XVI NOTICE
d'hui même, comme charme , sinon comme puissance, plus peut-être que la Nouvelle Hé- Idisey la Princesse de Clèves demeure. C'est ainsi qu'Eugène de Rothelin, Valérie et ÀdoUphe sont des pièces d'une qualité et d'un prix fort au-dessus de leur volume. Valérie ^ au reste, par l'ordre des pensées et des sentimens, n'est inférieure à aucun roman de plus grande composition; mais surtout elle a gardé, sans y songer, la( proportion naturelle, l'unité véritable ; elle a, comme avait la personne de son auteur, le charme infini de l'ensemble.
Valérie a des côtés durables en môme temps que des endroits de mode et déjà passés. Il y a eu dans le roman des talens très-remarquables, qui n'ont eu que des succès viagers, et dont les productions , exaltées d'abord, se sont évanouies à quelques années de là. Mademoiselle de Scudéry et madame Cottin, malgré le grand esprit de l'une et le' pathétique d'action de l'autre, sont tout-à-fait passées. Pas une œuvre d'elles qu'on puisse relire autrement que par curiosité, pour savoir les modes de la sensibilité de nos mères. Madame de Montolieu est encore ainsi :
SUl MADAME DB KRUDNEE. XVii
Caroline de Lichtfieldy qui a tant charmé une première fois à quinze ans» ne pent se relire, pas plus que Claire d'Albe. Valérie, au contraire, a un coin durable et à jamais touchant ; c'est une de ces lectures qu'on peut se donner jusqu'à trois fois dans sa vie, aux difiFérens
La situation de ce romanjest simple, la môme^ que dans Wertiiër : un jeune homme qui de- \ vient amoureux de la femme de son ami. Mais j on sent ici, à travers le déguisement et l'idéal, uie réalité particulière qui donne au récit une vie non empruntée. Werther se tuerait quand même Q n'aimerait pas Charlotte ; il se tuerait pour rinfiniy pour Tabsolu, pour la nature; Gustave ne meurt en effet que d'aimer Valérie./ La naissance de cet amour , ses progrès , ce souffle de tous les sentimens purs qui y conspirent, remplissent à souhait toute la première moitié : des scènes Tariées , des images gracieuses , expriment et figurent avec bonheur cette situation d'un anumr orageux et dévorant i cdlé d'une amitié innocente et qui ignore.
Ainsi , quand à Venise » au bal de la Villa-
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Pii>ani , Gustave i qui u'y est pas allé, passant auprès d'un pavUIon » entend la musique , et , monté sur un grand vase de fleurs » atteint la fenêtre pour regarder ; quand il assiste du dehors à la merveilleuse danse dn schall dansée par Valérie, et qu'à la fin , enivré et hors de lui , à Taspcct de Valérie qui s'approche de la fenêtre , il colle sa lèvre sur le carreau que touche en dedans le bras de celle qu'il aime , il lui semble respirer des torrens de fiso; mais Valérie, elle, n'a rien senti, rien aperçu. Quel symbole plus parfait de leurs destinées » et de tant de destinées plus ou moins pareilles 1 Une simple glace entre eux deux : d'un côté le feu brûlant, de l'autre l'affectueuse indifférence 1— Ainsi encore, quand le jour de la féte de Valérie , le Comte étant près de la gronder, Gustave envoie un jeune enfant lui souhaiter la féte, et rappelle ainsi au Comte de ne pas l'affliger ce jour-là , Valérie est touchée » elle embrasse l'enfant et le renvoie à Gustave, qui l'embrasse sur la joue au même endroit, et qui y trouve une larme : «Oui, Valérie, s'écrie* t-il en lui-même , tu ne peux m'envoyer , me