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que vous aimiez tous deux, il a dit tranquillement et en soupirant : ~ Les goûts charment la lie, et les passions la détruisent.
Mais quand il en est venu au souvenir de ce jour où sa mère Tembrassa , où û lui promit d'aimer la vertu , i\ pleura amèrement ; il tendait les bras comme s'il pouvait encore Tatteindre ; et couvrant son front de ses mains , fl dit d'une voix étouffite : ~ Pardonne-moi , ombre chérie ! ombre sacrée I de n'avoir pas assez écouté ta prophétique voix; j'ai bien aoniért 1
Il est bien mal , le médecin n'espère rien ; mon àme découragée se livre à une mortelle douleur. Si vous pouvies arriver, s'il pouvait encore voir cet Ernest qu'il aime tant! llclasl vos larmes ne tomberont que sur la terre qui couvrira bientôt le plus vertueux , le plus ai-mable des hommes.
J'ai trouvé Erich avec lui aujourd'hui. Ce vieillard ne dit rien, il ne pleure pas, il a perdu jusqu'aux larmes : il en a beaucoup répandu ; vous savez comme il aime Gustave, dontla jeu* nesse s'éleva sous ses yeux. Que la douleur i cet A{je-h\ fait mal ! Les larmes de la jeunesse sont une rosée du printemps qui s'évapore et embellit la fleur qu'elle a visitée t mai
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es diagriDs de la vieillesse sont eomne la som-
brc tempête de l'automne, qui abat les feuilles et dévaste Tarbre lai-mèoae. Erich, les jooes sillonnées par les années et les sonflranees , était assis sur le lit de Gustave; ses cheveux gris se mêlaient aux rides de son front ; ses mains tremblaient ; ses yeox mornes interrogeaient les traits de Gnstave ; il tenait nne cassette ouverte ; il y avait quelques lettres ; j*en vis nne pour sa sœor, nne antre adressée à Valérie; il rougit en voyant mes yeox tomber dessus : je l'embrassai. — Lisez-la, me dit-il, c'est la première que je lui écris, et c'est de ma tombe qne je la date. — Non, non, dis-je avec la plus vive douleur, vous ne mourrez point; vous vivrez, vous guérirez ; le temps effacera les traces d'nne passion orageose : Valérie a nne sœur qui Ini ressemble beaucoup ; vous l'obtiendrez, et nous serons tous heureux. — 11 secoua tristement la téte ; il me confia un paquet qui contenait ses dernières dispositions. Il sortit le portrait de sa mère , le porta à ses lèvres, et le plaça sur son cœur i — Il faut qu'il y reste» dit-il.
Il me remit une croix de Malte, pour la rendre à l'ordre de Saint-Jean , dont le prince Ferdinand est le chef. Il l'avait regardée un moment : -*Mon père Fa portée long-temps, me dit-il ; et à sa mort le roi la demanda pour
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moi , afin qae celte distinction rest&t dans la maison des linar.
Un vieillard, un ecclésiastiqae déporté de France, qui a irouyé nn asile dans nn convent
près de cette maison, est venu voir Gustave. Il rayait rencontré souvent» et avait lu dans son ime la donlenr qui le consumait II lai avait parlé quelquefois , l'avait plaint sans vouloir lai arracher son secret, et l'avait entretenu apssi'de sa patrie. Ainsi s'était formé entre enx un lien cher à tons deux. Il s'approcha dn lit do Gustave , et je remarquai Tallération de ses traits en voyant l'extrême pâleur et Toppression du malade. Gustave lui présenta- sa main, et de l'autre il montra sa poitrine, pour lui indiquer qu'il ne pouvait pas lui parler ; il essaya de sourire pour le remercier. Le vieillard posa silencieusement deux œillets sur le lit de Gustave, en lui disant : — Ce sont les derniers de mon jardin , je les ai cultivés moimême. —Puis il joignit ses tremblantes mains, les mit sur sa poitrine, et regarda long-temps Gustave sans parler ; seulement je vis deux larmes se détacher lentement de ses paupières ; il semblait que la nature, qui ne veut rien perdre à cet âge, les retenait malgré lui. Gustave avait remarqué aussi ces larmes ; car un rayon de soleil venait éclairer la tête auguste du pasteur.
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— Ne vous afflifjcz pas sur moi, lui dit Gustave à voix basse , je crois à ua bonheur plus grand que tout ce que la terre «peut donner. — Il regarda le ciel, et ajouta : — Priez pour moi, apôtre de Jésus-Cbristi vous, qui Tavez servi et ne Faveipas ofiensé.— Le vieillard loi répondit : le ne sois qu'on pauvre pécheur.
Il prit un crucifix qu'il avait posé sur la table à c6té du liif et le. présenta à Gustave, qui de ses languissantes maint le saisit et le porta à ses lèvres en inclinant la tête; puis il le remit en levant pieusement ses yeux au ciel; et, joi* gnant ses mains» il dit : — O sauveur et bienfaiteur des hommes I il est plusieurs demeures dans la maison de ton père , ainsi tu Tas dit ^ donne-moi aussi une place, 6 toi, qui fus tout amour 1 Ne regarde pas ma vie , regarde ce cœur qui aima beaucoup et souffrit. — Le saint homme s'était mis à genoux prés du lit de Gustave ; et, absorbé dans une fervente prière, il oubliait la terre des hommes : il était dans le ciel.
La grande cloche du couvent sonna ; elle
annonçait que l'office allait commencer. C'était une grande fête ; toutes les cloches des environs se mêlèrent à celle-là; et deux en»
fans de chœur, entrant dans la chambre, vinrent avertir le vieillard qu'on le demandait.
11 s'était déjà levé, et avait posé ses véné-
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rables mains sur la tète de notre ami ; il se Tetonrna yers moi , qui , mnet témoin de tonte
cette scène , laissais couler des larmes , et me demanda si l'on ne songeait pas à faire administrer les sacremens an malade.— J'attends à tout moment, dis-je, notre aumônier, qui doit venir^ de Venise : le jeune comte de Linar , ajontai-je» n'est pas catholique. — Il n'est pas catholique! s'écria le vieillard arec nn accent douloureux, et laissant échapper un soupir qne je voyais lui être pénible ; mais je l'ai vu à ^ messe, je l'ai vu prier Dieu avec férveur?— - " Nous pensons, dis-je, que le père de tous les hommes peut être invoqué partout ; et là où nous trouvons nos semblables, nous mêlons nos prières, notre reconnaissance : la même miséricorde n'existe-t-elle pas pour tous ceux qui ont les mêmes misères ^^11 soupira : sa religion et la bonté de son âme luttaient ensemble. — Homme excellent, qui ne voulez que bénir, dis-je, je vois combien il en coûterait à ce cœur pour nous rejeter. Celui que vous cherchez à imiter, celui qui dit : Venez tous à moi, vous qui souffrez, est encore mille et mille fois meilleur pour les hommes. — Il regarda Gustave; Erich essuyait son visage paie, sur lequel étaient des gouttes de sueur.
Le pasteur leva ses mains au ciel, et dit : — La miséricorde de Dieu est plus grande que le
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sable de la mer. — Et puis il sortit lentement, rclourua la Ictc, ot à la porte il b&nit le malade.
A deuxheares delà niiic*
Il m'a demandé si je connaissais la place où il voulait dtre enterré ; je n'ai pu lai répondre que par un signe de tète négatif. Je souffrais horriblement, il s'en est aperçu. Il a toute sa raison. 11 m'a fait approcher, et m'a prié d'une voix faible de prendre les arrangemens nécessaires pour qu'il pût être enterré sur une colline voisine, d'où la vue porte sur la Lombardie; elle est couverte de hauts pins. II a légué une somme pour secourir toutes les mères pauvres de ce bourg, pour les aider à élever leurs enfiins. Il a voulu que chaque année, au jour de son enterrement, ces enfans vinssent sur sa tombe; qu'on leur fit aimer ce lieu solitaire, où coule une fontaine d'une eau pure, n se platt à penser que ces innocentes créatures aimeront celte place où il trouvera le repos. Je lui ai promis de remplir ses volontés.
Le médecin de Bologne est arrivé ; il le trouve bien mal ; il ne croit pas qu'il puisse vivre encore quatre jours. Oh I quelle affireuse nuit j'ai passée)