CHAPITRE II
Conceptions modernes sur la pathogénie de la tuberculose rénale. — Théorie de l'infection hématogéène.
Le but que nous poursuivons dans ce chapitre et dans quelques-uns des suivants est de montrer que c’est en grande partie aux notions pathogéniques modernes de la tuberculose rénale qu'est dû le grand essor de la néphrectomie depuis une quinzaine d’années.
Aussi croyons-nous indispensable d'exposer d’abord l’état actuel de cette question, en relatant les diverses théories pathogéniques émises et en présentant une critique raisonnée de chacune d'elles.
Le chapitre VI sera réservé aux conclusions pratiques qui découlent de cette étude.
« Il est peu d’affections au sujet desquelles les idées pathogéniques aient aussi radicalement changé, dit GÉRARD', qui consacre un chapitre important de sa thèse à la « pathogénie de la tuberculose rénale ».
Nous avons vu que, jusque vers 1896, on admettait la très grande fréquence de l'infection ascendante
RU LDC CT AD 02e
urétérale du rein, et que cette théorie était de nature à détourner les chirurgiens de la néphrectomie.
Après cette époque, au contraire, la théorie opposée, théorie de l'infection primitive, où mieux descendante, sanguine, hématogène du rein gagna si rapidement du terrain qu'elle finit par être adoptée par tous les auteurs actuels, beaucoup d'entre eux niant même complètement la possibilité de l'infec-
tion ascendante.
La théorie de l'infection descendante où sanguine
(hématogène) est une théorie d'après laquelle le rein est, tout au moins dans l'appareil uro-génital, le premier organe frappé par l'infection tuberculeuse: cette infection lui est apportée par la voie sanguine.
Parfois les bacilles, avant d'arriver ainsi au rein, ont touché un autre organe, le plus souvent le poumon, une articulation, des ganglions Ivmphatiques; puis, par métastase, ils ont colonisé dans le rein, l’uretère et la vessie étant indemnes au début: dans ce cas, il s’agit bien de tuberculose rénale descendante, mais la bacillose rénale est nettement secondaire par rapport à la tuberculose pulmonaire ou ganglionnaire qui domine la scène.
Dans une autre éventualité, les bacilles de Koch en circulation dans le sang envahissent en tout premier lieu le rein, tous les autres organes étant indemnes, même histologiquement. Il s'agit alors de tuberculose descendante et primitive dans la plus large acception de ce mot. (LAROCHE".)