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LES MATIÈRES FÉCALES MALGRÉ L'ARRÊT TOTAL DU COURS DE LA BILE

Lorsqu'ils cherchent à savoir si une obstruction bi-.

liare est complète ou incomplète, à quel examen ont

recours les cliniciens? Ils se bornent à regarder si les

matières fécales sont ou non décolorées. Or, M. Brulé À

a insisté depuis longtemps sur l’erreur qui en peut résulter ; il est, en effet, bien difficile de s'assurer que des fèces absolument décolorées, de couleur « mastic » selon la comparaison classique peuvent encore contenir beaucoup de stercobilinogène.

La recherche du stercobilinogène a donc semblé un progrès dans ces études et l’on a cru pouvoir affirmer que lorsque les matières fécales contiennent encore de la stercobiline, c’est que la bile s'écoule encore partiellement dans l'intestin.

Mais, de nombreux auteurs, tels que Gerhardt, Hildebrandt, Fischler, Brugsch et Yoshimoto, Wilbur, et Addis, Steensma, Brulé, sont venus, par des recherches expérimentales précises, démontrer que l’obstruction complète du canal cholédoque n’amène pas la dispari-

tion de l’urobiline fécale. Les faits expérimentaux sont

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absolument démonstratifs, les pigments biliaires peuvent persister dans les matières fécales alors même que la bile ne s'écoule plus par le cholédoque.

On pouvait se demander si de ces constatations expérimentales, faites sur le chien, on était en droit dé conclure à l’existence de faits analogues chez l’homme au cours des obstructions des voies biliaires. Or, bien que plus difficiles à observer, les mêmes phénomènes peuvent être observés dans l’espèce humaine. Gerhardt a noté la persistance de la stercobiline malgré une obstruction totale du cholédoque par cancer. Hildebrandt, Fischler, Schorlemmer, Wilbur et Addis, Brulé citent des cas semblables.

Dans 20 ictères (ictères infectieux, ictères catarrhaux, ictères arsénicaux, ictère des cirrhoses) où le Lubage duodénal et l’épreuve des hémoconies, révélaient l'arrêt total du cours de la bile, Brulé a remarqué que, dans plus de la moitié des cas, la stercobiline pouvait être retrouvée dans les matières fécales et souvent en assez grande quantité.

En poursuivant nos recherches avec M. Brulé, dans le service de M. le Professeur Widal, sur le tubage duodénal, nous avons noté, dans 6 ictères (deux cancers du pancréas vérifiés à l’autopsie; 2 ictères catarrhaux L'ictère par 914 et 1 ictère infectieux) la persistance de la stercobiline dans les matières fécales décolorées, malgré l'arrêt total du cours de la bile, démontré par le tubage duodénal et l’épreuve des hémoconies.

Il est donc amplement démontré, et par l’expérimentation chez le chien, et par l'observation clinique chez l’homme, que l’urobiline peut persister dans l'intestin

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alors même que l’arrêt du cours normal de la bile est absolu. Tout concorde à prouver que les pigments biliaires accumulés dans le sang en quantité anormale, passent dans l'intestin en en traversant la paroi.

Un tel fait n’a en lui-même rien de surprenant puisqu’on sait bien que les pigments biliaires peuvent passer du sang dans les sérosités pathologiques, dans la sueur, dans le lait, dans les larmes et parfois dans le liquide céphalo-rachidien.

Mais cette élimination des pigments biliaires à travers la paroi intestinale n’a frappé jusqu'alors que quelques expérimentateurs dont les travaux sont restés à peu près méconnus. Le fait est cependant gros de conséquences dans l’étude des ictères.

La recherche de la stercobiline n'offre donc plus aujourd’hui d'intérêt pratique lorsqu'on cherche à savoir si le passage de la bile dans le cholédoque est, ou non, totalement suspendu.

Le tubage duodénal et l’épreuve des hémoconies, nous renseigneront, par contre, d’une mamière rigoureuse et absolue, sur le degré de perméabilité des voies biliaires,

comme le prouvent toutes nos observations.

MALGRE L'ARRÊT TOTAL DU COURS DE LA BILE ON TROUVE DE L'UROBILINE DANS LES URINES

Parmi les nombreuses théories pathogéniques de l’urobilinurie, celle: qui compte le plus grand nombre de partisans est la théorie entéro-hépatique. Fischler, le pro-

moteur de cette théorie, admet que toute urobiline qui

apparaît dans l'urine provient de l'intestin. L’urobiline

fécale où stercobiline, serait normalement reprise en forte quantité par la circulation porte: elle serait ainsi amenée au foie qui, s’il est sain, la déverseraït à nouveau dans lintestin, soit sous forme de bilirubine, soit sous forme d’urobilin®: l’urobiline ne peut donc pas passer dans la circulation sanguine générale : elle suit un trajet fermé ainsi constitué: intestin, veine porte, foie, voies biliaires, intestin ; c’est le cyele entéro-hépatique de l’urobiline. Mais Fischler admet que quand le foie devient insuffisant, il perd son rôle d'arrêt sur l’urobiline ; celle-ci passe alors dans la circulation générale et de là dans les urines.

Nous voyons donc, que le meilleur argument, le seul

argument pourrait-on dire de cette théorie, était ce fait

que l’urobiline semble exister seulement quand la bile parvient encore dans l'intestin; on en concluait que toute l’urobiline qui passe dans la circulation générale et dans les urines provient de l'intestin. Fischler et tous les partisans de la Ehéorie entéro-hépatique répètent dans leurs publications que l’existenc: de l’urobilinurie est la preuve d’une obstruction incomplète des voies biliaires La présence de stercobiline dans les matières fécales, est le critérium de l’obstruction incomplète des voies biliaires selon l'opinion de tous ces auteurs. Or, dans le chapitre précédent, nous avons insisté sur ce fait que la stercobiline peut persister dans l’intestin alors même que l’arrêt du cours normal de la bile est absolu

Depuis longtemps déjà des observateurs, cependant partisans de la théorie entérique, comme Gerhardit, Vitali, Hoppe-Seyler, Tsuchuya, Fischer et Meyer-Betz, Wilbur et Addis, ont trouvé l’urobiline dans l’urine alors qu’on pouvait vérifier à l’autopsie, que la bile ne pénétrait plus dans l'intestin.

Dans ses recherches sur ce sujet, M Brulé aboutissait

à la conclusion suivante : « Bien que tout afflux de bile

dans le duodénum soit suspendu, l’urobilinurie existe

encore dans 65 % des cas »

Dans nos observations (1, V, VII, VIII, IX), malgré l’arrêt total du cours de la bile, démontré par le tubage duodénal et l’épreuve des hémoconies, nous avons constaté la présence de l’urobiline dans les urines. Ce fait nous semble un argument très sérieux contre la théorie

entéro-hépatique de l’urobilinurie.

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