‹ Valeur du Langage Symbolique Normal et PathologiqueChapitre 14 sur 45 · ENT PRES · texte numérisé non relu

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la suggère (Encéphale, janv. 1928, p. 22) : « L'automatisme psychologique » résulte de la contrainte ou de l'Education: organisé ‘par l'habitude, il tombe dans l'inconscient. C’est, dit Blondel, un automatisme surveillé. » Quoi qu'il en soit, primitif ou secondaire, cet automatisme n’en constitue pas moins un des caractères propres à la pensée infantile.

3° La pensée infantile, de plus, est amnésique à bref délai, incapable de définition logique, égocentrique au plus haut point. |

Cette amnésie devrait représenter à nos yeux un remarquable phénomène. Est-ce même vraiment de l’Amnésie? En vrai savant, Freud s’est arrêté là où nous passons indifférents et a tenté une explication. « Vous connaissez tous la remarquable amnésie de l’enfance, dit-il (Introd., p. 213). Je parle du fait que-les cinq, six, huit premières années de la vie ne laissent pas, comme les événements de la vie ultérieure, de traces dans la mémoire... A l’âge de deux ans, l’enfant sait déjà bien parler, il montre aussitôt après qu'il sait s'orienter dans des situations psychiques compliquées et il manifeste ses idées et sentiments par des propos et des actes qu’on lui rappelle plus tard, mais qu'il a lui-même oubliés. Et pourtant la mémoire de l’enfant étant moins surchargée pendant les premières an- . nées que pendant les années qui suivent, par exemple la huitième, devrait être plus sensible et plus souple, donc plus apte à retenir les faits et les impressions... |

» J'avais essayé jadis de résoudre à l’aide de l'analyse l'énigme de l’amnésie infantile et des restes de souvenirs conservés malgré cette amnésie, et Je suis arrivé à la conclusion que, même chez l'enfant, les souvenirs importants sont les seuls qui aient échappé à la disparition. Seulement, grâce aux processus que vous connaissez déjà et qui sont ceux de la condensation, et surtout celui du déplacement, l'important se trouve remplacé dans la mémoire par des éléments qui paraissent moins importants. En raison de ce fait, J'ai donné aux souvenirs de l’enfance le nom de souvenirs de couverture; une

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analyse approfondie permet d'en dégager tout ce qui à été oublié. » 1

Qu'est-ce donc là d'autre que l'application pure èt simple des lois de la pensée symbolique, et l'analyse de l'adulte ne prend-elle pas nettement la valeur d’une tentative d'interprétation des symboles ?

Revenons à Piaget.

4° Pour ne connaître que le moi, la pensée infantile n'arrive cependant pas à en concevoir les barrières. Elle se projette au dehors, son moi remplit l'univers. Ainsi fait la pensée « narciste » de Freud. Jusqu'à 7 ou 8 ans, et sans doute bien après, l'enfant ignore, en tant que subjectif, le phénomène de la pensée.

Wildermuth (Les symptômes schizsophréniques chez l'enfant normal, Zeitschrijft [. d. ges Neur. und. Psich., vol. LXXXIV, 22 septembre 1923, p. 166) développe longuement les mêmes idées.

Il souligne combien les jeux de lenfant normal démontrent l'existence d’une véritable « faculté de dissociation », une grande facilité à s’abstraire du réel; il est frappé par la souplesse avec laquelle l'enfant est capable de quitter le monde forgé par son imagination, la rapidité avec laquelle il peut retourner dans le réel pour l’abandonner ensuite. Reprenons Les enfants terribles, Cocteau S'y montre analyste de grande classe (p. 25) : « C'est alors que Gérard remarqua que la main qu'il tenait était chaude et que cette chaleur rassurante lui permettait de jouer le jeu. Jeu est un terme fort inexact, mais c'est ainsi que Paul désignait la demi-conscience où les enfants peuvent se plonger. IT y était passé maître. II dominait l’espace et le temps; il amorçait des rêves, les combinait avec la réalité, savait vivre entre chien et loup... I avait appris à dormir éveillé, un sommeil qui vous met hors d'atteinte et redonne aux objets leur véritable sens. Des drogues de l'Inde eussent moins agi sur ces enfants nerveux qu'une gomme ou qu'un porte-plume mâchés en cachette derrière leur pupitre. »

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Un deuxième point, le caractère « narciste » de la pensée infantile mérite de nous arrêter à nouveau.

Gherchant les racines primitives de l'instinct sexuel, Hesnard (L'individu et le sexe, Psychologie du narcissisme) le montre confondu, dans les premiers temps de la vie, avec l’instinct de nutrition et se manifestant à cette époque par « l'aptitude possessive », ensemble de tendances « captatives », conservatrices et productrices uniquement orientées vers l'intérêt alimentaire, phase initiale ou digestive de l'instinct sexuel, dont il reste d’ailleurs des traces chez l’homme adulte et jusque dans tout amour humain et même dans toute affection humaine en général.

Second stade au moment du sevrage! L'enfant fixera sur lui-même sa « possessivité », c’est-à-dire qu'il éprouvera pour son propre être, et tout particulièrement pour son propre

COrps, pour sa propre image, et aussi pour sa personne morale,

une attirance spéciale se traduisant non seulement par une

-sensibilité plus ou moins précise, mais encore par de l’émotion

tendre ou de l’admiration passionnée.

Vienne la puberté et le conflit se produira. L'enfant perdra sa Qualité « d'enfant »; il va à la fois objectiver son propre moi et en prendre conscience. »

Paul et Elisabeth, des Enfants terribles, arrivent un beau jour à ce stade... « Et le jeu tenait une place de moins en moins grande dans la vie d’Elisabeth et même dans celle de Paul... Le frère et la sœur essayaient encore et s’agaçaient de n’y pouvoir parvenir. Ils ne « partaient » pas... »

« Ils se sentaient distraits, dérangés au fil du rêve. En vérité, ils partaient ailleurs. Rompus à l'exercice qui consiste à se projeter hors de soi, ils appelaient distraction l'étape nouvelle qui les enfonçait en eux-mêmes. Leurs fêtes s’en trouvèrent désorganisées. Descendre en soi demande une discipline dont ils étaient incapables. Ils n’y rencontraient que ténèbres, fantômes de sentiments. « Zut ! zut! » criait Paul d’une voix courroucée. Chacun levait la tête. Paul enrageait, embaumé, enseveli, de ne pouvoir partir chez les ombres. »

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