‹ ValérieChapitre 35 sur 68 · LETTRE XIV · texte numérisé non relu

LETTRE XIV

riant : — C'est quelque grand malheur qni tmia

arrivera; vous êtes tombé dans un cimetière, et TOUS verrez que Valérie s'attribuera vos désastres. — Je ne puis te dire, Ernest» ce que j'éprouvai, je tressaillis. Peut-être, pensai-je, vient-il m'avertir de mon destin , et d'une main amie m'empécher de tomber dans le précipice que me creuse une passion insensée. — Asseyez-vous tous deux ici, nous dit Valérie, et ne vous moquez plus de moi. Vous rappelezvous y mon ami , dit-elle au comte , la belle collection de papillons que possédait mon père? Obi comme on aime ces souvenirs de Tenfiincel Gomme elle était jolie, cette maison de campafjnel — Ne me parlez pas, répondit le comte, de ces tristes sapins; j'ai la passion des beaux pays. Et moi, dit Valérie, je voudrais avoir écrit tant de choses, si simples, qu'elles ne sont rien par elles-mêmes , et qui me lient jNHirtant si fortement à ces sapins, à ces lacs, à ces mœurs, au milieu desquels j'ai appris à sentir et à aimer. Je voudrais qu'on pût se communiquer tout ce qu'on a éprouvé ; qu'on n'oubliât rien de ce bonheur de Penfance, et qu'on pût ramener ses amis, comme par là main, dans les scènes naïves de cet Age. n y avait une grange auprès de la maison, où revenait toujours une hirondelle avec laquelle je m'étais liée d'amitié ; il me semblait qu'elle me

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coooaissait ; quand le départ pour la campa-^ gne était retardé, je tremblais de ne pins re* trouver mon hirondelle; je défendais son nid, quand mes jeunes compagnes voulaient s'en saisir. — ^Voilà comment » dit le comte , Valérie promettait déjà de devenir nne bonne petite maman. — Je n'étais pas toujours si raisonnable, poursoivit Valérie; quelquefois je me plaisais à tourmenter mes soeurs ; j'étais la seule qui sût bien conduire une petite barque que nous avions , et qui était trés-légére ; je réloignais da rivage, fière de ma hardiesse, et n'écoutant pas leurs menaces ; seulement , qoand elles me priaient et m'appelaient leur chère Valérie, je savais bien vite revenir adroitement au port. Qu'il était charmant I ce petit lac, où le vent jetait quelquefois les pommes de pin de la forêt, ce lac au bord duquel croissaient des sorbiers avec leurs grappes rougesy que je venais cueillir pour mes oiseaux» tandis que sur les branches des sapins se balançaient de jeunes écureuils en se mirant dans les ondes I —

Noos fûmes interrompus par le bruit des voitures qui vinrent nous enlever à ces doux souvenirs de Teufance de Valérie » où je la voyais plus jeune» plus délicate encore» courir sous les sapins , attacher ses yeux d*nn bleu sombre» avec leurs regards si tendres , sur la

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petite famille qu'elle protégeait ; il me semblait que je ne l'aimais plus que comme une sœur. I Ainsi» les scènes de Tinnocence ramenèrent un | moment dans mon cœur le sentiment qu'il m'est \ permis d'avoir pour elle. Nous remontâmes \ dans la berline qui s'avançait lentement le^ long de TAdige; les femmes de la comtesse ^ nous suivaient dans l'autre voiture. C'est ainsi que j'ai fait ce voyage, m'habituant peu à peu à la douce présence de Yalfeie et vivant toujours sous son regard.

U est bien tard; je reprendrai ma lettre au premier endroit où nous nous arrêterons.

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