‹ Valeur du Langage Symbolique Normal et PathologiqueChapitre 40 sur 45 · RES · texte numérisé non relu

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telle phrase passionnée de Thérèse d’Avila, tel détail des hal- Jucinations que nous conta Armandine R..., comment ne pas noter la forme puérile de la « Danse des animaux », l'identité des images de nos propres rêves avec celles que fige une toile de Chirico ou que fait revivre le film surréaliste?

Les critiques: psychiatriques sont tous d'accord pour reconnaître l'existence de ces correspondances. Vinchon nous signale que la poésie symboliste est le genre favori de bien des déments précoces; l'incitation propre au début de la P. G. de réaliser ou de contempler une œuvre d'art est soulignée par Hesnard:; À. Prince nous décrit les curieux résultats de l'excitation hypomaniaque dens le domaine de l'Art (A. Prince, Curieuses fantaisies décoratives d’un curé hypomaniaque, Encéphale, nov. 1923). Enfin, si l’on peut assez justement réduire le champ des poètes, écrivains, compositeurs trop rapidement étiquetés par une Critique incompétente (Shakespeare, Dante, Byron, Rousseau), on doit reconnaître l’incontestable tribut qu'ont payé à la Névrose ou à la Psychose Le Tasse, Musset, Nerval, Edgar Poë. «Il est facile, dit Hesnard, à la lecture de leur biographie ou de leurs œuvres, de reconnaître derrière les images de leur imagination, ou même l’exubérance ou la surcharge parfois ironique de leur verbalisme, des symptômes d’anxiété constitutionnelle, d'hyperesthésie affective, d’érotisme morbide, de mysticisme exalté, de dépression morale, d’obsessions variées, de psychosténie, d’excentricité, » (Les Psychoses et les Frontières de la Folie.)

Mais il ne faut pas pousser trop loin l’analogie sans voir quel est son fondement.

Il semble, en effet, qu'il faille se garder de commettre deux erreurs, de conséquence inégale il est vrai; èes deux erreurs ont leur commune origine dans l'application irraisonnée que des gens peu qualifiés ont tenté des hypothèses de Lombroso,

puis de Freud, L'une, issue de Lombroso, a fait, ilest vrai, son

temps. L'époque n'est plus où le Docteur Max Nordau pouvait dans Dégénérescence définir négligemment Verlaine comme «un elfrayant dégénéré, au crâne asymétrique, vagabond,

émotif et faible d'esprit »; Ibsén comme « un détraqué mé: chant et antisocial ».

L'autre est plus près de nous, il nous faut l'éviter ici même. Dans nombre d'états psychopathiques, la production esthétique prend aux yeux des Psychanalystes la signification d’un symptôme. Lalo (L'Art et la vie sociale) abonde dans le même sens. Les premiers psychanalystes, enseignant que la maladie mentale n’est .qu'une œuvre marquée et l’œuvre d'art une névrose réussie, étaient d'accord avec leur Théorie, qui a permis par ailleurs, comme l’a reconnu Pierre Janet, de faire faire à l’analyse psychologique de grands progrès en profondeur. Plaçant l’Art, la Névrose, la pensée infantile, sur le terrain commun de l’Automatisme, la Psychanalyse fait d’utile travail; reconnaissant à l'Art, à la Névrose, à la pensée infantile et primitive un commun langage, le langage symbolique, l'Ecole de Fleud nous ouvre encore de nouvelles perspectives, mais elle n' envisage qu'une donnée du problème : (automatisme du poète, qui, en apprenant son métier, facilite son élaboration future, est d’une autre essence, d’ailleurs, que celui que le dément subit); la Psychanalyse prend donc pour une unité de nature ce qui n'est qu'une unité de contenu. Ce contenu, nous l’avons partout souligné au cours de notre étude, et la qualité nous en est apparue sans trop de difficultés : il est invariablement sexuel, il répond aux complexes primitits que le zèle des élèves de Freud retrouve inlassablement au fond de toutes les œuvres d’art analysées (Otto Rank, Baudouin, etc.). Or l’œuvre d’art n’est pas seulement dans l’expression de ces complexes, et s’il est très net qu'elle en extériorise couramment quelques-uns, son mouvement essentiel n’est pas nécessairenient « régressif ». Le symbole esthétique tirera toujours de sa qualité propre « quelque chose de plus » que toutes les définitions qu’on en pourra donner, il n’est pas un état, mais un acte; il est une tentative de réconciliation du conscient avec l'inconscient, et non un banal mécanisme de l’un à l’autre. L'esprit de système, qui est toujours esprit de lourdeur remarque Baudouin, se sent ici mal à l'aise.

11 faut espérer pour l'Avenir de l'Art qu'il en sera toujours ainsi.

« Caricature grossière de la création artistique » (Hesnard), {elle nous apparaît donc la maladie mentale.

Ceci nous amène à situer la valeur de la Pensée symbolique en fonction du rôle que lui attribue Freud. Que nous dit-il?

Le penser par symboles représente un stade inférieur de la pensée. Cette proportion est parfaitement admissible dans la mesure où elle exprime la régression du Psychopathe, de l'Enfant ou de l’Artiste vers le mode de pensée du Primitif. C'est en effet, nous l'avons vu, un procédé de paresseux, aux antipodes des exigences de la logique formelle. Mais nous dirions plutôt que le fait de symboliser, la tendance chez un individu à la symbolisation, indique une régression. Nous avons pu cependant nous convaincre, au hasard des chapitres, qu'il existe une véritable hiérarchie des Symboles, dont la plus ou moins grande abstraction mesure les grades. Et le symbolisme, en un sens, est capable du meilleur comme du pire. Il en est du rapport entre symbolisant et symbolisé comme d'une Harmonie merveilleuse : Toutes les dissonnances, toutes les mélodies y sont possibles, comme tous les accords les plus plats, aussi bien Symbolisme et Harmonie possèdent-elles leurs poètes épiques, leurs artisans discrets et leurs excentriques.

La pensée symbolique, processus économique, indispensable à la vie de l'Esprit comme à la Mémoire l’oubli, est capable d'atteindre chez les uns lés plus hauts sommets de l’abstraction, quitte à n'exprimer chez d'autres que les rares conceptions de l’Indigence mentale.

Telle est la destinée du Symbole. Mais qu'il soit misérable ou trop richement travaillé, l'obscurité, des deux côtés, le guette, En l’on pourrait dire, paraphrasant le Sage de Nichapour

« Quelle énigme, ces astres qui bondissent dans l’espace!

Khayyâm, tiens solidement la corde de la Sagesse,

Prends garde au vertige qui fait tomber, autour de toi, tes compagnons! »

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