‹ ValérieChapitre 24 sur 68 · LETTRE IV · texte numérisé non relu

LETTRE IV

son inquiétude augmentait ; j'osais la regarder,

interroger ses traits ; notre position me le permettait. Je voyais combien elle savait aimer, et je sentais Tempire que doivent prendre sur d'autres âmes les âmes susceptibles de se passionner. J'éprouvais une espèce d'angoisse, que son angoisse me donnait ; mon cœur battait ; et en même temps, Ernest, j'éprouvais quelque chose de délicieux, quand elle me regardait avec une expression touchante, comme pour me remercier du soin que je prenais.

Nous arrivâmes à la poste ; le comte n'y était pas. Valérie se trouva mal ; elle eut une attaque de nerfs qui me fit frémir. Ses femmes couraient pour lui chercher du thé, de la fleur d'orange ; j'étais hors de moi. L'état de Valérie, l'absence du comte, un trouble inexprimable que je n'avais jamais senti, tout me faisait perdre latete Je tenais les mains glacées de Valérie ; je la conjurais de se calmer : je lui dis, pour la tranquilliser, que tous les voyageurs allaient voir un château, très-près du grand chemin, dont la position était singulière. Dès que je la vis un peu moins souffrante, je pris avec moi deux hommes du pays, et nous nous dispersâmes pour aller à sa recherche. Après une demiheure de marche, je le trouvai qui se hâtait d'arriver : il s'était égaré. Je lui dis combien Valérie avait souffert; il en fut extrêmement

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ftché. Qaand npvs fAmes près d'arriver à la

maison de poste, je me mis à courir de toutes mes forces pour aunoocer le comte et pour être le premier à donner cette bonne nouvelle. J'ens un moment bien heureux, en voyant tout le bonheur de Valérie. Je retournai alors vers le comte» et nous entrâmes ensemble ; Valérie ae jeta à son cou . Elle pleurait de joie ; mais Tins*tant d'après , paraissant se rappeler tout ce qu'elle avait souffert, elle gronda le comtej^ lui éâi qu'Q était impardonnable de l'avoir exposée à toutes ces inquiétudes, de l'avoir quittée sans lui rien dire ; elle repoussait son mari, qui voulait Tembrasser. — Oui, il est impardonnable, dit-elle, d'écouter son ressentiment. — Mais je n'étais pas fâché, lui dit-il. — Comment ! vous n'étiez pas fftché? — Non, ma chère Valérie, soyez-en sûre ; je voulais éviter une explication. Je sais que vous êtes vive, que cela vous ftitmal : je sais aussi combien vous vous apaisez feeilement ; vous êtes si bonne, Valérie 1 — £lle avait les larmes aux yeux; elle prit sa main d'une manière touchante. — C'est moi qui ai tort, dit-elle ; je vous en demande bien par» don. Comment ai-je pu me fâcher d'un mot qui n'était sûrement pas dit pour me faire de la peine? Ohl combien vous êtes meilleur que moi 1 — J'aurais voulu me jeter à ses pieds, lui dire qu'elle était un ange. Le comte, qui est si

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sensible, ne m'a pas paru assez reconnaissant

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