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mais qui peut réaggir à exprimer tout ce qu'elle inspire, et quelle langue lui dirait tout ce qu'on sent pour elle ?.. . — La comtesse regardait autoor d'elle a?ec rayissement.
Nons arriràmes à la salle ; elle était spa^ cieuse, et tout le monde fut charmé de voir rraiplacer ces jardins éblouissans de lampions par un clair de lune, d'après Yol^. La musique se tut , les portes se fermèrent ; il s'était fiât w silence involontaire de toutes parts, et Yàiéfie Fintmompit : — Ah! s'écria- 1- elle d'une voix attendrie, c'est Dronnigor. — Je vis avec délices que mon idée avait réussi. Un décorateur habile m'avait parfiûtement com^ pris ; des vues gravées de la campagne où Valérie avait passé son enfance, et les conseils da comte nous avaient aidés à exécuter mon plan ; on avait peint ce lac, cette barque où elle conduisait ses sœurs ; ces pins avec leurs formes pyramidales où se balançaient déjeunes écureuils ; ces sorbiers, amis de la jeune Valérie, et cette heureuse maison, à moitié cachée par les arbres, où elle avait passé ses premiers jours de bonheur, tout cela était éclairé par la » lune qui versait sa tranquille clarté et de longs jets de lumière sur de jeunes*bonleanx, sar les joncs du lac qui p^t laissaient frémir et murmurertiBt sur d'aromatiques calamus. Tu ne (BMfois pas avec quelle perfection Voléro a
imité les clairs de lune ; on la voyait lutter avec
les mystères de la nuit ; on entendait aussi dans le loiataia les airs de nos pâtres ; j'avais £ait imiter leurs cbalnmeanx, et ces sons errans, qui tantôt s'affaiblissaient, et tantôt devenaient plus forts, avaient quelque chose de vague, de tendre et de mélancolique.
Il y avait le long de la salle des bancs de gazon et de larges bandes de fleurs : toutes ces fleurs étaient blanches ; il m'avait semblé que cette couleur virginale peignait celle à qui elles étaient venues se donner ; le jasmin d'Espagne, les roses blanches, des œillets, des lis purs comme Valérie, s'élevaient partout dans des caisses cachées sous le parquet gazonné, et son ehiffre et celui du comte, simplement enlacés, étaient suspendus à un pin naturel, planté près de l'endroit du lac où Valérie avait dit pour la première fois au comte qu'elle consentait à devenir sa femme. Dis, Ernest, dis, après cela, si je ne sais pas l'aimer avec cette résignation qui seule excuse peut-être un peu ce funeste amour !
Mais il me reste à te détailler ce qui suivit cette première partie de la fôte. A peine fûmesnous dix minutes dans cette salle, les uns assis au milieu des fleurs, les autres parlant à voix basse, tous paraissant aimer cette scène tran* quille qui semblait offrir à chacun quelques
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soayenirB agréables^ qne la toile du fond se fera ; nne gaze d'argent occupait tonte la place du haut en bas, elle imitait parfaitement une glaoe. La lune disparut, et on vit à trarers la gaze une chambre très - simplement meublée, assez éclairée pour qu'on ne perdit rien, et une douzaine de jeunes filles assises auprès de leurs rouets, ou le fuseau à la main, travaillant toutes. Leur costume était celui des paysannes de notre pays ; des corsets d'un drap Uen foncé, un fichu d'une toile fine et blanche qui, se roulant comme un bandeau, enveloppait pittoresquement leur téte, et descendait sur leurs épaules avec des nattes de cheveux qui tombaient presque à terre. Ce tableau était diarmant Une des jeunes filles paraissait se détacher de ses compagnes; elle était plus jeune, plus sveltc, ses bras étaient plus délicats ; les autres semblaient être faites pour rentourer . Elle filait aussi mais elle était placée de manière à ce qu'on ne vît pas ses traits. A moitié cachée par son attitude et par sa coiffure, elle était yétue comme les autres, et paraissait pourtant plus distinguée. Valérie se reconnut dans cette scène naïve de sa jeunesse, où elle s'était plu, comme elle le faisait souvent, i\ travaillerai! milieu do plusieurs jeunes filles qu'on élevait chez ses parens, qui, riches el tmafiûsans, recueillaient des enfiins pau-
vrcs, les élevaient, et les dotaient ensuite. Elle comprit que j'avais voulu lui retracer le jour où le comte la vit pour la première fois, et la surprit au milieu de cette scène aimable et naïve. Dès lors, charmé de sa candeur et de ses grâces, il l'aima tendrement.
Mais revenons à ce miroir magique, qui ramenait Valérie au passé. De jeunes filles, élevées dans le conservatoire des Mendicanti, formaient un groupe , costumées commei nos paysannes suédoises : elles chantaient mieux qu'elles; et, au lieu de leurs romances, nous entendîmes des couplets composés pour la comtesse, accompagnés par Frédéric et Ponto, placés de manière à ne pas être aperçus. Les voix ravissantes des filles des Mendicanti , le talent do ces artistes fameux, la sensibilité de Valérie, contagieuse pour les autres, tout fit de ce moment un moment délicieux ; et les Italiens , habitués à exprimer fortement ce qu'ils sentent, mêlèrent leurs acclamations à la joie douce que me faisait ressentir le bonheur de Valérie.
Le bal commença dans une des salles attenantes ; tout le monde s'y précipita. La toile étant tombée, on vit reparaître le clair de lune. Valérie resta avec son mari ; tous deux parlèrent avec tendresse du souvenir que cette fôte leur retraçait. Le comte me dit les choses du
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monde les plus aimables ; sa femme » en me tendant la main, s'écria : — Bon Gustave ! jamais je n'oublierai cette charmante soirée, et la salle des souvenirs. — Elle rentra ensuite avec le comte dans le bal. Je sortis pour respirer le grand air et m'abandonner pendant quelques instans à mes rêveries. £n rentrant, je cherchais des yeux la comtesse au milieu de la foule, et, ne la trouvant pas, je me doutais qu'elle avait cherché la solitude dans la salle des souvenirs. Je la trouvai efifectivementdans Tembrasure d'une fenêtre : je m'approchai avec timidité; elle me dit de m'asseoirà côté d'elle.:Je vis qu'elle avait pleuré ; elle avait encore les larmes aux yeux, et je crus qu'elle s'était rappelé la petite discussion du matin. Je savais combien les impressions qu'elle recevait étaient profondes, et je lui dis : — » Quoi! madame, vous avez de la tristesse, aujourd'hui que nous désirons surtout vous voir contente? — Non, me dit-elle; les larmes que j'ai versées ne sont point amères : je me suis retracé cet âge que vous avez su me rappeler si délicieusement ; j'ai pensé i ma mère, A mes sœurs, à ce jour heureux qui commmença l'attachement du comte pour moi; je me suis attendrie sur cette époque si chère; mais j'aime aussi l'Italie, je raimo beaucoup, dit-elle. — Je tenais toujours sa main, et mes yeux étaient fixement
attachés sur cette main qui, deux ans auparavant, était libre; je touchais cet anneau qui me séparait d'elle à jamais, et qui faisait battre mon cœur de terreur et d'effroi ; mes yeux s'y fixaient avec stupeur. — Quoi! me disais-je , j'aurais pu prétendre aussi à elle! Je vivais dans le môme pays, dans la même province; mon nom, mon Age, ma fortune, tout me rapprochait d'elle ; qu'est-ce qui m'a empêché de deviner cet immense bonheur ? — Mon cœur se serrait, et quelques larmes, douloureuses comme mes pensées , tombaient sur sa main.
Qa'avez-vous, Gustave? dites-moi ce qui vous tourmente. — Elle voulait retirer sa main ; mais sa voix était si touchante, j'osai la retenir. Je voulais lui dire que sais-je? Mais
je sentis cet anneau, mon supplice et mon juge ; je sentis ma langue se glacer. Je quittai la main de Valérie, et je soupirais profondément. — Pourquoi, me dit-elle, pourquoi toujours cette tristesse ? Je suis sûre que vous pensez à cette femme. Je sens bien que son image est venue vous troubler aujourd'hui plus que jamais ; toute cette soirée vous a ramené en Suède. — Oui, dis-je,en respirant péniblement. — Elle a donc bien des charmes, me dil-elle, puisque rien ne peut vous distraire d'elle? — Ah ! elle a tout, tout ce qui fait les fortes passions ; la grâce , la timidité , la dé-
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cence, avec une de ces âmes passionnées pour le bien, qui aiment parce qu'elles vivent, et qui ne yiyent que pour la vertn : enfin, par le pins charmant des contrastes, elle a tout ce qui annonce la faiblesse et la dépendance, tout ce qui réclame Tappoi ; son corps délicat est nne fleur que le plus léger souffle fait incliner, et son âme forte et coura{j[euse braverait la mort ponr la vertu et pour Tamonr. — Je prononçai ce dernier mot en tremblant, épuisé par la chaleur avec laquelle j'avais parlé, ne sachant moi-même jusqu'où ;m'avait conduit mon en- Aousiasme. Je Remblais qu'elle ne m'eût deviné, et j'appuyais ma tète contre un des carreaux de la fenêtre, attendant avec anxiété le premier son de sa voix.— Sait-elle que tous l'aimez? me dit Valérie, avec une ingénuité qn'dle n'aurait pu feindre. — Oh 1 non, non , m*écriai-je, j'espère bien que non ; elle ne me le pardonnerait pas. — Ne le lui dites jamais, dit-elle ; il doit être affireux de faire naître une passion qui rend si malheureux. Si jamais je pouvais en inspirer une semblable, je serais inconsolable ; mais je ne le crains pas, et cela me console de ne pas être belle.— Je m'étais rraiis de mon trouble . — Croyez-vous, madame, que ce soit la beauté seule qui soit si dangereuse? Regardez mylady Erwin, la marquise de Pouli : je ne crois pas qu'un statuaire puisse
imaginer de plus beaux modèles ; cependant, on vous disait encore hier que jamais elles n'avaient excité un sentiment vif ou durable. Non, poursuivis-je , la beauté n*est vraiment irrésistible qu'en nous expliquant quelque chose de moins passager qu'elle, qu'en nous faisant rêver à ce qui fait le charme de la vie au-delà du moment fugitif où nous sommes séduits par elle ; il faut que l'âme la retrouve quand les sens l'ont assez aperçue. L'âme ne se lasse jamais : plus elle admire, et plus elle s'exalte ; et c'est quand on sait l'émouvoir fortement, qu'il ne faut que de la grâce pour créer la plus forte passion. Un regard, quel- . ques sons d'une voix susceptible d'inflexions séduisantes, contiennent alors tout ce qui fait délirer. La grâce surtout, cette magie par excellence, renouvelle tous les enchantemens. Qui plus que vous, dis-je, entraîné par le charme de son regard, de son maintien, a cette grâce? O Valérie! (je pris sa main) Valérie!
dis-je avec un accent passionné. — Son extrême innocence pouvait seule lui cacher ce que j'éprouvais. Cependant, je tremblais de lui avoir déplu , et comme on jouait dans cet instant une valse très-animée, je la priai, avec la vivacité qu'inspirait la musique, de danser avec moi, et, sans lui laisser le temps de réfléchir , je l'entraînai. Je dansais avec une espèce de