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SYMBOLE-IMAGE ET CINEMA

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Le cinéma est un art absolument exceptionnel. Son symbolisme est particulier. Le cinéma n’a pas sa place dans la classification normale des Beaux-Arts, car il introduit dans l'élaboration artistique un élément nouveau : la reproduction de la vie, dont le Théâtre n’est qu'une imparfaite imitation.

Le cinéma groupe des photographies, reproductions exactes d'objets selon un choix; il crée un monde bien à lui avec celui de toat le monde. Evoluant comme la Peinture dans le domaine des images, il utilise comme elle la ligne et la couleur.

Il ajoute à la première le mouvement;

Il réduit la seconde Jusqu'à ses effets fondamentaux de clair et d’obscur, de noir et de blanc, dont il utilise tous les intermédiaires. Il y a là un symbolisme de la couleur au second degré. Mouvement, ligne «et couleur sont utilisés par le Cinéma en vertu des procédés de composition esthétique identiques à ceux qu'emploient les autres arts.

« La souple et obéissante manivelle, avec son impitoyable mouvement de mitrailleuse, permet au chasseur d'images de les abattre par myriades et de rentrer dans son atelier chargé d’un incomparable butin. Ce butin, il le classera, l’ordonnera, le recomposera et le pensera exactement de la même façon que le peintre, le sculpteur, le poète et le musicien s’installant devant une toile, un bloc de glaise, une feuille de papier blanc ou un piano. Nous retrouvons bien ici la condition essentielle de l’œuvre d'art : « La nature vue à travers un tempérament. » (Vuillermoz).

Ceci, c’est le point de vue du créateur. La communion auteur-contemplateur n’est pas au cinéma de la même qualité

Ë Moreau, : 5

que dans les autres arts. La pensée du spectateur devrait théoriquement remonter une chaîne : Interprète, « découpeur du film », opérateur, metteur en scène, auteur du scénario.

Cette nécessaire complexité de bien des films est volontairement supprimée par Charlie Chaplin dans ses propres œuvres; il synthétise en lui-même la série des personnages susénoncés; c’est là une des conditions qui permettent de le placer sur le même plan que certains grands maîtres de l'élaboration artistique.

Le symbole employé par le cinéma transforme l'écran en « une image d'image » (Allendy, Valeur de l'Image, èn l'Art cinématographique, Alcan 1927).

Deux voies s'ouvrent à lui :

l'évocation de tableaux réels du monde objectif;

la reproduction de créations imaginatives; deux voies auxquelles on peut théoriquement assigner chez le contemplateur les deux aboutissants qui correspondent au schéma de Bergson :

le plan de la vie consciente et rationnelle;

le plan de la vie affective : l’Inconscient.

L'’émotion esthétique s'accommodant mal des schémas, il s'en faut de beaucoup que les choses se passent aussi simplement dans la réalité. Mais cette dissociation, encore une fois nécessaire, nous permet de mieux nous représenter létonnant pouvoir évocateur du symbole-image, les multiples correspondances qu'il détermine dans les diflérents élages du Psychisme la véritable « Polyvalence » qui lui est proprement commune avec les symboles éternels de l'humanité.

in fait, le symbole-image trouve toujours le chemin de notre inconscient, et le Cinéma n'est bien en l'occurrence qu'une « discipline des forces naturelles, parce qu’elles aident notre âme à sortir de sa prison de chair, » (Vuillermoz, La musique des Images, p. 43, Alcan, 1929).

L'Art de l'Ecran est le premier qui ait su mêler le passé, le présent el l'avenir, selon les habitudes de notre pensée. A l’ancienne conception architecturale de l’œuvre d'Art : les

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