilles^ et je crois ouïr encore des pas incertains et timides; mon imagination me peint cet être idéal après lequel je soupire, et je me jette tout entier dans ce pressentiment d'amour et d'extase qui doit remplir ^ le vague de mon cœur. Hélas ! serâi-je jamais aimé l Yerrai-je jamais s'exaucer ces brûlans et ambitieux désirs ? Donnerai-je un moment, un seul instant, tout le bonheur que je pourrai sentir 7 Vivrai-je de ce don splendide qui fait
Ik TALBEIB.
toucher aa ciel? Ahl ce n'est pas tout» Ernest, que de donnor, il faut recevoir ; ce n'est pas tout de valoir beaucoup , il faut être senti de même. Pour faire mûrir la datte, il faut le sol d'Afrique ; pour fidre naître ces grandes et profondes émotions qui nous viennent du ciel, il faut trouver sur la terre ces âmes ardentes et rares qui ont reçu la douce, et peut-être la funeste puissance d'aimer comme moi.