LA PENSEE INFANTILE
On a beaucoup écrit sur la pensée de l'Enfant. Sujet fuyant et insaisissable s’il en fut, un bon jugement exigeant nécessairement un certain degré d'identification entre le Critique et l'objet de son analyse. Et peu nombreux sont les littérateurs qui ont su parler des enfants avec bonheur. |
Anatole France dans son Petit Pierre, parfois aussi R. Rolland et son Jean-Christophe, ont bien rendu le caractère flottant et la charmante imprécision des songeries puériles. Mais tout cela est bien littéraire. Plus soucieux d’exactitude, Valery Larbaud a écrit Enfantines, un petit chef-d'œuvre de finesse et de vérité, Mme Colette enfin a traduit sobrement dans Le Blé en herbe le conflit dramatique de la puberté.
Cocteau, qui pense beaucoup, mais écrit peu, entame ainsi l'admirable histoire les Enfants terribles.
« Car la jeunesse de cinquième est terrible... en cinquième, la force qui s’éveille se trouve encore soumise aux instincts ténébreux de l’enfance. Instincts animaux, végétaux, dont il est difficile de surprendre l'exercice, parce que la mémoire ne les conserve pas plus que le souvenir de certaines douleurs et que les enfants se taisent à l'approche des grandes personnes. Ils se taisent. Ils reprennent l’allure d’un autre monde. Ces grands comédiens savent d’un seul coup se hérisser de pointes comme une bête, ou s’armer d’humble douceur comme une plante et ne divulguer jamais les rites obscurs de leur religion. À peine savons-nous qu'elle exige des ruses, des victimes, des jugements sommaires, des épouvantes, des supplices, des sacrifices humains. Les détails restent dans l’ombre et