‹ ValérieChapitre 26 sur 68 · LETTRE YL · texte numérisé non relu

LETTRE YL

Le S avril.

Je me promenais ce matin avec Valérie dans ^ un jardin au bord d'une rivière. Elle a de*

LBTTMB VI. 25

mandé le déjeuner : on nous a apporté des fraises > qu'elle a youla me foire manger à la mamère de notre pays ; car elle m'avait entendu dire que cela me rappelait les repas que je fusais avec ma sœur, et nous envoyâmes chercher de la crème. Nous avions avec nous qudques fragmens du poème de Vlmaginalion^ que nous lisions en déjeunant. Tu sais com^ bienj'^ime les beaux vers; mais les beaux vers , lus 'avec Valérie , prononcés avec son organe charmant, assis auprès d'elle, environné toutes les magiques voix du printemps qui semblaient me parler, et dans cette eau qui courait, et dans ces feuilles doucement agitées comme mes pensées 1 Mon ami , f étais bien heureux , trop heureux peut-être I Ernest , cette idée serait terrible ; elle porterait la mort dans mon ame , qu'habite la félicité; je n'ose l'approfondir.

Valérie fut émue en lisant l'épisode enchanteur d'Amélie et de Volais; et quand elle arriva à ces vers :

En lODgs et noirs anneaux s'assemblaient ses cheveux ; Sesyenx noirs, pleins d'un feu que son mal dompte & peine, Êtineelaient encor sous deux sourcils d'ébéne.

elle a souri ; et , en me regardant , elle me dit : « Savez-Yous que cela vous ressemble beaucoup ? j> J'ai rougi d'embarras ; et puis j'ai

pensé : « Ah I si vous étiez mon Amélie ! »

liais soudain je me suis reproché ma pensée c<Nnme on crime , et c'en était tuen un. Je me snis levé , je me suis enfui ; j'ai été m'enfoncer dans la forêt voisine , comme si j'avais pu m'éloigner de cette ccmpable pensée.

Après une course assez rapide , réfléchissant à ce que penserait de moi Valérie , que j'avais quittée si ridiculement, je réscrius de revenir à la maison , et de loi demander par^ don. Cherchant dans ma téte une excuse et n'en trouvant point » je cueillais en chemin des marguerites pour les lui apporter , et je me mis , sans y penser, à les interroger en les efEèttillant , comme nous avions fait tant de fois dans notre enfiince. Je me disais : a Gomment suis-je aimé de Valérie? » J'arrachais les feuilles l'une après l'autre jusqu'à la dernière; elle dit : pas du tout. Le croirais*tu? cda m'affligea.

J'ai voulu aussi savoir comment j'aimais Valérie. Ah I je le savais bien ; mais je fus effrayé de trouver, au lieu de beaucoup, vas- SION^ÉMËNT : cela m'épouvanta. £rnest, je crois que j'ai pâli. J'ai voulu recommencer, et encore une fois la feuille a dit : passionnk- M£MT. Mon ami , était-ce ma conscience qui donnait une voix à cette feuille? Ma conscience saurait-elle déjà ce quQ j'ignore moi-même »

LBTTRE TII. SI

ce qne je yen ignorer Imte ait YîeY Oe que

tu ne croirais jamais si on te le disait , toi qui me connais si bien y toi qui sais que jamais je ne fiis léger, que la femme d'un autre fiit tonjour$ un objet sacré pour moi , et j'aimerais Valérie 1 Mon, non,

Qa4<met frimes toujours précèdent les grands crimes.

Sois tranquille , Ernest , tu n'auras pas be-

mu 4eMe receler loin de toi.

Page 1