CHAPITRE"V
Critique des Observations
Les observations que nous apportons à l’appui de notre thèse ont une valeur inégale. Celles réunies dans le deuxième groupe servent uniquement de documents pour montrer la coexistence de lésions diverses et des polypes muqueux. On conçoit toutefois que des polypes, déjà franchement intra-cervicaux, comme on en trouve signalés dans les observations du deuxième groupe, affleurant même l’orifice externe, aient pu devenir perceptibles cliniquement à une période plus avancée de leur évolution, et alors les observations de ces cas seraient rentrées, dans le premier groupe (Obs. XXV, fig. 10 et Obs. XXX, fig. 14).
D'autre part, dans les observations du premier groupe, c’est-à-dire celles où le polype muqueux a été constaté cliniquement, il est des cas où la lésion causale était flagrante, de diagnostic évident et où le polype muqueux
n'apparaît que comme un symptôme bien accessoire
(Obs. III, fig. 1). Etant données nos constatations, il est pourtant logique de penser que si les malades avaient été examinées plus précocement, la lésion originelle étant alors plus difficile à- dépister, le polype muqueux, par son existence, aurait pu seul attirer l'attention ou encore engager à un examen plus approfondi ou à une surveillance périodique. |
Les faits qui nous paraissent devoir être détachés de
cés observations anatomo-cliniques sont les suivants :
a) La symptomatologie due au polype muqueux proprement dit est peu bruyante. Les deux signes les plus constants sont les écoulements #uco-purulents et les hémorragies, signes qui existent d’ailleurs, comme nous l'avons vu, dans les polypes muqueux des autres organes
(fosses nasales, oreille). ,
1° Les pertes blanches sont un symptôme assez constant. Ce sont elles souvent qui amènent la malade au médecin. Elles sont continues, parfois très abondantes et plus marquées au voisinage des périodes menstruelles ; muco-purulentes ou glaireuses, plus rarement hydrorrhéiques, elles tachent le linge en jaune-marron, l’empèsent et obligent la malade ( à se garnir » en permanence. En outre, elles provoquent parfois une irritation vulvaire et cutanée au niveau de la face interne des cuisses, amenant un prurit désagréable et pouvant s'accompagner de lésions cutanées variées.
Ces symptômes sont bien à mettre sur le compte du polype : ils cèdent souvent à son ablation, et cet acte chirurgical est légitimé en tant que thérapeutique sympto-
matique puisqu'il améliore des troubles souvent ennuyeux pour la malade (Obs. V, IX, X). ù
2° Il n'en est pas de même des hémorragies. Et s’il existe des polypes vasculaires, suintant au doigt, et pouvant teinter en rose les écoulements glaireux, il est rare de voir des pertes rouges véritables dues uniquement à la présence du polype. Il s’agit, en général, de suintements sanguinolents, survenant sans causes, se répétant avec régularité et ténacité, tachant légèrement le linge, et finissant par exaspérer les malades, mais jamais de métrorragies vraies, faisant perdre aux malades du sang rouge et des caillots. Nous insistons sur cette donnée qui a pour nous une grosse importance : l'attention doit étre attirée par la disproportion qui peut exister entre l’abondance de l’hémorragie et les dimensions du polype.
D'ailleurs, l’ablation du polype n’amène généralement qu'une amélioration passagère des pertes rouges ; souvent même, elle est sans action aucune, la métrorragie étant due à la lésion causale concomitante (Obs. V, XIIT, XIV).
3° Quant aux douleurs, elles sont rares. Parfois la malade accuse des douleurs d'expulsion, quand dans certaines conditions un polype muqueux s'engage dans le canal cervical (Obs. XIV, XXIV).
4° Au point de vue objectif enfin, les polypes muqueux sortant par l’orifice cervical sont en général facilement perçus par le toucher vaginal. L'examen au spéculum est toutefois souvent utile pour voir les polypes mous,.
mal sentis par le doigt, ou les polypes encore intra-cervi-
caux et commençant à peine à apparaître à l’orifice externe
du col.
b) Les faits constatés par nous confirment la notion classique de la coexistence presque fatale de l’endométrite.
Le polype paraît bien être sous la dépendance d’un état inflammatoire infectieux de la muqueuse : le processus peut être plus ou moins étendu suivant les cas ; mais s’il n'existe pas toujours en tant que manifestation clini- que, il existe anatomiquement et l’on doit, en pratique, tenir compte de cette endométrite pour régler sa thérapeutique.
c) Enfin les notions qui précèdent donnent à la constatation d'un polype muqueux une valeur pronostique toute particulière. Dans les livres classiques, en effet, le polype muqueux est considéré comme une affection toute locale, à thérapeutique simple et à pronostic essentiellement bénin. Tout au plus conseille-t-on de traiter, en outre, l'endométrite causale. I] n’en est pas de même pour nous, et nous croyons que la constatation d’un polype muqueux doit toujours faire suspecter une lésion étendue de l'appareil utérin ou annexiel, engager à la surveillance périodique de la malade et aboutir à la thérapeutique vraiment curative de la lésion causale dont le polype n’est qu’un symptôme.