LE SYMBOLISME DU REVE
L'enfant, nous l'avons vu, déplace facilement son désir d’un objet à un autre; ses aspirations sont à courte portée. Aussi bien a-t-il servi de champ d'expérience aux premières recherches de Freud sur la structure et la signification du Rêve.
Il ne s’agit pas ici d’en retracer les étapes ni d’en justifier toutes les conclusions. Constatons simplement avec. Claparède,que « la théorie de Freud s’harmonise avec la conception la plus ancienne que l’on ait eue du Rêve : l'humanité, dès ses débuts, en cherchant à interpréter les songes, n’a-t-elle pas implicitement reconnu que ceux-ci avaient un sens? Freud n'a fait qu'expliciter cette croyance confuse et quasi instinctive » (Introduction, Cinq leçons sur la Psychanalyse).
Ce qui nous intéresse particulièrement, c’est que l’interprétation freudienne des Rêves est à l’origine des premières re cherches expérimentales sur le mécanisme du processus symbolique.
Les psychanalystes voient dans le Rêve « la réalisation déguisée d’un souhait refoulé ». Qui-peut en justifier le mieux, sinon Freud lui-même? Il se résume ainsi dans <a Troisième leçon sur la Psychanalyse: « ...D’abord, tous les Rêves ne sont pas étrangers au Rêveur, incompréhensibles et confus pour. lui. Si vous vous donnez la peine d'examiner ceux des petits enfants, à partir d’un an et demi, vous les trouverez très simples et facilement explicables. Le petit enfant rêve toujours de la réalisation de désirs que le jour précédent a fait naître en lui sans les satisfaire. Aucun art divinatoire n’est nécessaire pour trouver cette simple solution. Il suffit
Moreau. 3
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seulement de savoir ce que l'enfant a vécu le jour précédent. Nous aurions une solution très satisfaisante de l'énigme si l’on démontrait que les rèves de l'adulte ne sont, comme ceux des enfants, que l’accomplissement des désirs de la veille. Or c’est bien là ce qui se passe... » Ces rêves « ont subi une défiguration, un déguisement. Leur origine psychique est très différente de leur expression dernière. Il nous faut donc distinguer deux choses : d’une part, le rêve tel qu'il nous apparaît, tel que nous l’évoquons le matin, vague au point que nous avons souvent de la peine à le raconter, à le traduire en mots. C’est ce que nous appellerons le « contenu » manifeste du rêve ». D'autre part, nous avons l’ensemble des idées oniriques latentes que nous supposons présider au Rêve du fond même de l’Inconscient... Le contenu manifeste du Rêve est le substitut altéré des « idées oniriques latentes » et cette altération est l’œuvre d'un « moi » qui se défend; elle naît de résistances qui interdisent absolument aux désirs inconscients d'entrer dans la Conscience à l'état de veille; mais, dans l’affaiblissement du sommeil, ces forces ont encore assez de puissance pour imposer du moins aux désirs un masque qui les cache.… Le Rêveur ne déchiffre pas plus le sens de ses rêves que l'Hystérique ne pénètre la de ses symptômes ».
ignification
Autant dire que le Rêveur ignore son propre symbolisme. Voilà le point de la doctrine freudienne qui a suscité le plus de doutes, de sourires, de sarcasmes. Nous y retrouvons pourtant un procédé originalement humain. ,
Pourquoi Ponce Pilate s'est-il lavé les mains, sinon pour donner issue à un impérieux besoin de purification?
Le Rêve prend done un sens, un sens profond et il exprime ce qu'il y a de plus personnel en nous. Quelle meilleure langue utiliser pour ce faire que celle qui nous vient du fond des âges. |
Multiples nous apparaissent alors les buts du sommeil; l’objet de cette étude nous force à les négliger : signalons cependant l’admirable et nécessaire compensation qu’il peut nous
apporter et qu'il nous apporte à tous, le’ précieux labeur de classement et de sélection qu'il effectue parmi les matériaux épars du travail de la veille, voire même le rôle qu'il joue probablement dans l'amélioration des névroses en ouvrant la voie aux réflexions de la Conscience claire, Claudé et de Saussure y ont insisté (Encéphale, juin 1924).
Claparède, enfin, a prêté au Rêve un sens plus général (Es-
quisse d’une théorie biologique du sommeil, Arch, Psychol.,
45-16 févr. 1905): Fonction biologique, processus actif, positif, muni de moyens de défense, il isole l'individu en le protégeant, contre les excitations extérieures. « Il arrive quand tu ronfles que le monde matériel éveille l’autre », a écrit Max Jacob. (Le Cornet à dés, p. 40, Stock, 1920.)
Ne musons pas davantage sur les fins du Rêve, ce sont les moyens qui nous intéressent.
Mnsi, une fois que nous avons refoulé nos tendances, « rétréci » dirait M. Pierre Janet (discussion Soc. de Psych., 1923, Sur le Refoulement) « utilement supprimé pour la Conscience », dirait Rivers (L'Instinct et l'Inconscient), le processus onirique vient à point pour nous permettre de les exprimer.
Le « contenu manifeste », celui dont nous avons conscience au réveil et dont se sont occupés tous les auteurs antérieurs à Freud, s'oppose au « contenu latent » constitué spécialement de matériaux appartenant à la première enfance et surtout, faut-il ajouter, d'expériences sexuelles.
Entre ces deux couches d'éléments psychiques veille la Censure à laquelle est due la déformation du contenu manifeste. Son apparente incohérence en fait une sorte de rébus, mais, en l’absence de cette Censure, le réveil se produirait immanquablement.
Freud, et ceci tout. particulièrement dans sa Science des Rêves (trad. sur la 7 édit. allemande par Meyerson, Alcan, 1926), admet bien certaines notions traditionnelles en ce qui concerne les éléments et les sources du Rêve, mais les interprète de façon tout à fait diflérente : Les événements de la
journée précédénte, les excitations externes contemporaines du sommeil, ne seraient que des causes cccasionnelles permettant l'irruption, sous forme symbolique, dans le préconscient; des tendances refoulées dans l’Inconscient. Ces tendances, à signification presque toujours sexuelles, il les range sous différentes rubriques : les Complexes.
Or, le Rêve emploie des moyens d'expression relativement diffus: « Cest ainsi, nous disent Régis et Hesnard, qu'il’ exprime le lien logique entre deux faits en les réunissant dans une même situation où en les exposant en contiguité dans lé temps. » (Toujours lé procédé cher au Symbolisme : juxtâposition vaut explication.) En fait, la notion d'espace, comme celle de temps, sont trop abstraites, nécessitent une chaîne d’associat'ons trop longues; leur conquête exige un effort d'attention volontaire incompatible avec les lois du symbolisme. Le Symbolisme négligeant le temps et l'espace, 1l s'agit bien d'un cercle vicieux! /
«. C'est ainsi qu'il exprime fréquemment une alternative (ou: bien... ou bien...), qu'il pose différentes possibilités comme également justifiées, qu'il évite les contradietions en exposant en même temps une idée et l’idée opposée (ambivalence freudienne), qu'il exprime la ressemblance en identité.
» Le Rêve commence souvent par un prelogue qui prépare la réalisation du complexe, les Rèves d’une nuit font généralement partie d’un ensemble, les fragments consécutifs exprimant les mêmes tendances; le premier expose timidement, les suivants continuent cette exposition par une série dé dissimulations de moins en moins lointaines et le dernier exprime la tendance, à nu parlois. Un exemple en est donné par le Rêve érotique, dont te résultat explique toutes les complications qui précèdent...
» Une ‘expression abstraite de l'idée latente est échangée contre une expression figurée. Cellesci est choisie par l’activité onirique parce qu'elle est exposable; elle est bien plus riche que l'abstraite en points de contact avec la réalité, elle est! plus féconde que l'expression conceptuelle en identités,