LE SYMBOLISME ET LA MUSIQUE
La Musique est l’art de penser avec les sons (Combarieu). Abstraction de la poésie et de la danse, elle « crée des formes sans équivalent dans le monde physique » (Combarieu, Histoire de la Musique, A. Collin, 1924, t. 1, p. VIL) « Traduisant à l'extérieur le dynamisme psychique à tous ses degrés » (La Musique, ses lois, son évolution, Flammarion, 1927), elle « néglige les représentations et les concepts qui accompagnent généralement l’état affectif » (p. 55). « Venant des profondeurs du sentiment, elle intéresse toute l'âme. » (Histoire de la Musique, p. 9.)
Musique et sentimént sont en vérité inséparables; on ne peut pour cela considérer une œuvre musicale comme la simple reproduction d’un état affectif. L'intelligence y prend sa part, elle organise les éléments surgis de l’Inconscient selon les règles de l’Harmonie. Ainsi, déterminée de tous côtés par la vie de la relation, la Musique est en même temps un bel exemple de cette spontanéité de la raison, « qui atteint plus haut que la Théologie et la philosophie » (Beethoven).
On peut choisir deux extrêmes dans l’évolution de la pensée musicale : Inséparable de la poésie et de la danse chez les Grecs, qui les avaient rassemblées dans leur orchestique sous le nom d'Arts du Temps, la Musique a pu atteindre un degré d’abstraction tellement marqué qu'il est permis de parler de Musique pure. L’avènement de la sonate en à marqué l'apparition. « O symphonie, seule vraie musique », devait dire Saint-Saëns.
Strictement réduit à l'étude du Symbolisme, l’objet de ce
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travail nous dispense de justifier quelque préférence; il existe entre l’une et l’autre conceptions une infinie variété de transitions. Chacune marque à sa façon une valeur différente du symbole musical.
Aussi, tout en reconnaissant dans le langage musical « la manifestation d'un instinct général et profond plus où moins obscur, mais partout reconnaissable dans l'humanité » (Combarieu, p. 26), nous n'oublierons pas que le langage musical, puisque langage il y a; représente un mode d'extériorisation absolument original. De ce fait, le symbole qu'il emploie ne ressemble à aucun autre. Essayons de nous en faire une idée.
Il paraît bien établi : |
1° Que le système d'images employé, inintelligible au pur littérateur, est parfaitement clair pour le musicien.
2° Que la fusion de ces deux éléments, l’un emprunté à la vie affective, l’autre à l'intelligence, s'opère « grâce à un acte que nous appelons la pensée musicale et qui est à la fois le « moteur » obscur, puis le résultat brillant de l'organisation des images. Cette pensée est spécifique de l'Art musical. sie | l
Il n’est pas sans intérêt de rappeler les différents points de vue utilisés pour juger du symbole musical.
a) Métaphysique. — Enchaînement d'idées de plus en plus hautes, dont la dernière est celle du Bien (Platon, La République, livre VID).
b) Psychologique. — « À côté de la mémoire intellectuelle, il y a en nous une mémoire affective, survivance réelle ou prolongements atténués de l'émotion elle-même...; résidus de souffrances où de plaisirs. Ces émotions réduites à l'état de souvenir peuvent se fusionner en un état de conscience unique et, enfin, suivant la tendance motrice qui nous régit, aboutir à une œuvre musicale. Ce que nous appelons l'imagination créatrice du compositeur ne serait que l’épanouissement au dehors de ces étals conservés en nous par la mémoire affective et plus oumoins éloignés des circonstances où ils se sont