LETT&E XII
que jour verra augmenter arec les charmes, et sartOQt avec les vertus do Valérie. Oui , Gustave, elle croîtra avec ces dangereuses oompagoes , elle consumera ces forces avec lesquelles tu luttes encore. Ohl crois-moi, reviens , arrache-toi à ces funestes habitudes 1 Ouvre ton âme à cet ami que tu m'as appris à respecter , reviens , n'a-t-il pas pour but ton bonheur, et pour règle ses devoirs? Ton Ame vaste et grande le frappa , il te crut propre aux plus brillans développemens ; et, mûri luimême par Texpérience, appelé à cette auguste adoption par l'amitié, il voulut être ton père, et achever, dans la patrie des arts, cette éducation déjà si heureusement commencée. Mais s'il voyait cette même âme dévastée, ces grandes facultés anéanties ; s'il voyait ton bonheur s'engloutir dans un terrible naufrage ; dismoi , lui-même ne serait-il pas inconsolable ? Encore une fois, reviens, change ta dévorante et délicieuse fièvre, contre plus de tranquillité. Que dis-je? ta délicieuse lièvre 1 non, non, Gustave n'a point d'ivresse ; pour lui l'amour n'a que des tourmens , et ses félicités n'arrivent dans son sein que comme des poignards qui le déchirent.
Adieu, mon ami, je compte l'écrire bientôt, et te parier d'Ida, qui, malgré la coquetterie que tu lui reproches, et ses petites imperfoc-
tiens, ne laibbo pas que d'èlre bien bonne et bien aimable.
( La rêpousc à celle lellrc d'£iiie&t ue &'c6l point retrouvée. )
XETTBE xm.
VienuCi le
Oh I Ernest, je suis le plus malheureux des hommes; Valérie est malade; elle est peut-être en danger ; je ne puis t'écrire, j'ai la fièvre, je sens tous les battemens de mon cœur contre la table où je suis appuyé ; je ne pourrais compter les tourmens que j'ai endurés depuis cè matin.
 âix heures du soir.
Elle va mieux, elle est tranquille. 0 Valérie! Valérie 1 avais-je besoin de ces craintes pour savoir qu'il n'est plus de ressource pour moi, que je t*aime comme un insensé l C'en est fait : il est inutile de lutter contre cette funeste passion. O Ernest I tu ne sais pas combien je suis malheureux, Maispuis-je me plaindre? elle est mieuXy elle est hors de danger. Tu ne sais pas comment elle est devenue malade ; c*est une chute, mai^ cette chute n'eût été rien, si...
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Quelle agitation il m'est resté, quel supplice, ma lètc est bouleversée ; mais je veux absolu* ment t'écrire; je yeux qae ta saches eombien je suis faible et malheureux.
Le comte m'aunouça, il y a quelques jours, que nous partirions dans pen, afin d'arriver à Venise, de nous y établir; il ajouta que Valérie avait besoin de repos» que son état l'exigeait. Son état , Ernest , cela me frappa. Et qnand le comte me dit qu'elle deviendrait mère, qu'il me le dit avec joie, crois-tu qu'au lien de l'en féliciter» je restais dans une espèce de stupeur; mes bras, au lieu de chercher le comte pour Tembrasscr , pour lui témoigner . ma joie» se sont croisés machinalement sur moi-même; je trouvais qu'il y avait de la cruauté à exposer celte jeune et charmante Valérie ; j'ai beaucoup souffiort , et le comte 8*en est aperçu. Il m'a dit avec bonté : Vous ne m'écoutez pas ; et voyant que je portais la main à ma tête» il m'a demandé si j'étais ma* lado. — Je vous trouve changé. — Oui, je suis malade , lui ai-je répondu; et rejetant sur les poètes d'Allemagne» qui sont de fonte» un mal v de tétc que j'éprouvais réellement, j'ai remercié le comte de sa bonté toujours attentive poar moi ; je lui ai dit que son bonhenr m'étail mille fois plus cher que le mien, et c'était vrai. Au diner je n'ai ose rester dans ma
VALÉBIË
chambre) de penr de voir arriver le comtechez
moi, de me voir interroger ; et cependant J'éprouvais un embarras extrême , j'étais tourmenté par ridée de revoir Valérie. Il me semblait que tout était changé autour de moi, singulier effet de l'altération de ma raison. Depuis quelque temps je deviens réellement fou ; les tendres attentions du comte pour Valérie m'a-
' vaicnt toujours rappelé ceUes d'un frère, d'un ami ; il est si calme 1 il a tant de dignité dans
•^sa manière de l'aimer I Valérie est si jeune ! En entrant dans l'antichambre de la comtesse , j'ai vu un homme qui sortait 4e chez elle ; il avait l'air fort grave : il me semblait qu'il secouait la téle en mettant une espèce de surtout qui était jeté sur une chaise; mon cœur a battu violemment; j'ai cru que c'était un médecin, et que Valérie n'était pas bien ; j'ai voulu lui parler, je n'ai osé élever la voix» tant je pensais qu'elle devait être troublée ; je suis entré dans la chambre de Valérie ; elle était devant une glace ; mais étant encore trop agité, je ne voyais pas ce qu'elle fiûsait. Cependant je me réjouissais de la voir levée, j'approchais» je la trouvais fort rouge. — Etesvous malade, madame la comtesse? dis-je avec une espèce d'inquiétude et de gravité. — Non, M. de Linar» me dit-elie du même ton. — Et elle se mit à rice. Elle ajouta : — Vous me
LBTTK£ Xlil
tronvéz très-ronge, c'est que j*ai pris une leçon
de danse. — Une leçon de danse î m'écriai-je.
— Oui, me dit-elle encore en riant ; me trou* Yez-yons trop vieille pour danser? Au moins YOQsneme défendez pas rexercice. — Et elle riait toujours ; elle a levé les bras un moment après, pour descendre un rideau , et tout-icoup elle a jeté un cri, en mettant sa main sur le côté. — Valérie, me suis-je écrié, vous me feres mourir ; tous nous ferez tons mourir , ai-je ajouté, avec TOtre légèreté. Pouyez-yons vous exposer ainsi? vous vous ferez mal. — £lle m'a regardé avec étonnement, elle a rougi. .
— Pardon, madame^ ai-jo ajouté, pardonnez à l'intérêt le plus vif... — Je me suis arrêté.
— M'oserai- je donc plus sauter, lever les brasl
— Oui , ai-je dit timidement , mais actnellement... — Elle m*a compris ; elle a rougi encore, et est sortie. Quand le comte est venu , elle l'a tiré à l'écart et Fa grondé.
Deux jours après , Valérie sortit pour voir une fenmie de sa connaissance ; en descendant de voiture, elle a sauté étourdiment; elle est tombée de manière à se faire beaucoup de mal ; on a été obligé de la reconduire chez elle surle-champ ; toute la nuit la fièvre a été forte ; on Ta saignée, car on craignait une feusse couche. Heureusement que la voilà hors de tont danger 1
VALÉKX£.
Noos partons dans peu de jours ; je compte t'écrire de la route.