‹ ValérieChapitre 60 sur 68 · LETTRE XLV · texte numérisé non relu

LETTRE XLV

Je vais donc encore une fois vous parler , Valérie I mais ce n'est plus d'un autre amour ; je ne pais plus tous tromper. Vous ne me refuserez pas votre pitié; vous me lirez sans colère. Songez que, déjà étendu dans le cercueil par la douleur qui me tue » je me reiàve encore one fois pour vous dire on long adiea. Est-ce en quittant la vie , est-ce blessé d'un trait mortel, qu'on peut songer à altérer la vérité, à Caire mentir le derniw accent de k voix? Cette voix vous dit enfin que c'est vous

que j'aimai Ah i ne détournez pas de moi

ces yeux auxquels fat confiée Texpreseion de toutes les vertus ; plaignez-moi 1 J'ai sonfiert tous les tourmens , j'ai épuisé toutes les douleurs pour expier mon cruel égarement; j'ai combattu jusqu'à la mort cette passion que tout réprouve et maintenant encore elle est là pour me suivre dans cette lugubre demeure qui épouvante Famour ordinaire. O Valérie I vous ne pouvez plus me la défendre I

Ne me plaignez pas. Vous pleurerez sur moi, n'est-ce pas, femme généreuse, angélique

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LRini m. 828

bonté, vous pleurerez sur moi? Non, je ne voudrais pas ne pas vous avoir aimée. Ahl pardonne» Valérie, paidcmnel ton înnooenee me fbi toujonn sacrée, je Faimais comme ta vie. Si j'ai osé rêver quelquefois à une félicité trop grande pour la terre, o'était en pensant i ce temps où vons éttes libre , et vos regards auraient pu tomber sur moi ; mais jamais , non» jamais je ne désirerai un bonheur qui eût été enlevé an pfais généra des hommes. Valérie, je l'ai vu aimé devons, j'ai vu votre bonheur, et j'ai éprouvé tous les remords du crime.

Valérie, ai-je asses souffert 1

Mais je ne suis pas indigne de toi, beauté angélique I Non , non ; cette passion pouvait m'étre défendue et m'élever pourtant. Que de fois» forcé de paraître an milieu d'un monde que je fuyais , j'ai vu tomber sur moi les regards d'une insultante pitié 1 On me plaignait comme un insensé indigne des plaisirs de la terre, puisqu'il ne les recherchait pas. Ces hommes, qui regardent comme chimérique le bonheur composé de sentimens purs, me voyaient comme un triste reproche qui importune : ils m'auraient pardonné des vices, ils ne me pardonnaient pas de ne point attacher de prix à ce qu'ils appréciaient tant. La fortune, la naissance, ces dons si splendides selon eux, leur paraissaient tout. O Valérie t que j'eusse

iSh YALÉRIB*

été indignent avec tous ces biens, sans ce cœur créé pour d'inépuisables félicités , et que Ta— moar a détroit 1 Qae de fois , solitaire et ren^ trani dans ce cœur , je me trouvais plus heureux, au soin de la souffrance, que ceux qui ne savaient rien se défendre et ne jouissaient de rien, qui poursuivaient chaque plaisir, et le voyaient s'évanouir en l'atteignant 1 0 Valérie ! je sentais alors avec orgueil les battemens de ce cœur qui savait si bien t*aimer I

Valérie, j'eusse dû te fuir ; je nie suis préparé moi-même ces maux sous lesquels je succombe maintenant Mais , si Je n'ai pu t'arracher ces soins que l'amour a dévorés, si j'ai offensé ce Dieu qui te créa à son image , prie pour moi ; prononce quelquefois au pied des autels , ou dans la vaste enceinte de cette nature que tu aimes, prononce le nom de Gustave, dont la raison fut égarée par tes charmes et tes vertus.

Surtout» femme céleste I ne te reproche rien; ne crois pas que tu eusses pu me foire éviter cette passion funeste. Je connais ton âme si délicate et si sensible, qui se crée des tounnens qui prouvent sa perfection ; ne te reproche rien. Je t'aimais comme je respirais, sans me rendre compte de ce que je faisais. Tu étais la vie de mon âme : long-temps elle avait langui après toi ; et en te voyant , je ne vis que ta ressemblance f je ne vis que cette image que j'avais

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portée dans mon cœur, vue dans mes rêves , aperçue dans toutes les scènes de la nature, dans toates les créations de ma jeune et brùr* lante imagination. Je f aimai 8an$ meture , Valérie, tes attraits me consumèrent , et Tamoar me sépara des jours de Tadolescence, comme un violent orage sépare qaelqnefois les saisons.

AdieUy Valérie, adieu I Mes derniers regards te UmrnmfiU ««tj la Lamiardie. Peat-étre trassailliras-tn ; peut-être tes pieds fouleront-ils un jour la terre qui couvrira ce sein si agité. Il n'y aura pas de fleors comme sur le tombeau d' Adolphey elles sont pour l'innocence ; mais dans la cime des hauts pins , le vent murmurera comme les vagues de la mer près de Lido « et de mélancoliqnes accens descendront des montagnes, se mêleront aux souvenirs de Lido, et ta voix confondra le nom de Gustave et celui de ton Adolphe, et ta croiras le voir près de moi, et tes bras s'étendront vers nous. Ohl laisse-moi la touchante volupté de tes regrets I Adiea, ma Valérie 1 tu es mienne, par la toutepuissance de ce sentiment , qu'aucun être n'a pu éprouver comme moi. Adieu : mon cœur bat et s'arrête tour à tour. Vives heureux tous deux : je meurs en tous aimant

VALi&UL

LETTRE XLVl

SEKSST AU GOMTB UB B...

Dans la terriUe aniiéfté que j'éprouve, b seule idée qui me calme , c'est de penser que ma lettre poarra encore vous parvenir à temps, et que la même amitié qui embellit les jours du pére de Gustave veillera sur cet infortuné , et l'arrachera à Tabîme creusé par lui-même , et qui doit infailliblement Tengloutir. Ohl monsieur le comte , ce que je souffre est inexprimable, en pensant aux maux de Gustave, du premier et du plus cher de mes amis I Je tremble qodqnefois qu'il ne soit trop tard pour le sauver ; je tombe alors dans un égarement de douleur qui me trouble et m'ôte la faculté de penser. Ma lettre ne se ressent que trop du désordre de mes idées I Je viens d'en recevoir plusieurs à la fois de Gustave ; elles avaient été retardées par le Sund. Je n'y vois que trop le funeste état de mon ami I II a quitté Venise. Je ne m'aveugle ni sur sa douleur ni sur sa santé, et je suis bien malheureux 1 Pourquoi ne vous ai-je pas écrit plus tét? pourquoi, connaissant votre Ame généreuse, ai-je craint de manquer à la délicatesse 9 à l'amitié» et ai-je exposé les

jours da meilleuri da plus aimable des hooH mes? le ne sais ee que j'écris. Lises, lisez les

lettres de Gustave. Je vous expédie un de mes parens sur lequel je puis compter ; il va sans s'arrêter à Venise : il vons remettra plosieurs de ces lettres ; elles vous peindront son funeste état; elles vous mouireront cette âme sublime et tendre» qu'une passion terrible firappa malgré tous ses effarts et tous ses combats. Quand vous les aurez lues , je serai plus tranquille. Ehl quepourrais^je vous demander, que votre cœur ne vous ait déjà conseillé? Qui veillera avec plus de tendresse sur cet infortuné, que vous , qui fûtes toujours pour lui un pére tendre 7 Qui saura mieux trouver ce qui luiconvient que vous , dont Fàme est aussi sensible qu'éclairée? Vous verrez qu'une de ses peines les plus déchirantes vient de vous avoir paru iiH grat. Sa téte malade s'exagère ses torts. Son affreuse situation le forçait au silence, li souffre d'avoir eu contre lui toutes les apparences de la méfiance 9 et d'avoir paru insensible à votre amitié : il souffre de vous avoir offensé par cet^amour involontaire » pour cet objet si doux» si pur, si respecté , pour cette femme charmante, la récompense de vos vertus. Ohl monsieur le comte» je voudrais vous montrer à la fois tout ce qui peut rendre Gustave et pins excusable et plus intéressant. J'oublie que vous

VALÉmiB.

raimez autant que moi. Que ne puis-jc voler ▼era lui, ren vous; homme géoéreux I Mais je suis retenu auprès d*une mère trop malade pour que je songe à m'en éloigner dans ce moment.

Dès que son état ne souffirira pas de mon absence, et j'espère que ce sera bientAt, je par* tirai pour l'Italie. Puissé-je retrouver Gustave I Je ne sais pourquoi de si noirs pressentimeijs , m'agitent qudquefois : rien idors ne peut reilk^ . dre ce que j'éprouve. Ah I je ne serai tranquille que lorsque je l'aurai ramené ici ; ici , où ton^^^r lui rendra encore les sou?enirs de l'enfittdl» ^ où il respirera peut-être quelque choeedviNAM de ses premières années 1 . • ► .

Je finis ma lettre. Je n'ai pas besoin de vous prier d'accueillir avec bonté le baroilliliiiyâi% mon parent; c'est un jeune homme sûr et jesti* mable. '-^>^1M^^

Agréez, monsieur le comte, les asiuraiMMie mon respect. Daignez excuser le désordre de ma lettre ; c'est à votre àme que je l'adreas^ et je n'y ai point observé les tolfss ^îM^lâ^ prescrivaient les convenances. Dkig iW >*^ '#é : mettre aux pieds de madame de M . . et me per- ij* mettre de joindre iku respect que je. nmm-ém l'attachement le plus vrai. >^ ivjtt .ift'

J'ai l'honneur d'être, monsieur le comte, * Votre très-humble et obéissant serviteur^

Erivbst raft...

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LETTRE XLYIL

LB COMTE A EaNBST.

Je ne perds pas un moment à vous répondre.

Le baron de Boysse est arrivé, il m*a remis

votre lettre et le paquet qui contient le récit des malheurs et des vertus de Gustave. L'infortuné t combien il a souffert 1 Mon cœur a été déchiré en lisant ces tristes lif^nes, en repassant tous ses jours de douleur. Oh 1 combien je me suis reproché ma fatale imprudence 1 Depuis que je connais la source de ses peines , mon affection semble s'être accrue de mes injustices mêmes , et je tremble des dangers auxquels il est livré ; car je connais maintenant toute Finfluence que doit avoir sur son cœur une passion si violente. Je pars pour Pietra-Mala. Nous avons appris indirectement que Gustave s'y était arrêté. Il ne nous a point écrit lui-même, et son silence commençait à nous inquiéter. Nous fîmes la semaine passée, Valérie et moi, une promenade à Lido. Vous connaissez le mélancolique intérêt qui nous attache à ce lieu. Le souvenir de notre jeune ami vint se mêler à nos entretiens, et je vis Valérie extraordinairement affectée. Quelques mots qui lui sont

9M ViJUtBIE.

échappés ont excité ma curiosité, et bientôt tout mon intérêt : j'ai insisté ponr qu'elle Gontinnftt de parler. Alors, avec douleur et timidité, Valérie m'a peint le funeste état de Gustave; elle m'a dit qu'il était causé par une passion terrible .... a Une passion 1 ai-je dit ; et la plus tendre pitié s*est emparée de moi. Et qui, qui, Valérie» a troublé la vie de Gustave? a Elle s'est jetée sur mon sein ; j'ai senti ses larmes» j'ai tremblé ; un muet effroi a glacé ma langue. aO mon ami 1 il m'a toujours dit que c'était en Suéde qu'il aimait.— Eh bienl aH^ dit» m c'est en Suède.... » Elle ne m'a pas laissé achever, et, avec un regard qui contenait toute la douleur d'une ftme aussi bonne» elle a ajouté : « Le silence est criminel , quand il peut être aussi dangereux. Mon ami , je crains d'être la cause innocente et malheureuse de l'état de Gustave. Je n'en ai pas de certitude; mais j'ai des soupçons, j'en ai beaucoup. » Elle m'a embrassé. «cO mon amil qu'il a dû souffrir....

lui, qui est si sensible I De quels tourmens il a dû être déchiré, lui qui se reprochait les moindres fautes I » Alors il m'a semblé qu'on voile épais tombait de dessus mes yeux. Valérie m'a renda compte de tout ce qui lui avait donné ces soupçons , et , au nom de notre bonheur, ello m'a conjuré d'aller rejoindre cet infortuné et de m'occuper de lui. ' ^ i

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