‹ Valérie. PubliéeChapitre 7 sur 15 · ERNEST AU COMTE DE M · texte numérisé non relu

ERNEST AU COMTE DE M

Dans la terrible anxiété que j'éprouve, la seule idée qui me calme, c'est de penser que ma lettre pourra encore vous parvenir à temps, et que la

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même amitié qui embellit les jours du père de Gustave veillera sur cet infortuné, et l'arrachera à l'abîme creusé par lui-même, et qui doit infailliblement l'engloutir. Oh ! Monsieur le comte, ce que je soutîre est inexprimable en pensant aux maux de Gustave, du premier et du plus cher de mes amis! Je tremble quelquefois qu'il ne soit trop tard pour le sauver; je tombe alors dans un égarement de douleur qui me trouble et m'ôte la faculté de penser. Ma lettre ne se ressent que trop du désordre de mes idées! Je viens d'en recevoir plusieurs à la fois de Gustave ; elles avoient été retardées par le Sund. Je n'y vois que trop le funeste état de mon ami! Il a quitté Venise. Je ne m'aveugle ni sur sa douleur ni sur sa santé, et je suis bien malheureux. Pourquoi ne vous ai-je pas écrit plus tôt? pourquoi, connoissant votre âme généreuse, ai-je craint de manquer à la délicatesse, à l'amitié, et ai-je exposé les jours du meilleur, du plus aimable des hommes? Je ne sais ce que j'écris. Lisez, lisez les lettres de Gustave. Je vous expédie un de mes parens sur lequel je puis compter; il va sans s'arrêter à Venise : il vous remettra plusieurs de ces lettres; elles vous peindront son funeste état; elles vous montreront cette âme sublime et tendre, qu'une passion terrible frappa malgré tous ses efforts et tous ses combats. Quand vous les aurez lues, je serai plus tranquille. Eh! que pourrois-je vous demander que votre cœur ne vous ait déjà conseillé? Qui veillera avec

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plus de tendresse sur cet infortuné que vous, qui fûtes toujours pour lui un père tendre? Qui saura mieux trouver ce qui lui convient que vous, dont l'âme est aussi sensible qu'éclairée ? Vous verrez qu'une de ses peines les plus déchirantes vient de vous avoir paru ingrat. Sa tête malade s'exagère ses torts. Son affreuse situation le forçoit au silence. Il souffre d'avoir eu contre lui toutes les apparences de la méfiance, et d'avoir paru insensible à votre amitié ; il souffre de vous avoir offensé par cet amour involontaire pour cet objet si doux, si pur, si respecté, pour cette femme charmante, la récompense de vos vertus. Oh! Monsieur le comte, je voudrois vous montrer à la fois tout ce qui peut rendre Gustave et plus excusable et plus intéressant. J'oublie que vous l'aimez autant que moi. Que ne puis-je voler vers lui, vers vous, homme généreux ! Mais je suis retenu auprès d'une mère trop malade pour que je songe à m'en éloigner dans ce moment. Dès que son état ne souffrira pas de mon absence, et j'espère que ce sera bientôt, je partirai pour l'Italie. Puissé-je retrouver Gustave! Je ne sais pourquoi de si noirs pressentimens m'agitent quelquefois : rien alors ne peut rendre ce que j'éprouve. Ah! je ne serai tranquille que lorsque je l'aurai ramené ici ; ici, oii tout lui rendra encore les souvenirs de l'enfance, et où il respirera peut-être quelque chose du calme de ses premières années !

Je finis ma lettre. Je n'ai pas besoin de vous

prier d'accueillir avec bonté le baron de Boysse, mon parent; c'est un jeune homme sûr et estimable.

Agréez, Monsieur le comte, les assurances de mon respect. Daignez excuser le désordre de ma lettre; c'est à votre âme que je l'adresse, et je n'y ai point observé les formes c|ue me prescrivoient les convenances. Daignez me mettre aux pieds de Mme de M..., et me permettre de joindre au respect que je vous dois l'attachement le plus vrai.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur le comte, Votre très humble et obéissant serviteur, Ernest de G

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