SYMBOLISME DU GESTE DANS L'ART
Il existe un symbolisme des gestes. Ce fut de toute évidence le premier en date, Haraucourt y insiste avec talent dans sa Légendes des sexes, et en fait une curieuse étude rétrospective dans Dâah le premier homme. Au reste, ce symbolisme n'est pas particulier à l'espèce humaine et se retrouve indiscutablement chez certains animaux que l'expérience montre tous les jours capables d'association. Qui n’a vu un chien faire le beau? De là vient peut-être la tendance à considérer le symbolisme du geste comme foncièrement inférieur ?
Le geste fut donc le premier en date à subir les lois de la symbolique, et nous avons vu le symbole mimique, lui-même fruit d’une réduction-condensation, engendrer par la suite le symbole pictographique, qui ne fut que la représentation d'un geste.
La signification sexuelle de la danse est aujourd'hui une notion banale, Après Havelock-Ellis, psychanalistes et littérateurs de ces dernières années ont insisté sur son caractère érotique direct (danse du ventre, danse précédant et amenant l'acte sexuel chez les noirs). Le sens primitivement religieux de certaines danses (danses-incantations) ne devait pas arrêter davantage les analystes, qui ne voient là, avec quelque apparence de raison, qu'un détour de plus offert à la libido. Pauvre symbolisme donc que celui où l'élément symbolisant imite le symbolisé avec une exaclitade voisine de l'identité!
Ceci à ne considérer que le geste, à ne percevoir que par le regard. Le rythme représente en effet un élément extrêmement intéressant. La répétition qui le caractérise (symbole de réduplication longtemps prolongé) confère à certaines danses
SN
7e un extraordinaire pouvoir de suggestion sur l'acteur et le speclateur, pouvoir voisin de l'hypnotisme.
L'interprétation psychanalytique du sens du rythme, nous la devinons : rythmes de son propre cœur, de la mastication, de la tétée, du berceau, de la masturbation et de l'accouplement, voire même rythme de la vie prénatale. L'apparition de tous ces rythmes dans l'existence est chaque fois une cause d'assouvissement et assure une satisfaction.
Faut-il donc considérer la danse comme un genre résolument inférieur, un art limité par l'indigence de ses moyens? Limitée, la danse l’est, en effet, mais tous les arts en sont là. Dans des genres que nous choisissons exprès très différents, quelques très grands artistes tels Anna Pawlova, Isadora Duncan, Mme Argentina, Hal Sherman, ont su élever leur art à une dignité très grande. I serait possible pour certains d’entre eux" de reprendre la comparaison de tout à l'heure : chacun d'eux compose d'étonnantes harmonies avec une qualité de mouvement dominante, le rythme en est la toile de fond.
I s’agit bien alors de sublimation. Valéry (l’Ame et la Danse) fait ainsi parler Socrate (DNDE IS
Socrate : « Eh bien, ne te semble-t-il pas, Eryximaque, et à toi, mon cher Phèdre, que cette créature qui vibre là-bas et qui s’agite adorablement, dans nos regards, cette ardente Athikté qui se divise et se rassemble, qui s'élève et qui s’abaisse, qui s'ouvre et se referme si promptement et qui paraît appartenir à d’autres constellations que les nôtres, à l'air de vivre tout à fait à l’aise dans un élément comparable au feu, dans une essence très subtile de musique et de mouvement où elle respire une énergie inépuisable, cependant qu’elle participe de tout son être à la pure et immédiate violence de l'extrême félicité ? »
La danse a connu, elle aussi, ses impressionnistes, ses Sym-
bolistes, ses réalistes, voire ses surréalistes (Ballet russe : La
Chatte). Il en est un peu, toutes proportions gardées, pour la danse comme pour la musique : elle ne peut, jusqu'à un certain point, s'exprimer que par généralités.
LEP Os
Le jour où la danse voulut dire quelque chose de trop précis elle rejoignit « la pantomime ». Or le symbolisme de celle-ci üre justement de cette précision son infériorité artistique.
Ainsi dit la jeune Grecque Aihikté : « Asiie, asile, Ô mon asile, Ô tourbillon, j'étais en toi, Ô mouvement, en dehors de toutes choses. » (P. 74.)