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LA CROIX-AUX-BOIS

I. Le colonel Colomb. — Imprudence de Bumoariez. — II. Le défilé de la Croix -aax -Bois pris par les Autrichiens (IS septembre) et repris par Chazot (14 septembre). — Mort du jeune prince de Ligne. — III. Lettre de Billaud-Varennes. — Retour offensif des Impériaux. — Retraite de Chazot sur Youziers. — Dubouquet abandonne le Chesne-Populeux.

I. Le passage de la Groix-aux-Bois, entre le défilé du Chesne-Populeux et celui de Grandpré, est, du nord au sud, le deuxième de TArgonne. Dumouriez avait confié la garde de cette trouée au colonel Colomb, du 2® régiment de dragons. 11 connaissait l'expérience et la vigueur de cet officier : Colomb avait guerroyé en Amérique ; il disposait de 4,iOO hommes d'infanterie, d'un escadron de dragons*, et de 4 pièces de canon de quatre; il devait faire des abatis, creuser des fossés, rendre en un mot le défilé impraticable*. Le \\ septembre, Colomb informa Dumouriez que le passage de la Croix-aux-Bois était inaccessible et pouvait être défendu par une poignée dliommes; il ajoutait que le 4® bataillon de volontaires des Ardennes, venu de Longwy, et désarmé par la capitulation du 23 août, se trouvait â Vouziers; il fallait donner des fusils à ce bataillon» et lui confier Ja garde

1 Le 71* répriment, le 2* bataillon de la Meuse et le l*" escadron du 2* régiment de dragons.

s Dumouriez à Duval (arch. guerre).

' C'était violer un article de la capitulation, et nons devons dire que,

du défilé ; ses dragons et les 1 ,200 fantassins qull avait sous ses ordres, rejoindraient le gros de Tarmée et seraient plus utiles à Grandpré qu'à la Groix-aux-Bois. Dumouriez, qui regardait Grandpré comme la clef de TArgonne, approuva, sans réfléchir, la proposition du colonel Colomb. Il lui prescrivit de laisser une centaine d'hommes dans les abatls et de rentrer au camp. Il ordonna au commandant du parc d'artillerie de fournir au i^' des Ardennes des armes et des munitions, et au lieutenant-colonel de ce bataillon d'occuper le défilé de la Groix-aux-Bois avec ses volontaires et 60 cavaliers de la gendarmerie nationale. Mais Tordre de Dumouriez ne fut pas exécuté. Le commandant de l'artillerie négligea ou refusa de livrer les fusils, et le 4® bataillon des Ardennes resta à Vouziers^ Le 42 septembre, le défilé de la Croix-aux-Bois ne fut plus gardé, après le départ de Colomb, que par un capitaine et une centaine de soldats*.

C'est la faute la plus grave de Dumouriez dans cette campagne ^ Il la confesse avec bonne grâce et s'accuse dans ses Mémoires d'avoir eu ce jour-là une impardonnable légèreté. Mais, si galamment qu'il reconnaisse ses torts, on ne s'explique pas qu'un général d'armée dégarnisse un poste aussi essentiel que la Groix-aux-Bois

si le 2* bataillon de la Côte-d'Or revint à Dijon, le 3* bataillon des Ardennes reprit sa place dans Tarmée de Dumouriez et fit le reste de la campagne.

^ Ce 4« bataillon des Ardennes qui figure sur les ordres de bataille, n'a plus joué aucun rôle dans la campagne ; nous savons toutefois que le 21 septembre Servan commanda à Miaczynski de procéder sans délai à l'armement de ce bataillon (arch. guerre).

* Tel est le récit de Dumouriez dans ses Mémoires,!, 275-276. Sa correspondance n^entre pas dans les mômes détails ; voici ce qu'il se borne à dire le 13 et le 18 septembre : < par la suite d'un ordre mal exécuté > (à Kellermann), • par une mauvaise exécution des ordres que j'avais donnés * (à LabourdonnajeJ, « par défaut d'exécution des ordres les plus clairs i (à Servan). J'ai cberché vainement un rapport ou une lettre du colonel Colomb.

3 Minutoli, der Feldzug, 204 : t unbegreifliches Vers&umniss •. Boguslawski(2>tt»towri>«, II, 31) admire l'aveu • franc et mâle • du général et ajoute : • voilà cette légèreté qu'on rencontre si souvent dans l'histoire de la France et qui fit réussir soixanle-dix-buit ans plus tard, dans la même région, la surprise du corps de Failly à Beaumont par le IV* corps prussien ! >

la Croix était presque entièrement dégarni de troupes. Quelques hussards et les chasseurs de Le Loup ' s'engagèrent aussitôt dans l'étroit ravin où passe la route de Boult à Vouziers. Le chemin était à peine rompu ; on avait jeté les arbres au hasard; les branches, enterrées à moitié, ne présentaient pas de pointes aux assaillants. Les chasseurs de Le Loup dérangèrent aisément ces abatis. Les hussards franchirent au galop la route où leurs chevaux auraient dû s'abîmer. Les cent Français qui gardaient le défilé s'enfuirent dans les bois après une faible résistance. Un détachement, à peine suffisant pour une reconnaissance, se saisit, en un instant, d'un des principaux passages de l'Argonne.

Dumouriez était dans son camp de Grandpré lorsqu'il vit arriver les fuyards. Il sentit trop tard la faute qu'il avait faite; mais il s'efforça de la réparer sur-le-champ. Ce ne peut être, pensait-il, qu'une légère avant-garde qui a pénétré par l'endroit le plus impraticable et par dessus les abatis ; il était encore temps de l'attaquer pendant qu'elle rétablissait le chemin pour faire un passage à l'artillerie et aux bagages du corps d'armée qui la suivait \ Il résolut de tenter le lendemain un vigoureux effort et de reprendre le défilé.

Chazot fut chargé de l'opération. Il était, dit Dumouriez, fort brave et fort exact. Mais, comme Dietmann et Dubouquet, il avait plutôt l'expérience du vieil officier que les lumières du général. 11 servait depuis trenteneuf ans et avait passé par tous les degrés, depuis celui de simple soldat. Engagé en 4753 dans le corps des volontaires de Flandre, remarqué pour sa valeur pendant la guerre de Sept-Ans, employé longtemps dans la région des Ardennes, nommé colonel en 1788, et maréchal de camp en 4790, il était le seul officier-général de Tarmée qui eût, après la journée du 20 juin, demandé le gouvernement républicain ^ Il venait de recevoir son bre-

*■ Ces chasseurs de Le Loup, qui portaient le nom de leur major, étaient recrutés dans les Pays-Bas autrichiens ; ils avaient un uniforme gris de brochet à parements verts et à boutons jaunes. Minutoli, der Feîdzug, 99.

* Arch. guerre, Dumouriez à Luckner et à Kellermann, 13 sept.

3 Lafayette, M€m.y III, 383 et 391 : « J'ai connu le général Chazot

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