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LA GROIX-AUX-BOIS

vet de lieutenant-général (7 septembre). Ce fut le terme de sa fortune; un destin jaloux sembla désormais s'attacher à lui. Il n'eut plus que des disgrâces. Il reprit, puis perdit le défilé de la Groix-aux-Bois ; il causa la panique de Monlcheutin ; 11 ne put, à Valmy, s'emparer de la hauteur de la Lune; enfin, il s'attira la haine féroce de Marat, parce qu'il avait arrêté des volontaires du bataillon Mauconseil, coupables d'assassinat. Ghazot fut emprisonné pendant deux mois, puis suspendu, et, lorsqu'on le réintégra dans les cadres de l'armée, on le mit presque aussitôt à la retraite*.

Dès le 12 septembre, à six heures du soir, Ghazot recevait l'ordre de reprendre le défilé. Il partit du camp de Grandpré avec 8 bataillons, 5 escadrons et 12 pièces de canon, pour tomber sur les Autrichiens, selon l'expression de Dumouriez, la baïonnette au bout du fusil, le sabre à la main et avec force mitraille *. Il devait se porter sur Vouziers en longeant l'Aisne, puis marcher de Vouziers sur la trouée de la Groix. Mais les chemins étaient en mauvais état ; l'artillerie s'embourba plusieurs fois ; les fourgons de vivres n'arrivèrent pas. Ghazot n'entra que le lendemain matin (1 3 septembre) à Vouziers, après douze heures de marche. Ses troupes étaient trop fatiguées pour faire encore les deux lieues qui les séparaient du défilé ; il remit l'attaque au jour suivant.

Le 14 septembre, à trois heures du matin, Ghazot quittait Vouziers avec son détachement qui comptait environ cinq mille hommes. Il assaillit les Autrichiens à la pointe du jour. Pendant que la cavalerie attendait le moment de charger et que l'artillerie tirait sur le village et le château de la Croix, l'infanterie engageait une vive fusillade contre les Impériaux et, laissant la chaussée absolument libre pour la manœuvre des canons,

à Clermont, disait Couthon à la Convention ; il y a fait la Révolution avec moi ; j'atteste qu'il m'a toujours paru un bon citoyen. >

* Dumouriez, if «f«f., I, 249 et 261 ; Ternaux, IV, 563-576.

* Chazot avait avec lui le 71«, le 98» et le 29« d'infanterie, le !•' bataillon de volontaires de la Meurthe, le \" de la Sarthe, le 3« de Paris, le 3* des Ardennes et le 2« de la Meuse, quatre compagnies de Seine-et-Oise, deux escadrons du 2* dragons, deux escadrons du 23* de cavalerie et un escadron du 7* de cavalerie.

s*avançait sur deux colonnes, au pas de charge, tantôt sur les hauteurs, tantôt derrière les haies et les buissous. Ghazot avait fait chanter et jouer le Çà ira. Après une heure et demie de coùabat, les Autrichiens prirent la fuite.

Ils laissaient au nombre des morts le prince Charles- Joseph-Emmanuel de Ligne. Il avait reçu deux balles en chargeant, lui neuvième, une batterie française de trois canons qui s'était portée trop avant, sans être soutenue par rinfanterie. Il tomba de cheval et rendit Tâme presque aussitôt '. On le fouilla ; on trouva dans sa poche une lettre inachevée qui révélait la triste situation de Tarmée des alliés; elle fut publiée dans le Moniteur.

a Nous commençons, disait le prince, à être assez las de celte guerre où Messieurs les émigrés nous promettaient plus de beurre que de pain. Mais nous avons à combattre les troupes de ligne dont aucune ne déserte, les troupes nationales qui restent, tous les paysans qui sont armés ou tirent contre nous ou nous assassinent quand ils trouvent un homme seul ou endormi dans une maison. Le temps, depuis que nous sommes en France, est si détestable que tous les jours il pleut à verse et les chemins sont si impraticables que dans ce moment nous ne pouvons retirer nos canons. De plus, la famine; nous avons tout le mal imaginable pour que le soldat ait du pain, et la viande manque souvent. Bien des officiers sont cinq, six jours sans trouver à manger chaud; nos souliers et capotes sont pourris, et nos gens commencent à être malades. Les villages sont déserts, et ne fournissent ni légumes, ni eau-de-vie, ni farines. Je ne sais comment nous ferons et ce que nous deviendrons, Quelquefois on se donne le petit plaisir, comme moi. .. * »

Charles de Ligne avait au cou une chaîne d'or et un collier qui portait cette inscription : L'amour me l'a

^ On a faussement prétendu que le prince de Liîrne avait été tué par un garde-forestier, Jacques le Forestier, du village de Toges ; voir le récit fanlastiaue Jacques le Forestier ou la défense de VArgonne en i792 dans les • Biographies et chroniques populaires du département des Ardennes », par Hubert Colin, III« série, p. 211-225.

* Arch. guerre et Monit, du 29 septembre.

43 au U, à trois heures, avait souhaité bonne chance à son lieutenant ; il ne fallait, lui disait-il, qu'un coup de vigueur pour enlever le poste. Enfin, le 14, à onze heures du matin, il recevait de Chazot le billet suivant : « De dessus mon cheval, je m'empresse de vous annoncer la prise que vous désirez. Je fais pousser actuellement Tennemi dans les deux trouées des bois de Briquenay et de Bourgogne. » Billaud-Varennes, membre de la commune de Paris, et, grâce à Danton, commissaire du conseil exécutif, était alors à Grandpré. « Victoire, écrivait-il à Labourdonnaye, victoire ! Le général ennemi tué après quatre ou cinq heures d'action ! Un poste emporté ! La joie est dans l'armée qui s'est vue au moment d'être forcée aujourd'hui de lever le camp pour se replier sur Sainte-Menehould 1 Dumouriez vous embrasse, pétillant de joie ; les Français triompheront ! * »

Mais les Autrichiens, délogés du village de la Croix, s'étaient retirés dans la forêt. Ils y trouvèrent un bataillon du régiment de Glerfayt qui venait les secourir. D'autres renforts arrivèrent bientôt. C'étaient trois bataillons d'infanterie et plusieurs escadrons de hussards d'Esterhazy. Les Impériaux revinrent à la charge. Chazot n'eut pas le temps de faire quelques préparatifs de défense. « Mon unique embarras, mandait-il à Dumouriez, est de regâter la route. Je manque de bras et de haches. Les villages voisins sont déserts et ne peuvent me fournir aucun secours. » Dumouriez lui reproche dans ses Mémoires d'avoir oublié deux chariots d'outils qu'il lui avait donnés pour établir des retranchements et dresser des batteries. Chazot, de son côté *, se plaint de n'avoir pas été soutenu et il semble, en effet, que Dumouriez devait ordonner à Dubouquet d'attaquer le flanc droit des Impériaux, tandis qu'une colonne, partie de Grandpré et filant le long des bois de Bourgogne et de Briquenay, aurait assailli leur aile gauche. Dumouriez promit même à Chazot de « glisser des partis sur le bois qui le

* Arch. guerre, Billaud-Varennes à Labourdonnaye, 14 septembre ; Monit. du 17 septembre.

^ Mémoire de Chazot : "Explication sur Vattaque du poste de la Croiœ-auX'Bois,

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