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CHAPITRE III

De la Valeur séméiologique

des polypes muqueux de l'Utérus

Ce n’est pas émettre une idée nouvelle que de montrer la coexistance des polypes muqueux et des lésions diverses de l’appareïl utéro-annexiel.

a) Les faits précis les plus anciens que nous ayons trouvés signalés, se trouvent dans les Bulletins de la Société anatomique.

Dans une présentation faite en avril 1857, Ferréol

. apporte un utérus prélevé sur une femme morte d’apo-

ré

plexie, et présentant à la fois un polype fibreux et un polype muqueux. C’est la première fois, dit-il, qu'on constate les deux formes de polypes sur le même utérus.

Puis J. Meunier, en 1863, à l’autopsie d’une femme morte de pneumonie, trouve dans l’utérus deux fibromes interstitiels, un polype fibreux et un polype muqueux

pédiculé, fixé sur la paroi postérieure et gauche, tout près de l’orifice interne de la trompe.

Molinier (1865) trouve également un polype muqueux du fond utérin à l’autopsie d’une femme morte d'hémorragie due à polype fibreux accouché par le col. Les parois utérines contenaient, en outre, deux noyaux fibreux du volume d’une noix et d’un œuf.

Lelong (1867) rapporte l’observation d’une femme de 49 ans, présentant des métrorragies et un utérus un peu gros. Le spéculum ayant fait découvrir un polype muqueux du col, on l’arrache sans effort après dilatation. Après une amélioration de quatre jours, l’état s'aggrave et au bout de deux semaines la malade meurt.

À lautopsie, on trouve à côté de lésions de péritonite, un fibrome du fond et on constate que le polype muqueux s'insérait au-dessus de l’orifice interne du col.

Heydenreich (1874) présente une pièce d’autopsié sur ‘laquelle on constate la coexistence d’un polype muqueux du fond, de deux trompes pleines de pus et d’un petit fibrome utérin.

Enfin, en 1902, Mauclaire et Weinberg montrent un polype muqueux sur une trompe atteinte de salpingite.

De tels faits sont tout à fait de l’ordre de ceux que nous apportons dans nos observations personnelles. 1Is étaient donc connus. Il est d’ailleurs fort probable qu’au cours de nos recherches, maint exemple nous ait échappé, étant donné que ces cas se trouvent dans la littérature sous des titres extrêmement divers et que, de ce fait,

la bibliographie est rendue extrêmement malaisée.

b) Dans les traités classiques, la coexistence des polypes

muqueux et des lésions de métrite est très nettement mise en évidence.

Dans son manuel pratique de gynécologie, qui date de 1879, de Sinéty s'exprime en ces termes : € On a dit « que les polypes muqueux étaient cause de métrite chro- « nique. Il nous semblerait plus juste de renverser la « proposition en disant qu'ils sont, la plupart du temps, « consécutifs à une métrite interne ». Il cite à l'appui de cette opinion une observation de Beigel, dans laquelle à la suite de l’ablation de deux polypes muqueux, les métrorragies persistèrent. Une dilatation du col permit une exploration intra-utérine et on trouva l'utérus bourré de polypes, ce qui amena à faire un curettage et une cautérisation, sur le compte de laquelle il met la stérilité consécutive, sans faire jouer de rôle à l'infection.

Pozzi est plus catégorique encore : il compare les polypes muqueux de l'utérus à ceux du nez et dit : & C’est « à tort que les auteurs décrivent les polypes muqueux « dans un chapitre distinct. Au triple point de vue de « l'anatomie pathologique, de la clinique et du traitement, « ces lésions appartiennent à la métrite hémorragique ». Plus loin, à propos de la métrite hémorragique : « Les « polypes du col sont une lésion de métrite et doivent « être décrits avec elle ».

Les traités plus récents de J.-L. Faure et Siredey, de Forgue et Massabuau, disent également que les polypes muqueux ne constituent point une maladie particulière et qu’au cours de la métrite chronique, de petits bourgeons saillants se produisent sur la muqueuse et entraînant avec eux quelques glandes forment des polypes muqueux

sessiles, puis pédiculisés.

c) De ce qui précède, il découle que le polype muqueux idiopathique, sans autre lésion de l’appareil génital, est exceptionnel.

Au cours de sa pratique gynécologique déjà longue, notre maître, M. le professeur Tixier, a constaté également la rareté du polype idiopathique du col utérin. Par contre, il a rencontré de nombreux cas de polypes muqueux du col associés à d’autres lésions gynécologiques, lésions dont is ne sont qu'un symptôme et parfois le symptôme avant-coureur.

Après l’ablation de polypes dit idiopathiques, on s’aperçoit, quand on peut suivre les malades, que des affections “non diagnostiquables ou méconnues se mettent souvent à évoluer. L’ablation du polype muqueux n’amène qu’une amélioration passagère ; sa constatation nécessite un examen minutieux de l'appareil utéro-annexiel et une surveillance dans les mois qui suivent.

Fréquemment, il est le premier symptôme qui attire l'attention ; on a tendance à lui attribuer tous les troubles et à agir thérapeutiquement contre lui seulement. Or, derrière lui, existe une lésion latente qui peut passer inaperçue à un examen trop rapide et évoluer ultérieurement.

Quelques exemples feront mieux comprendre notre Lperisée

1° Une femme de 57 ans, ayant atteint la ménopause, vient consulter un médecin pour des pertes séreuses fétides. On découvre un polype muqueux, auquel on rattache tous les troubles et on en fait l’ablation. Cinq mois après, les pertes continuant, la malade consulte de nouveau un

médecin : elle est trouvée porteuse d’un cancer du corps utérin (Obs. IT).

— 35 — | 2° Une femme de 43 ans est opérée pour un polype du col utérin. On la surveille. Quatre ans après, elle est trouvée porteuse d'un fibrome utérin (Obs. VIII).

3° Une autre femme de 43 ans est opérée d’un polype muqueux du col auquel on attribue des métrorragies. Les troubles persistent. Six ans après, la malade, examinée de nouveau, présente un utérus augmenté de volume. On l'opère et on enlève un utérus contenant un #yome rouge du volume d’une mandarine (Obs. XIII).

4° Des métrorragies, chez une femme de 40 ans, sont attribuées à un polype du col. L'examen soigneux est négatif, et il semble s’agir d’un polype simple. Les pertes rouges persistantes ramènent la malade à l'examen, deux ans après. L’utérus est trouvé augmenté de volume ; une hystérectomie est décidée : l'utérus contenait trois fibromes interstitiels (Obs. XIV).

5° Chez une femme de 46 ans, des pertes rouges sont jugées trop abondantes pour être mises uniquement sur Je compte d’un polype muqueux. On fait une hystérec- : tomie ; l'utérus présente des lésions marquées de métrite parenchymateuse (Obs. XVIT).

Par ces quelques exemples, on voit donc que les polypes muqueux du col peuvent être les signes précurseurs de lésions utéro-annexielles variées : néoplasmes, fibromes, : myomes, métrites, infections salpingiennes, et qu'ils possèdent alors une véritable valeur séméiologique.

Loin de nous l’idée de pousser cette notion à l'extrême. Nous reconnaissons qu’il est des cas dans lesquels le polype muqueux est presque toute la maladie : il semble qu’on ait alors le plus souvent affaire à des polypes papil-

laires ou à des tumeurs adénomateuses pédiculées évoluant au cours d'infections minimes et localisées (métrites cervicales, érosions du col, ectropion, dégénérescence kystique du col).

Mais d’après nos constatations personnelles, il nous paraît que ces cas sont très rares, et que, par contre, fréquents sont ceux où le polype, associé à des lésions susjacentes, n’a, au point de vue anatomo-pathologique, que la valeur d’une végétation hypertrophiée, symptomatique d’une métrite villeuse qui, s’extériorisant à l’orifice cervical, prend de ce fait une importance séméiologique réelle, dont on doit tenir compte en clinique.

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