‹ Valeur du Langage Symbolique Normal et PathologiqueChapitre 34 sur 45 · RE ER · texte numérisé non relu

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sièretés, elle a des impulsions d’une grande brutalité. Toucher fréquemment la chevelure de ses compagnes ne lui sulfit pas, elle s’agrippe à leurs cheveux et tire de toutes ses forces, son air est extraordinairement féroce, « elle tire, elle tire encore, redoublant

d'efforts à mesure que sa victime se défend davantage, ne sentant

pas les coups qu'on lui porte, ne prenant pas garde à sa bouche qui saigne ni aux griffes qui lacèrent ses joues, étrangère au reste du monde, tendue vers un seul but : tirer et arracher par poignées les cheveux qu'elle tient. »

L'analyse est alors laborieuse. On apprend tout d’abord que certaines de ses impulsions, mouvement de tête, besoin de toucher des objets, remontent à sa plus tendre enfance. Elle se levait la nuit pour toucher sa mère et voir si elle n’était pas morte, redoutant pour elle et sa famille un malheur qu'elle pensait éviter par certains mots et certains gestes.

Puis elle avoue trouver dans son exhibitionnisme et ses impulsions un plaisir dont la nature lui échappe. Or Simone se livre à l’onanisme. Mais elle n'obtient de satisfaction sexuelle qu'en asso-

ciant à son geste une de ces trois représentations

Un nouveau-né dans une couveuse;

Une idiote de 10-à 11 ans aperçue autrefois dans une cour d'hôpital;

Ces simples mots : maladie mentale.

Le nouveau-né dans la couveuse, Simone l'a vu une fois, il y a longtemps, à l'Hôpital des Enfants. Elle en ressentit une profonde émotion. Tenté d'interpréter ce symbole selon le sens homosexuel que lui prête Freud, l'analyste découvre alors chez le malade l’existence d’une autre représentation, qui ne fait que confirmer cette hypothèse : « L’idiote de 10 ou 11 ans, mal vêtue, les cheveux ébouriffés, est là. Sans prononcer une parole, elle s'approche et soulève ses jupes. Simone se porte à sa rencontre et touche des lèvres ou de la main gauche les parties génitales de la visiteuse. A ce moment, le plaisir se déclenche. »

Pour ce qui est du déclenchement causé par « maladie mentale ». il est permis de penser que ces deux mots représentent de façon

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abstraite la scène précédente, dont elles empruntent la puissance émotive.

Dans l'exécution de ses gestes d'exhibitionnisme, la malade ne fait que se substituer à l’idiote de ses rêves érotiques; son besoin de ‘tirer les cheveux de ses voisines n’est qu'une substitution nouvelle à son désir réprimé de prendre contact avec leurs parties génitales. Substitution d'objet après substitution de personne. Et l’on peut parler de sadisme, car sa brutalité se donne libre carrière à l’occasion de manifestations érotiques.

Nous avons eu récemment l'occasion (10 décembre) de nous entretenir longuement avec Simone. Nous l’avons trouvée couchée dans une chambre du quartier Morel, à Château-Picon. Dès notre entrée, Simone soulève draps et couvertures et s’exhibe. Son lit est souillé. Voici maintenant huit ans qu'elle est à l'asile; sa déchéance physique s’accuse, elle nous paraît amaigrie. Elle lit L'amour vrai et commente ironiquement le texte des feuillets crasseux qu'elle éparpille autour d'elle : « Je ne peux guère en juger comme il faut, il faudrait que j'aie vécu en ménage ! » Nous prenons de ses nouvelles : « Au physique, ça ne va pas trop mal, mais au moral, je suis épouvantable... »; puis : «Le Docteur Perrens veut à toute force me mettre dans la tête que je dois guérir. C'est impossible, puisque je suis à Picon. Et puis, moi, c'est congénital ! » Simone a des lettres... EHe se préoccupe de l'effet produit sur MM. les Etudiants lors de sa dernière présentation à la Faeulté : « Ils doivent penser qu'il y à de ces numéros, à Pieon ! » Notre uniforme l'intimide; il coûte à Simone de nous donner des précisions sur la nature de ses rêveries : «IL y à des choses gênantes à dire à un homme, quand on est une femme !» Mais elle réfléchit : « Oh. ! pourquoi cacher ! Est-ce qu'à un écolier on lui cache les livres ? » Elle nous avoue céder à l’onanisme, quinze à vingt fois par jour, obtenant sa-, lisfaction complète une lois sur deux. Le nouveau-né a disparu du champ de ses préoccupations, mais l'Idiote est Loujourselà, ainsi que @ Maladie Mentale ». Deux nouvelles représentations sont venues enrichir son répertoire : elle voit sa mère acheter un corset où acheter une fourrure, Et Simone, nous voyant prêt à la quitter, tient à marquer notre départ par une dernière séance d’exhibition.

OBsERvATION III (Très résumée).

(Docteur PERRENS, Gaz. hebd. des Sc. médic. de Bordeaux, n° 4 27 janv. 1924.)

En 1923, on charge le Docteur Perrens de procéderé à l'examen mental d’un jeune homme inculpé dans une affaire de mœurs.

D... (Jean), 25 ans, ‘est un jeune homme de santé délicate. Fort intelligent et très instruit, il se sent incapable de gouverner ses désirs et fait des projets de réforme morale, Des périodes « d'anémie cérébrale » s’accompagneraient chez lui d'un grand « désarroi moral ». C'est un velléitaire. N'ayant pas assez de confiance en soi pour combattre certaines de ses tendances, il lui arrive de chercher des substitutifs, le jeu par exemple, pour se dérober à des impulsions inquiétantes,

D... est un homosexuel. Il l’est par ses désirs,-ses pénsées et ses rêves; il remarque cependant que certains de ses rêves formés d'images féminines le conduisent « au même degré de tension ». Mais à l’état de veille son appétit de la femme est à peu près nul. I recherche seulement l’attouchement sur les organes génitaux d'autrui sans réclamer pour lui, paraît-il, un service analogue à celui‘qu'il rend. S’étant adonné à l’onanisme vers 7 ou 8 ans avec un camarade, D... né paraît pas avoir par la suite évolué vers une conception plus orthodoxe de son activité sexuelle. Il en est resté au stade infantilé, et l’onanisme mutuel s’est peu à peu transformé jusqu'au geste dont il a été fait mention. Jean D... souffre de se sentir rejeté de la communauté des vrais hommes. Il essaie de résister, mais sa désapprobation paraît tout intellectuelle; il se sent comme poussé, et cède invariablement. De fréquents accès d’anxiété apparaissent chez Tui, en rapport avec les obsessions les plus diverses : de meurtre, de suicide, de mot à chercher, de phrase Jancinante, etc.

Une’ autre obsession va nous retenir : le besoin anxieux d'évoquèr des noms de cardinaux, besoin survenant n'importe où et n'importe qüänd. Si le nom n'arrive pas, l’anxiété redouble. S'il est évoqué, il ‘entraîne la recherche de détails concernant la vie du cardinal, la date de sa promotion, ete. Ce travail peut continuer

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