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Ni la réserve, ni la méfiance ne sont de mise à l'égard de toute femme faisant preuve de qualités professionnelles égales à celles des hommes ; elles sont particulièrement iniques à l'égard de celles qui ont remplacé à la tête de l’entreprise qu'il avait fondée ou reçue des siens, le chef de famille disparu et se sont courageusement appliquées, dans l'intérêt même de la nation, à conserver le patrimoine de leurs enfants.
Telles sont les considérations qui ont dicté la solu-. tion législative de juin 1923 et fait élargir encore les
droits de la femme en matière économique.
Pourquoi cette indépendance de plus en plus grande reconnue par la loi aux femmes mariées ; pourquoi, d'autre part, la mulliphication des divorces, bien propre pourtant à exciter dans les milieux
féminins l'esprit d'égalité et de liberté, n’ont-elles
pas eu pour résultat de propager le régime de la
séparation de biens et de le faire pénétrer plus qu'au- -
trefois dans les contrats de mariage? Comment se fait-il qu'un si grand nombre de femmes continuent, en adoptant la communauté ou en ne faisant pas de contrat de mariage, à accepter une large confusion de leurs intérêts avec ceux de leurs maris et à reconnaître ceux-ci comme gérants de leur propre fortune? L'explication de cette solution pourrait tenter le sociologue et le moraliste.
Faut-il dire que les aspirations féministes sont plus
a Jin apparentes que réelles, qu’elles ne touchent pas la masse des femmes, qui ne se soucient guère d’ailleurs d'assumer une administration dont elles préfèrent laisser la charge au mari, sans renoncer à l'aider de leurs conseils et à exercer sur lui leur influence. Il convient en tout cas de noter que dans notre
pays, accoutumé par une longue tradition à la com-
munauté, la séparalion de biens apparaît encore la mentalité contemporaine comme peu conforme à l'union que le mariage crée entre les époux WE
Il y a lieu enfin de rappeler que les trois quarts environ des ménages français ne prennent pas la peine de faire un contrat de mariage et se trouvent par suite soumis au régime légal.
Au fond, la France a-t-elle raison de demeurer ainsi attachée au régime séculaire de la communaulé ?
Que vaut en lui-même pratiquement le régime de la séparation de biens, expression des idées d'égalité des époux et d'indépendance de la femme ?
. C’est ce que nous allons essayer de rechercher : Quelle est la capacité de la femme? Comment est
réglée la contribution aux charges du ménage ?
(4) La plupart des époux qui procèdent à la rédaction d’un contrat de mariage adoptent le régime de la communauté réduite aux acquêts. Turgeon, Le féminisme français, t. 2, p. 125 à 146,
Qu'advient-il si le mari, soit en vertu d’un mandat, soit sans mandat, administre les biens de l'épouse ? Les intérêts de celle-ci sont-ils protégés, notamment contre les abus d'influence possibles du mari? Si l'organisation du régime nous apparaît dans son ensemble vicieuse ou imparfaite, quelle réforme convient-1l de Jui faire subir ?
Telles sont les questions que nous allons successivement envisager et qui feront l’objet, dans notre étude, d'autant de chapitres distincts,