OBSERVATION X
B... P.., réformé pour « syndrome parkinsonien à prédominance gauche », est examiné au service de neuro-psychiatrie de l'Hôpital militaire de Villemanzy, le 18 octobre 1929, pour révision de sa pension.
On ne relève dans ses antécédents, soit héréditaires, soit personnels, soit collatéraux, aucun fait intéressant.
Deux ou trois ans après la démobilisation, il aurait présenté une certaine gène fonctionnelle de la moitié gauche du corps, accompagnée de diplopie et de léthargie intermittente.
Le malade se présente à nous dans une attitude soudée en flexion. [Il marche à petits pas. Il existe un tremblement au niveau du menton, La voix est monotone, unicorde. Amimie.
En mobilisant les divers segments des membres on constate une rigidité musculaire beaucoup plus accentuée du côté gauche que du côté droit, et de ce côté, l’avant-bras et les doigts sont en flexion légère. Les mouvements actifs se font avec lenteur, et cette bradykinésie est beaucoup plus apparente au niveau des membres supérieur et inférieur gauches.
Le signe de Négro est nettement positif au membre supérieur gauche, au niveau duquel on trouve également un tremblement dystasique à peine ébauché à droite. On obtient nettement le réflexe de posture du jambier antérieur à gauche. De ce côté les réflexes rotulien et stylo-radial sont vifs.
Le malade aurait présenté des algies diffuses, sans doute provoquées par une localisation thalamique, sans signes articulaires.
Il n'existe aucun signe de perturbation pyramidale : le réflexe cutané-plantaire se fait en flexion le long du bord externe comme du bord interne ; pas de réflexe de défense.
JT pores
Il n'y a pas de flexion combinée de la cuisse et du tronc.
L'examen au point de vue cérébelleux est négatif.
La sensibilité au tact, à la piqûre, au froid et au chaud est normale. La notion des attitudes segmentaires est conservée.
Le facial n’est pas atteint. Les pupilles réagissent bien à la lumière et à l’accommodation.
Conclusions. — En somme, il s’agit d’une affection symptomatique d’une encéphalite fruste avec troubles prédomi-
nants à gauche.
Le malade ne présente pas de flexion combinée de la cuisse
et du tronc. L'absence de ce phénomène et de signes pyramidaux ne saurait faire envisager l'hypothèse de « troubles
hystériques ».
La nature organique de ce syndrome n’est pas discutable.
M. Rouquier a eu l’occasion d’observer un certain nombre de malades qui, pendant la guerre, avaient été considérés par des neurologistes compétents comme atteints d hémiplégie pithiatique flasque, parce qu'ils ne présentaient point d’exagération des réflexes tendineux, de signes pyramidaux ou de flexion combinée de la cuisse et du tronc. L’évolution ultérieure a montré que ces malades étaient en réalité atteints, soit de syndromes parkinsoniens à forme hémiplégique, soit de syndromes voisins de Ia maladie de Wilson à troubles unilatéraux, soit d’autres syndromes cxtra-pyramidaux n'intéressant qu’une moitié du corps. Voici deux observations particulièrement dé-
monstratives.
OBSERVATION XI M. RoUQuUIER (Société Méd. Hôp. de Paris, le 14 juin 1929. In Rev. Neurol., 1929.)
Re AE à
OBs. I. — Le malade, dont les antécédents ne méritent pas de retenir l’attention, et qui n’a, en particulier, jamais présenté d’épisode encéphalitique ni d’accidents spécifiques, a été blessé, à la fin de la guerre, par éclats d’obus au niveau de la région sacrée ; il s’est agi d’une simple plaie contuse sans lésion nerveuse. A la suite de cette blessure, il a présenté, pendant plusieurs mois, l’attitude camptocormique si
- Souvent observée, à cette époque, après les traumatismes du
bassin et du rachis. Cette attitude a, d’ailleurs, disparu au bout de quelques mois, en même iemps que s’installaient des troubles moteurs à topographie hémiplégique, intéressant la moitié gauche du corps et qui ont été considérés, malgré l’exagération déjà constatée des réflexes rotuliens et styloradial, comme d’origine purement fonctionnelle. Ces troubles, qui se sont depuis progressivement aggravés, ont résisté à toutes les tentatives de psychothérapie et de rééducation utilisées en pareil cas, et qui ont été poursuivies avec patience et ténacité dans un centre de neurologie.
ETAT ACTUEL (Juin 1928). — Sujet vigoureux, très musclé, excellent état général. 1° Motricité. — Tous les mouvements actifs du côté gauche
de flexion, d’extension des doigts sont possibles avec une amplitude normale. Il en est de même en ce qui concerne Îles mouvements de la main et de l’avant-bras. Néanmoins, le sujet ne s’en sert que très difficilement. Si, en effet, il fléchit l’avant-bras sur le bras, dépassant l’angle droit, et s’il essaie de soulever le coude, pour faire, par exemple, le geste de porter l’index gauche sur le nez, apparaît un tremblement dystasique, à oscillations d’assez grande amplitude, au niveau des doigts et de la main. Ce tremblement, existant au repos, ne s’était pas manifesté quand le sujet avait voulu ébaucher le mouvement; il est nécessaire, pour qu’il se déclenche, que l'index soit près du nez ou que le coude soit assez élevé. Il s'accompagne, d’autre part, d’un véritable spasme de tous les muscles de l’avant-bras et du bras, qui se durcissent considérablement, alors qu’au repos le tonus était, à leur niveau, à peine supérieur à celui qu’on constatait du côté opposé. À ce spasme brachial, qui est douloureux, se superpose un