‹ Valeur de la Néphrectomie: Dans la Tuberculose RénaleChapitre 26 sur 184 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

État du rein opposé dans la tuberculose rénale

Un point reste à élucider au point de vue anatomoclinique et, ajoutons-le, l’un des plus importants l'état du rein opposé dans la tuberculose rénale.

C’est lui, en effet, qui règle la conduite du chirurgien, et on pourrait presque dire que la partie la plus importante du diagnostic consiste à se rendre compte de l’état du rein supposé sain. C’est ce que Kapsau- MER à fort bien exprimé : « Lorsque, dit-il, les moyens cliniques ordinaires prouvent d’une façon évidente que l’un des reins est détruit par la tuberculose, alors une seule chose importe, c'est l’état anatomique et fonctionnel de l’autre rein. »

Le deuxième rein dans la bacillose rénale est assez rarement tuberculeux; du moins, il présente rarement des lésions spécifiques de bacillose ulcéro-caséeuse. Nous ne reviendrons plus sur les proportions indiquées plus haut, dans lesquelles l’atteinte est bilatérale.

+ BRONGERSMA, dans son rapport au I” Congrès international d’urologie (1908), a passé au crible toutes

1. Kapsammer. Nierendiagnostik u. Nierenchirurgie, 1907. In. Ueber kompensatorische Hypertrophie der Niere. Wiener klin. Wochen-

schr., 83 octobre 1907, n° 40.

les théories invoquées pour expliquer l'unilatéralité habituelle (prédisposition héréditaire locale, traumatisme unilatéral, rein mobile, maladies concomitantes, difformité congénitale du rein, débilité congénitale d'un rein [CASTAIGNE et RaruerYy]), et a tenté de les remplacer par la théorie de l’envahissement bacillaire lymphatique. Il ne semble pas, toutefois, que la question soit tranchée d'une façon définitive. L. Bervaro et OrTu expliquent l'unilatéralité des lésions par le petit nombre des bacilles en circulation dans le sang, la forme primitive infiltrée de la tuberculose rénale répondant à une inoculation accidentelle et pauvre.

Quoi qu'il en soit de ces explications, le fait de l’unilatéralité initiale n’en subsiste pas moins.

Lorsque, contrairement à la règle, les lésions siègent des deux côtés, les reins peuvent être atteints simultanément; mais bien plus souvent le second ne se prend que tardivement.

L'infection se fait-elle alors par l'intermédiaire de la vessie, très infectée à cette période ? C’est ce que nous discuterons à propos de la pathogénie. Disons dès maintenant que la majorité des auteurs admet la voie hématogène. Pour ALBARRAN et CATHELIN', les bacilles passeraient d’un rein à l’autre par l’intermédiaire du canal veineux réno-capsulo-diaphragmatique.

Si le second rein n’est pas fréquemment atteint par la bacillose ulcéro-caséeuse dans les cas récents, s’il

1. AcBanran et Carnerin. D'un mode d'infection secondaire de l’autre rein

dans la tuberculose rénale. VIII® session de l'Ass. franç. d'urologie, Paris, 1904, P. 719. ;

est parfois complètement sain, il est souvent aussi touché de diverses façons; parfois atteint de néphrite suppurée avec petits abcès miliaires, de pyélonéphrite avec ou sans dilatation, de dégénérescence amyloïde, de lithiase’, il est plus souvent encore le siège d’altérations moins graves dues à des degrés variables de néphrite.

ALBARRAN et après lui KAPSAMMER sont les auteurs qui ont le plus contribué à élucider cette question.

Déjà, en 1897, ArBarRAN a bien étudié l'infection asceñdante à colibacilles et à staphylocoques du rein indemne de bacillose, infection conduisant à la pvélonéphrite et à la pronéphrose, et prédisposant ainsi à l'atteinte tuberculeuse de ce rein. Puis, par une série de travaux et de communications ultérieures”, il a fait connaître ces lésions de néphrite discrète qui ne se révèlent que par de l'hypertrophie compensatrice et quelques troubles fonctionnels légers.

Plus près de nous et pour nous en tenir aux travaux français, MauGEAIs’, en 1908, dans une thèse remarquable inspirée par AzBarRRrAN, à étudié au point de vue expérimental et clinique l’action d’un rein malade sur son congénère et consacré une partie de son travail à la tuberculose rénale. CHATEAU“, en 1910, à repris la question, et tout récemment Fayor? publiait

1. Un exemple de « pyélite calculeuse du deuxième rein » nous est fourni par la pièce 303 du musée Guyon. (Vieneron, loc. cil., p. 25)2

>. ALBarran. Lésions du rein du côté opposé dans la tuberculose rénale unilatérale. XI® session de l'Ass. franç. d'urologie, Paris, octobre 1907; et Annales génilo-urinaires, 1908, p. S1-105.

3. Mauceas. De l’action d'un rein malade sur le rein du côté opposé. Thèse de Paris, 1907-1908.

h. Crnareau. Les données expérimentales et cliniques sur l’état du rein opposé à un rein malade. Thèse de Lille, 1910, n° 25.

5. Favor. De l'état du rein de côté opposé dans la tub. rénale. Lyon Chir., 127 décembre 1910, p. 558.

Voy. aussi : Paucner. Tub. rénale. Etat du rein opposé. La Clinique, 13 janvier 1911, P. 21.

to une excellente Revue critique dans le Lyon chirurgical.

Le point de départ de ces études réside dans un fait constaté par tous les chirurgiens urinaires et sur lequel après tant d’autres TEssoN’ et GAUTHIER? viennent à nouveau d'insister: souvent la palpation du rein soi-disant sain révèle une augmentation de volume qui à pu induire en erreur bon nombre d’opérateurs à la période où n'’existaient pas les moyens actuels d'exploration, en les amenant à enlever le rein « sain » atteint uniquement d’hypertrophie compensatrice.

Cette hypertrophie qui se produit également dans les portions saines du rein tuberculeux est, selon GuDDEN, BARTH, ALBARRAN, etc..., une hypertrophie simple sans néoformation canaliculaire ou glomérulaire; elle doit être attribuée à des lésions de néphrite légère. L'expérimentation et la clinique concordent pour affirmer la réalité de ce fait.

Des expériences de MauGraIs, confirmant les résultats expérimentaux de SALoMoON, il ressort que la tuberculose rénale unilatérale exerce une influence nocive sur le rein sain; les lésions qui en résultent se traduisent anatomiquement par de l’hypertrophie compensatrice et des lésions du tube urinifère, fonctionnellement surtout par de la polyurie et de l’albuminurie.

Ces lésions dans les expériences de MAuceaIs

1. TESSON. Archives médicales d'Angers, 0 août 1909, p: 257. 2. GauTmIER. XIIIe session de l'Ass. franc. d'urologie, Paris, 1909, p. 544.

Rs étaient, il est vrai, toujours légères; mais comme GÉRARD l’a fait remarquer, selon nous avec raison, la durée de l’expérimentation ne fut jamais suffisamment prolongée; et, connaissant la marche habituellement évolutive des néphrites, nous souscrivons entièrement à l'opinion de ce dernier auteur, lorsqu'il affirme que « cette lésion, longtemps minime, donc bien supportée, est des plus importantes; elle est l’amorce ou bien de lésions de néphrite banale, mais progressive et grave, ou bien de lésions tuberculeu- SES»,

La clinique confirme absolument ces conclusions déduites de l’expérimentation. Outre l'hypertrophie compensatrice, le rein non tuberculeux présente souvent, en effet, des troubles fonctionnels de degrés variables, isolés ou associés, que nous allons maintenant passer en revue. Ce sont :

1° L’albuminurie. Elle est très fréquente, presque constante, dit ALBARRAN. En effet, nous verrons que dans la majorité des cas de M. Anpré, de légères quantités d’albumine ont été trouvées à l'analyse chimique de l’urine du côté « sain ». Tantôt on n’en rencontre que des traces ou de faibles doses (o gr. 15 à o gr. 5o par litre); rarement plus de 1 gramme, très exceptionnellement davantage.

L'albuminurie peut présenter des variations considérables suivant les jours; de plus, il peut ÿ avoir des causes d’erreur dans son appréciation. Dans bien des cas, des traces d’albumine peuvent provenir d’une hémorragie très légère accompagnant le cathétérisme

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