‹ Valérie (volume 2)Chapitre 16 sur 30 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LE COMTE, ?eul.

C'est maintenant que je suis le plus heureux

des hommes, et que je crains de ne pouvoir supporter l'excès de ma joie... (Regardant à sa droite.) On vient de ce côté... C'est elle !... c'est Valérie !

OCOOOQOQOOOQOOOOOOOOOOGOQOOOOOQOOOGOOOOOOOOOOOOOOO»

VALÉRIE, sortant de sori appartement à droite. (Elle entre doucement, le comte remonte avec

surprise et se tient d'abord éloigné afin de poil»

voir marcher lorsqu'il le faut.)

Ambroise !... Ambroise !... Je voudrais bien savoir si le comte est parti... Ambroise avait promis de venir me reprendre; et moi, quand on m'oublie... (Entendant le comte qui a fait quelques pas vers elle.) Ah! te voilà !... Viens... donne-moi la main. (Le comte s'avance et sai-itsa main.) Eh mais, ce n'est pas d' Ambroise !.;. (Avec une émotion marquée.) Ociel!... est-il possible!... (Mettant son autre main sur son cœur.) Voilà ce que j'éprouvais autrefois... (Au comte.) Qui que vous soyez... si vous n'êtes pas lui, ne me répondez pas, et laissezmoi mon erreur... Ernest, est-ce toi?

le comte,

Dieu I il ne m'a donc pas oubliée !

le comte.

Oui, c'est Ernest, qui, fidèle à sa promesse, revient te défendre... te protéger.... Veux-tu me rendre mes droits... me permettre d'être encore ton guide... ton ami... Valérie, le veuxtu ?

Valérie, écoutant toujours.

Parle... parle encore, j'ai besoin de l'entendre : il y a si longtemps que ta voix n'a relenti à mon oreille 1

le comte.

J'allais te chercher à Olbruk, au château de Rinsberg, dans ces lieux qui me rappelaient tant de souvenirs..

Que vous est- il arrivé? qu'êtes-vous devenu ? que de choses vous aurez à me raconter?... Vos peines, vos chagrins, vosdangers... songez, mon ami, que je veux tout savoir. le comte.

Et vous, Valérie, pendant ces trois années d'absence, que faisiez-vous ?

J'attendais. Et si vous saviez, Ernest, combien pour moi les instants s'écoulent lentement?... Vous, du moins, vous pouvez les compter... mais, moi... J'ignore ce que vous appelez des jours, des semaines, des mois... depuis votre absence, ce n'était qu'une nuit, mais qu'elle fut longue!.. Enfin, n'en parlons plus ; il me semble qu'elle est finie, et que )> m'éveille.... Vous voilà I

le comte, en saunant.

Oui ; vous avez raison, c'est le jour qui revient, je l'espère du moins.

Et c'est pour moi que vous retourniez à 01bruk ?

LE COMTE

Oui, Valérie, j'y allais pour vous épouser.

Que dites-vous?... Moi, Ernest; moi, votre femme!

LE COMTE

Je suis libre et maître de mon sort. Quel qu'il soit, voulez-vous le partager ?

Ah ! si je n'écoutais que mon cœur, je serais peut-être assez égoïste pour accepter ; mais il est bien temps qu'à mon tour je pense aussi à votre bonheur. (Le cherchant de la main ) Mon ami... où êtes-vqus?... écoutezmoi. Quand vous m'avez quittée... j'ignorais les idées... les opinions d'un monde qui m'était étranger... Depuis, ce que j'ai entendu... ce que j'ai cru comprendre m'a fait réfléchir sur vous, sur moi-même; et dans l'état où je suis, je ne consentiraijamais à unir votre sort au mien...

LE COMTE

Je ne rougis point de mon manque de fortune, vous êtes assez généreux pour me le pardonner... Mais je ne vous porterai point en dot le malheur qui m'accable, je ne condamnerai pas celui que j'aime à des soins, à des égardsconlinuels.qui ne coûteraient rien... à vous, je le sais, mais à celle qui lesreçoit !... Oui, Ernest, soyez encore mon guide, mon ami, ne m'abandonnez pas, car je ne pourrais y survivre; mais qu'une autre que moi soit votre femme, votre compagne; j'en aurai la force, le courage... Plus qu'une autre je puis supporter cette idée, car je saurai votre bonheur, et du moins je ne le verrai pas.

LE COMTE

Ah! Valérie ! si vous m'aimiez, auriez-vous le courage de me parler ainsi?

Eh ! c'est pareeque je vous aime que je vous refuse; Ernest, je ne veux pas vous affliger... mais nous ne serions pas heureux ; tout ne serait pas commun entre nous ; vous auriez des plaisirs que je pourrais partager, et songez, monsieur, si je devenais jalouse... cela peut arriver, je le sens, et très aisémentj'en mourrais, d'abord! Vous voyez donc bien que, pour notre bonheur à tous deux, il faut que je sois toujours votre sœur et votre amie ?

LE COMTE

C'est lu votre résolution?

Oui... inébranlable comme l'amour que j'ai pour vous.

LE COMTE

Et si par hasard vous veniez à recouvrer fy vue?

vAiÉRiE, souriant.

Pour cela, mon ami, vous savez bien qnd c'est impossible.

LE COMTE

Mais enfin, si l'on vous proposait d'essayer...

Valérie, après un temps.

Je crois que je refuserais.

LE COMTE

Et pourquoi ?

Parce qu'une pareille tentative me donnerait des idées, un espoir qui, s'il était déçu, me rendrait l'existence insupportable... tandis que, telle que je suis... je ne désire rien... je me trouve heureuse... du moins depuis quelques instants.

le comte, la regardant.

Ah! que vous le seriez davantage, si vous connaissiez comme moi le bonheur de voir ce qu'on aime !

Jesuismoinsàpîaindrequevousnecroyez...

Tenez, mon ami.... je vous vois...

LE COMTE

Vous, Valérie!...

Oui, tous vos traits sont là... mon imagination me les représente, je suis sûre qu'elle est fidèle.

LE COMTE

Quoi, vous croyez que si la vue vous était rendue, vous pourriez me reconnaître.

Sur-le-champ ; et jugez donc quel avantage j'ai sur vous! Je vous ai entendu parler de la vieillesse, des ravages du temps... Pour moi, ils seront insensibles; vous serez toujours le même; je n'aurai pas le chagrin de voir vos traits s'altérer, se flétrir... ils seront comme mon amitié... ils ne vieilliront pas!

LE COMTE

Et ces merveilles qui vous environnent et que vous ignorez... Ce beau ciel dont l'aspect est si consolant... Ce spectacle imposant dont vous semblez exclue, et qui doublerait de prix si je pouvais l'admirer avec vous; et ce bonheur plus doux encore de s'entendre d'ua regard, de lire dans les yeux d'un ami, de pouvoir tracer ces caractères chéris qui rapprochent et les temps et les lieux... En s'écrivant, Valérie, il n'y a plus d'absence !

Ah ! voilà ce que je craignais. Pourquoi me tenter ainsi? Pourquoi me donner l'idée d'un bonheur dont je ne pourrai jamais jouir ?

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