CHAPITRE II
L'ARGONNB
I. L' Argonne et ses défilés : les Islettes, la Chaladay Ghnmdpré, U Croixaux-Bois, le Chesne-Populeux. — II. L'armée da BadsB. — Activité de Dumouriez. — Son état-major. — Ordre de liataUle. — Courage et discipline de l'armée. — III. Dillon à Steiiaj. ^ IsaotioB de Clerfayt. — Marche de Dumouries sur Grandpré. — IT. La position de Orandpré. — Miranda au Morthomme. — Stengel i Saint-Jayin. — Y. Marche de Dillon sur les Islettes. — Ses oialntai, ^ Il se rejette ea arrière. — VI. Qalbaud aux Islettes depuis le !■ septembre. — Arrivée de la garnison de Verdun. — Son décoaragement. — Funérailles de Beaurepaire. — Panique. — Oalbaud abandonne les Islettes pendant un jour. — VII. Dillon se joint à Gaibaad. — Ordre de bataille de Dillon. — Mesures défensives. — Les Thermopjlet de la ïranoe.
L' Argonne sépare le bassin de la Meuse de la vallée de TAisne et s*élève comme une barrière de forêts entre la plaine des Trois Évèchés et la Champagne pouilleuse. Elle s'étend entre les collines de rarrondissement de Bar au sud et la forêt des Ardennes au nord, des sources de TAisne et de la Tôte de Brémont aux environs de Sedan (bois d'Omont et de Mazariu). Sa limite est marquée au sud-est par les villages de Villers, de Passavant et de Beauiieu, au nord-ouest par le Chesne- Populeux.
Elle est entourée par deux rivières, à Touest par r Ai sue, au sud-est par TAire. L* Aisne qui prend sa source à Textrémité méridionale de la forôt, traverse Sainte-Menehouid et se dirige vers le nord par la Neuville-
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défrichemeols et les déboisements ont fait depuis dispa* railre» TArgonue offrait des ressources de défense très sérieuses par ses étaugs« par ses pentes rapides et abruptes (surtout celles du versant oriental qui regardent Tinvasion), par ses gorges ou échatées^ par ses chemins encaissés qui formaieut de véritabies ravins. D'ailleurs la pluie qui ne cessa de tomber pendant le mois de septembre, détrempa le sol argileux et mêlé de calcaire ;. elle wst^ dit les routes de la forêt presque impraticables pour les voitures ; elle transforma les vallées en- marécages ; elle fil déborder les ruisseaux dont les eauxcouleni ordinaiiement à fleur de terre. Bnûn» ces collines- qu'on emporierait aujourd'hui, selon le mot d^ua hiatorien allemand, eu poussant un simple hurrah^, inspiraient alors un grand respect aux hommes de guerre et passaient pour dlmprenubles positions. Il faut se sonv^iir que remploi des tirailleurs en grandes bandta» ce qu'on nouKne Tordre dispersé, était encore inoonwi. GSe ne fut que daasles campagnes suivantes, sous nmpuâeionde Dumouriez, de Custiue et de Dugommier, q«e les généraux, éparpillant un bataillon, un régiment, parfois une brigade entière, enlevèrent des hauteurs qu*on regardait comme inexpugnables. Brunswick et ses lieutenants ne faisaient pas la guerre d'une façon aussi Iftchôe ; ils ne comprenaient pas qu'une armée pûl s'avancer autrement qM en masses épaisses et dans le meilleur ondre. Gharles-Ferdinaud n'osa lancer ses colonnes. d*aU«iqpie ni sur les Isieltes ni contre le tertre de Valm[f ; comme tous les tacticiens du xviii» siècle, Frédéric II excepté, il ne pensait qu'à tourner l'adversaire et à le débufi<iuer par de subtiles manœuvres *.
QuoL qu'il eu soit, une armée, suivie de son artôlieiie et de son traia d'équipages, ne pouvait franchir l'Argonne que par cinq routes ou défilés. C'étaient du sud
*■ Sybel, I, 556 < zu dem Hurrah eines Tiraillearachwannes^ AolasB geffobsn > ; ce ne sont, dit Ditfiirth {diê Hêutn^ 97) -que. dai collines comma l'A^lamagne de l'ouest et du centre en ofllra par otortaines.
^ Voir dans notre précédent volume, Invasion pruuiennê, p. 79-SO et p. 112-114, quelques détails plus complets aaft la alcat^gio du temps.
L*ARaONNf£ 47
m nord, les Islettes, la Ghalade, Grandpré, laCroix-aux- Sois et le Ghesne-Populeux.
Le déûlé des Isleltes, long de 41 kilomètres ei large le 300 à 500 mètrea, n'est autre que la route qui mène à Paris par Sainte-Menehould et Cbâloos. Il tire son uom du YilLaKe des Islettes et s'éieod entre Glermont à l*est et Sainte- Menehouid à Touesl* Il faut le décrire avec détaiL Le grand dMinin qui part de Verdun traverse d'abord un plateau sur lequel subsistent encore des vestiges d'une voie romaine, franchit TAire près du hameau de Yraincourt et débouche par une rampe étroite au pied de Clermont-en-Argonne. Cette ville est située sur une hauteur escarpée qui domine la rive gauche de TAire; ancjeiioe capitale du Glermontois, cédée à la France par le traité de Liverdun (1632), puis donnée par Louis XIV à la maison de Gondé qui l'avait conservée jusqu'à la Révolutlun, elle ouvre, à vrai dire, le défilé des Islettes, ou, comme oa disait en 4793, la gorge du Giermontois. Au sortir de la ville, la pente de la route diminue insensiblement; mais elle redevient assez raide à un quart de lieue, lorsqu'elle s'engage dans TArgonne, entre deux liauteuTS qu'on nomme dans le pays la Gardine et la Gtorge aux Frênes. Bientôt elle entre dans la vallée du Huteha» ^cuisseau qui prend sa source au sud de l'Argonne, au bois de la Goulette, près de la gorge Gbare*gnier, coule au nord des Grandes-Isleites, à une portée de fusil de ce village, et se lette dans la Biesme près du château du bois d'Bpense]» Elle franchit le Hutebas, puis la Biesme. Gette petite rivière de la Biesme, qui donne son nom à la vallée, sort des étaogs de Saint-Rouin, dans les bois de Beaulieu, se dirige d'abord vers le nord, en laissaoi sur sa: rive droite les villages des 6randes-Islettes S du Neufour, de Glaon, de La Glialade, du Fourde-Paris, et, tournant vers 1 ouest, se jette dans l'Aisne, au-dessous de Vienne-le Ghâteau, après avoir parcouru vingt- neuf kilomètres. Elle formait, au xiii» siècle, la limite entre la France et l'empire germanique *, comme
* Ou les Islettes. Ou nomme Petites-Islettes une ferme située plub lu nord, sur la ri've droite de la Biesme, près du Neut'our.
* Julien Uavet, La frontière d'emnirc aans VAr gonne (Bibliotb. de lEeole des Chartes, 1881, p. 383-428).
48 TALIIT
depuis entre la Champagne et le Glermontoj
aujourd'hui entre le déparlement de la Marn
de la Meuse. C'est sur la rive gauche de la fi
deçà des Islettes, que commence le défilé que
Brunswick regarda comme inattaquable. La i
vit la côte qu'on nommait en 4792 et qu'on m
core la côte de Biesme; c*est une montée étroite
très escarpée, qui passe, en faisant de noml:
cuits, à travers les bois de la Vignette et des G
« elle présente, dit un contemporain, d*une
sorte de précipice, et de. Tautre elle est domi
que toutes ses avenues, par la montagne q
coupée pour y faire passer la grande route ^ i
route actuelle n'est pas celle que barraient les
en 4792; la vieille route, aujourd'hui abanc
coupée de fondrières, était plus haut et l'on
core à droite et à gauche, la place des batC
dominaient la vallée; les habitants nomment n
des versants l'Affût du canon *. Arrivée à e
le plus élevé, la route traverse le plateau ; les
sent peu à peu pour faire place à des champs 1
tivés et à de riches verj^ers ; bientôt le chemin
le hameau de la Grange-aux-Bois et descend
longue rampe qui porte le nom de côte de C
dans la gracieuse vallée où est située Sainte-Me
l'antique capitale de l'Argonne, entourée de t
par des jardins et bâtie à la fois sur l'Aisne e
affluent de l'Aisne, la petite rivière d'Auve.
L.e défilé de La Chalade est le chemin qi travers bois, de Varennes à La Chalade. Ce di lage, situé sur la Biesme. et célèbre autrefois abbaye de l'ordre de Citêaux, est à six kUc nord des Islettes et à neuf kilomètres au si rennes»
Le défilé de Grandpré est formé par l'Aire q
côte de B?i^i^^V//fi^**!f'*"^«»**^ *^' ^ »»*• ^
qui disaient Tu Jki^^'ï^ ^*' ^* P^^P*" ^ ■'**•'*" ® * L'autrA — T ^ **® Bienne •.
a On nomme la Cavette
«ne dépôJhe°d^i.?*i?*f"H®^o»» «* Dumouriex écrit le n
^ !•» septembre à Servan.
50 TALMT
fluent de la Bar * ; puis il traverse la forêt de Boult, au milieu de laquelle il atteint 22i mètres d'altitude, les bois de la Groix-aux-Bois et le village du même nom ; enfin il se termine à cinq kilomètres de Youzîers, près du carrefour d'où se détache, en deçà de Longwé, la route (le Grand pré.
Le défilé du Ghesne-Populeux qui forme l'extrémité nord-ouest de TArgonne, comprend en réalité deux passages : 1° la route du Ghesne- Populeux à Quatrechamps (et de là à Youziers), entre les bois de Voncq, le village des Alleux et les bois de Vandy à droite, et les bois du Chesne, de la Maison-Houge et Vaumaillard à gauche; l^ le chemin deNoirvul, dans lequel la route du Ghesne vient tomber à angle droit, au bourg de Quatrechamps. Ge dernier chemin va de Ghât il Ion- sur-Bar à Vouziers; il passe par le village de Noirval entre le bois du même nom et le bois Vaumaillard, et longe sur toute son étendue la petite rivière de la Fournelle, qui prend sa source non loin de Noirval et se jette dans l'Aisne, à Goiidé-lez-Vouziers. Les deux défilés sont ordinairement confondus sous une même appellation ; on les nomme soit le dé61é du Ghesne- Populeux, soit avec plus de justesse et, selon le terme dont se sert Dumouriez dans ses lettres à ses lieutenants, la trouée de Noirval. Ge débouché, dit le général, est très ouvert, très spacieux et beaucoup plus clair que les autres*.
II. Tous les lieutenants-généraux et un grand nombre de lieutenants-colonels et d'officiers de Tétat-major, entre autres, un cousin de Dumouriez, le dernier de ses parents, qui n'eût pas encore émigré, avaient abandonné Tarméede Sedan Un seul lieutenant général, Le Veneur, revint à son poste au bout d'une semaine. Il n*avait pas suivi Lafayette, mais éperdu, consterné, redoutant la fureur des soldats, il s'était caché près de Mouzon, chez
^ La Bar, formée par tous les petits et nombreux ruisseaux qui traversent les prairies tourbeuses de Buzancy, a son cours entier dans le déDartement des Ârdennes et arrose six cantons, depuis celui de Buzancy jusqu'à celui de Klize où elle se jette dans la Meuse,
^ Jf^m. 1, 259; Dumouriez à Biron, 9 septembre^ et à 0aval, 10 septemore (arch. guerre).
L'AROONNB 54
un M. de Pouilly. Dumouriez raconte dans ses Mémoires qu'il le lança vertement et le fit servir durant plusieurs jours corame soldat dans un régiment de hussards. L'anecdote est inexacte. Le Veneur suivit Tavant-garde en simple particulier et reçut bientôt un commandement. Il manquait de tète et ne sut pas seconder à Valmy l'exécution du plan de Dumouriez. Mais c'était un intrépide soldat qui déploya quelques mois plus tard une incroyable bravoure en s'emparant du fort Villate, et la postérité n'oubliera pas que Hoche le nommait son second père*.
Il ne restait que trois maréchaux de camp : Ligniville, Dietmann et d'Hangest. Mais Ligniville commandait la place de Montmédy où il demeura pendant toute la campagne. Dietmann était un vieux routier, brave, borné, à jamais rouillé par la vie de garnison et par un long séjour à Luuéville, où il avait dirigé les manœuvres et le service de la petite gendarmerie. D'Hangest, commandant de l'artillerie, avait pris, comme le plus ancien, la succession de Lafayette, mais il avouait sa faiblesse et il s'était plaint amèrement de la lourde responsabilité qui pesait sur lui jusqu'à l'arrivée du nouveau général en chef *.
Dumouriez était le contraire de d'Hangest. Cet homme, toujours agissant et toujours plein de projets, ne redoutait pas la responsabilité, il courait au-devant d'elle et la portait légèrement ; celui qui la craint, disait-il, et qu'elle peut empocher de prendre de grandes mesures, dans une crise aussi forte, est incapable d'être le sau-
* Cp. les MHn. de Dumouriez, I, 250, et sa lettre a Servan, du 9 septembre (arcb. guerre) : < Je n'ai point voulu rétablir Le Veneur dans son grade ; il me suffit pour cela qu'il ait déserté son poste ; je lui ai môme refusé la permission de servir comme volontaire. Cependant il est à mon avant-garde. >
* Cp. sur Dietmann une lettre de Dumouriez à Servan (11 septembre), et Qay-VernoD, Cnitineet Bouchard^ 155; sur d'Hangest, iroir ci-dessus, p. 27. 11 commandait le régiment de Grenoble-ariillerie. Quatrième de Terme, lorsqu'on I'78r Claude-Victor Perrin, le futur auc de Bellune, se présenta devant lui pour s'enrôler; il le trouva trop jeune et voulut le renvoyer, mais Victor savait jouer de U clarinette ; d'Hangest, touché de son désespoir, Taccepta comme musicien. (Duc de Bellune, Mém,, I, 22-23.)
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veur de rÉlat*. Dès qu'il eut résolu de se jeter daos TArgoane, il fit avec rapidité toutes ses dispositions et accepta gaiemeut la lutte contre Brunswick. Il connaissait Charles-Ferdinand, et chose curieuse, lui devait peut-être tout ce qu*il était. Pris par des hussards la veille de Clostercamp, il avait charmé le prince par son esprit, et Brunswick l'avait renvoyé au maréchal de Castries avec une lettre élogieuse. Il ne prévoyait pas, dit Dumouriez, que cette lettre que lut le maréchal de Belle Isle, ferait la fortune de cet officier, et que trente-deux ans après, le même homme commanderait une armée française contre lui en Champagne '.
Mais, après tout, quelle que fût alors sa réputation, Brunswick n^était pas Frédéric II. Il n*avait marché sur Verdun, d'après une note d'espion que Dumouriez reçut le 31 septembre, qu'avec 58,000 hommes tant Prussiens et Impériaux qu'émigrés. Il était généralissime, mais Dumouriez savait que a des opérations militaires combinées entre plusieurs puissances ne réussissent pas d *. Enfin, le hardi Flamand espérait être secondé jusqu'au hout par la fortune qui l'avait soudainement tiré de Tobscurité pour relever au ministère et le faire général d'armée.
Dès le 31 août, il écrit aux commissaires Delmas, Duhois-Dubay, Bellegarde et de nouveau il les invite à raccompagner, a Je vous garderai des chevaux des émigrés pour vous monter, et, malgré tous nos embarras, nous n'en serons pas plus tristes*. » Il rappelle son neveu Schomberg, qui servait à l'avant-garde du corps de Bourbon et lui prédit un succès certain : « Viens, dépêche-loi '. ^ Il mande à Ligniville que la France a les yeux fixés sur Montmédy, que la garnison doit
1 Rapport du 13 juin, Monit. du 16. Qu'on se rappelle sa dernière proclamation à ses soldats (3 avril 1793) ; mot d'ordre : enfants^ mvez-moi / ralliement : je réponds de tout,
> Voir ci-dessus, p. 7, et Dumouriez, Mém,^ I, 24.
> Dès le 3U mars (A. Sorel, Revue des D&u^IfomdêS, 15 juillet 1884. p. 310). La note d'espion est aux archives de la guerre; on remarquera qu'elle donne encore un chiffre trop élevé.
* Ârch. nat., AA, 61, pap. de Galbaud, p. d6, lettre de Domoariez, du 31 août.
« D'Allonville, Mm. secreîs, II, 391.
L*ARQONNB 53
opposer à Penvahisseur une résistance digne d'hommes libres : « Que votre défense fasse juger à ces satellites du despotisme qu'ils ne peuvent pénétrer en France que pour y périr ou y respirer un air de liberté qu'ils reporteront chez eux avec Thorreur de la tyrannie *. »
Il organise le quartier-général et distribue les commandements. Vouillers, maréchal de camp depuis le 22 juillet, est nommé chef de Tétat-major ; c'était, de l'avis de Dumouriez, un officier d'une grande expérience et d'un rare mérite, qui connaissait parfaitement les détails de l'infanterie '.
Pierre Thouvenot, frère de ce Thouvenot que le générai avait tiré de la fonderie dlndret, reçoit le grade de lieutenant-colonel et le brevet d'adjudant général. Il était auparavant capitaine au 44^ régiment d'infanterie et adjoint aux adjudants généraux de Lafayette. Brave, infatigable, plein de ressources, trouvant dans un jour d'action et par un instinct naturel une foule d'expédients, Thouvenot devint le confident de Dumouriez. C'est, dit celui-ci, l'officier le plus instruit de l'armée, le plus capable de me seconder, et il m'est absolument nécessaire pour la castramétation ; avec tous ses autres talents pour la guerre, il a particulièrement celui de Tordre à établir dans une grande armée, et la partie des campements et des reconnaissances *. L'avancement de Thouvenot fut prodigieux ; le 49 novembre 1792, il était maréchal de camp et chef de l'état-major de l'armée ; mais ce fut lui qui, à Jemmapes, décida et conduisit l'attaque de la division de gauche.
Parmi les officiers dont s'entoura Dumouriez, on remarquait encore le lieutenant-colonel Montjoye, d'Arnaudin que le général jugeait très instruit, Macdonald^ et Fortair.
*■ Lettre à Ligniville du 30 août (catalogue d^autographes, 9 décembre 1878).
* Dumouriez, Mém.^ I, 249 ; lettre à Serran (29 août], et à Labourdonnaye (19 septembre) : c Vouillers, homme sage et de détails. > Il devint lie'itenant-géuéral, comoiauda Pannée suivante l'avantgarde dans la retraite de Belgique et émigra avec Dumouriez.
* Voir sur Thouvenot le» Mém. de Dumouriez, sa lettre du 29 août à Serv&xif 6^ Corretp. de Dumouriez avec Pache^ 86 et 126.
4 Macdonaid était alors lieutenant au 87* régiment (ci-devant Dil'
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Dillon fut mis à la tète de Tavant-garde alors composée de la compagnie franche des Ransonnets, de deux régiments de ligne, de deux bataillons de chasseurs et de quatre régiments de hussards et de chasseurs à cheval. Il avait sous ses ordres trois maréchaux de camp : Lamarche, TAnglais Mouey et le Polonais Miaczynski. Lamarche, colonel du 5* hussards, était un vieux soldat plein de feu dit Dumouriez, mais très facile à décourager; il commanda Tarmée du Nord eu 4793 après la mort de Dam pierre. Money avait combattu pendant la guerre de Sept-Aus dans les dragons d*fi liot et fait, comme maréchal-général des logis de Burgoyne, la campagne d'Amérique. Il offrit son épée en 4789 à la Belgique insurgée et obtint le grade de major général. Des membres de l'Assemblée législative le recommandèrent à Servan; il vint a Paris en 471)2 et fut chargé d'organiser une légion sur la frontière belge. Lajard le nomma maréchal de camp (49 juillet). Money, dit Dumouriex, c n*a qu'un baragouin inintelligible et ne peut mener nos. troupes >; mais 11 devait défendre avec beaucoup de bravoure et de taient la côle de Biesme. Miaczynski arrivait de Paris, comme Money, avec le grade de maréchal de camp. Dumouriez l'avait connu de près en Pologne, où Miaczynski commandaii. avec Pula^ski et Walewski les troupes de la confédération de Bar. C'était un aventurier sans scrupules, et Bertrand de MoUeville raconte qu'il proposa, pour une somme de deux cent mille livres, de faire battre l'avant- garde et d'entraîner ainsi la déroute de l'armée et la ruine du parti jacobin. Mais il connaissait parfaitement la guerre d'escarmouches. L'udjudant général de Dillon était (Robert, capitaine du génie, que Dumouriez venait de nommer lieutenant -colonel ; il réprima l'Insurrection de Bo-
lon). On sait qu'il est né à Sedan le 17 novembre 1765 (yoir son acte de naissauce dans les Ardennes illustré» d^Ëlizé de Montagnac, II, 69- 70), mais qu'il passa sa jeunesse à Sancerre, qui fut sa patrie adoptive. « Sa conduite, dit Philippe de Segur, son extérieur^ son esprit plaisaient ; il n'en fallait pas alors davantage, et il parvint sans diffienlté jui^qu'au titre de capitaine > (Séance du 15 janvier 1840 delà Chambre des Pairs). Macdonald conserva toujours un vif attachement pour Dumouriez et resta en correspondanceT avec lui ; op. ci-dessus p. 26 la note sur Fortair.
l'abgonnb 55
logne en 4804 et tomba frappé à mort au combat de Baylen *.
Le reste de Tarmée comprenait deux divisions ; celle de gauche que dirigea plus tard le créole Miranda, était sous les ordres du lieutenant général Ghazot et du maréchal de camp Maltzen ; celle de droite, conduite par Dietmann, Stetenhoffen et Steugel, devait être placée sous le commandement de Le Veneur. D'Hangest qui fut nommé lieutenant général le 7 septembre, était à la tète du parc d'artillerie.
Le nouveau général en chef ne changea pas, comme 11 Ta dit, l'ordre de bataille adopté par son prédécesseur. Il garda les brigades créées par Lafayeite, et les bataillons de volontaires firent toute la campagne avec le régiment d'infanterie qui leur servait à la fois de soutien et de modèle. L'armée comptait environ 49,000 hommes, dont 37 escadrons et 25 bataillons, soit de troupes de ligne, soit de volontaires de 1791 *.
^ Voir sur Lamarche, Dumouriez, Mém^^ II, 124 ; sur Money son propre livre, Tht eampaiçn, et une lettre de Dumouriez à Servan, il septembiv (arch. guerre); sur Miaczynski, Bertrand de MoUeville, 1/^1»., iL, 20-25, les Mém. de Dumouriez et sa lettre à Servan du l«r octobre ; sur Oobert, son mémoire déjà cité (arch. guerre) ; son fils, le baron Goberi, le célèbre philanthrope, lui ût élever un magnifique monument au Père-Lachaise.
* L'ordre de bataille du 10 août (arch. guerre) donne les chiffres suivants : 27,581 hommes, dont 12,976 soldats de ligne, 8,23o volontaires et 6,375 cavaliers. Mais il suppose les régiments au complet (pas un seul qui n'ait 750 hommes) et il faut tenu- compte des maladies, des désertions, des renforts envoyés à Verdun et à Longwy, des détachements laissés à Sedan. Gobert dit, il est vrai, que Tarmée se comporait de 25,000 hommes. Dumouriez ne semble pas avoir connu Teffisftif exact de ses troupes ; ii le porte tantôt à 17,000 (lettre à Biron, 28 septembre), tantôt à 20,000 (lettre à Servan, 7 et 8 septembre), tentdtà 23.000 hommes (lf<fm., 254-255) ; il ne fit dresser . nn état de situation que le 20 septembre. Mais on lit dans une lettre de Dillon et dans le procès- verbal du conseil de guerre (29 août) que l'année comprenait 25 bataillonn et 37 escadrons faisante peu près 19,000 hommes. C'étaient, en comptant les secours envoyés aux forterssses qui capitulèrent: l» Ligne: avant-garde : 6* et 8" (avec les 9« et 14* bataillons d'infanterie légère); division de droite : 17* (parti avec Galbaud le 29 août) 43«, 55«. 94* ; division de gauche: 29% 71», 98% 99* ; fUnquêetÊ» di droite : 54* (sans grenadiers), 600 hommes détachés de la ligne, 1 50 chasseurs du 55* ; /langueurs de gauche : 83* (sans grenadiers), 60 J hommes détachés de la ligne, 150 chasseurs du
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La défection de Lafayette avait ébranlé les courages pendant quelques jours. On était dégoûté, écrit Westermann, et tout avait jeté cette armée dans l'abattement et la df^solation. Mais Dumouriez ranima les troupes par son attitude, par ses bons mots, par ses proclamations. Il parcourut le camp tous les jours, et promit aux soldats qu'il leur ferait voir bientôt ces fameux Prussiens. Sa présence, dit Galbaud, encouragea tous les esprits et il sut remédier à la désorganisation ^ On prit peu à peu le génie du général; on devint, à son exemple actif, alerte, confiant. On manquait de tout, mais la plus grande galté, la gaité frauçaise de Dumouriez, régnait dans les marches et aux bivouacs, c La discipline, mandait Westermann le 31 août, est parfaitement établie, et le plus grand ordre règne; l'arrivée du général, son ardeur à voir et à régler tout par lui-même, a fait renaître Tespérance et Tallégresse ; il travaille jour et nuit; il ne se donne, pour ainsi dire, pas le temps de dormir ni de manger *. » On brûlait de se mesurer avec l'ennemi*. On ne songeait plus aux événements de Paris, et, lorsqu'on apprit les massacres de septembre, on n'en parla qu'avec horreur; ces égorgements, disait Duval, méritent Tindlgnation de tout homme de cœur ^ Quelques historiens prétendent que Tarmée de Sedan était en proie à Tinsubordination. Elle avait, au contraire, le plus vif sentiment du devoir, le respect du drapeau, le patriotisme. Elle sentait d'elle-même le besoin d'une discipline
47* ; réserve : six bataillons de grenadiers. 2" CAVAUiRni : avantgarde : 5* et 6* hussards, 3* et 12* chasseurs ; aile droite : 3*, *]* et 15" CBivaXene f aile gauche : 21* et 23* cavalerie, 13* drairons; flanqueura de droite : \" hussards et 11* chasseurs ; fiançuenn de gauche : 2* hussards et 6* chasseurs ; réserve : 2*, 7*. tO« et 12* dragons. 3° Volontaires de 1791 (on les indiaue ici selon leur embrigadement, cp. Invasion prussienne^ p. 76) : 1*' ae PAisne et 3* de Paris ; 4* de la Marne et 1*' de la vienne; 1*' de la Marne et \*' de la Sarthe; 1*' de la Meurthe et 2* de Saône-et-Loire (ce dernier parti le 29 août avec Galbaud) ; 1*' de l'Allier (à Verdun) et 1*' de la Charente ; l*' de la Seine-Inférieure et 5* des Vosges ; 4* des Ariennes (à Longwy) et 5* de la^Meurthe ; 2* de la Marne et 3* du Nord (ordre de bat. 10 aoûtj.
* Galbaud, Observ., 12.
^ A Danton, Journal des Jacobins, corresp. du 10 septembre,
3 Procès-verbal du conseil de guerre, 29 août.
^ Massenbach, i^^m., 1, 64 < den Abscheu >.
L*AR<K>NNB 57
rigoureuse en présence de Tennemi et demandait à son général un règlement plus sévère K Elle aimait ses chefs et déclarait aux commissaires de l'Assemblée qu'elle ne voulait pas élire ses officiers, comme faisaient les volontaires, que « c'était le plus grand malheur qui pût arriver* ». Dumouriez trouva dans ses troupes plus de vertus militaires qu'il ne Tavait cru. Uu soldat du 8® régiment avait pris quelques nippes à une pauvre femme; elle se plaignit à Money qui lui fit rendre son bien ; à peine le général ayait-il tourné le dos que les camarades du voleur se jetèrent sur lui, déchirèrent son uniforme et le fusillèrent sans pitié. Money raconte que partout les soldats respectaient scrupuleusement les propriétés ; il leur ordonna, au camp de Mouzon, de couper de Torge et de s'en servir à défaut de paille ; ils s'y refusèrent obstinément. Il offrait cependant d'indemniser le possesseur du champ ; mais ils disaient qu'ils étaient venus dans l'Ardenne pour défeodre leurs compatriotes, et non pour leur faire du tort, et qu'ils aimaient mieux coucher sur la (erre, si humide qu'elle fût. Ils battaient le blé du paysan, ajoute Money, et ne lui demandaient en échange que la paille qui leur servait de litière '.
Cette armée était donc moins mauvaise qu'on ne l'a dit. On sait les éloges que lui donnait Lafayette^. C'est celle, écrivait Esterhazy, où régnent le plus d'ordre et le plus d'ensemble • La cavalerie, rapporte Dumouriez, était composée des meilleurs régiments de France ; les bataillons de gardes nationales étaient bien disciplinés, aguerris par une année de campements, de marches et de combats perpétuels contre l'ennemi ; l'artillerie était nombreuse et excellente, ayant plus de soixante pièces de parc, outre les canons des bataillons ^.
* Dumouriez à Servan, 6 septembre (arch. guerre).
' Kersaint à l'Assemblée législative, séance du 30 août, Monit, du 1*' septembre.
^ Mooey, The Campaign, 55-57 : « ...were extremely délicate in doin;; injury to the inhabitants, etc. »
* Cp. Invasion prussienne, p. H9 et 81.
^ Esterhazy à Spielmann (Vivenot, Quellen, II, 109). ^ Dumouriez, Mém,, I, 255 : « Nous ayons 6,000 hommes de bonne cavalerie > (conseil de guerre du 29 aoûtj.
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III. Il fallait se saisir en toute hftte des défilés de FArgonoe. Il était facile d'occuper les débouchés du Ghesne- Popuieuz et de la Groix-aux-Bois qui sont le plus au nord . Duniouriez les négligea ; il marcha lui-même sur Grandpré, et donna Tordre a Dillon de gagner les Islettes. Mais Grandpré est à douze lieues de Sedan où campait l'armée française, et à six lieues de Stenay que menaçaient les Autrichiens de Glerfayt. Les Isleties sont à dix lieues de Mouzon où Dillon s'était établi avec son avantgarde, et à six lieues de Verdun qu'assiégeaient les Prussiens. Si les alliés s'avisaient de marcher sur les Islettes et sur Grandpré, ils avaient deux fois moins de chemin à parcourir que les Français.
Deux routes menaient de Sedan à Grandpré: l'une, qui n^est autre que le chemin de Rethel par le Ghesne- Popuieux et Youziers derrière la forêt, c'était ia plus longue et la plus sûre : l'autre par Stonne, les Grandes Armoises, Tannay, entre la forêt et la Meuse, non loin de Stenay, presque sous les yeux des ayant-postes autrichiens, c'était la plus courte et la plus périlleuse.
Dumouriez calcula que, s'il suivait la première route, il aurait près de quinze lieues à faire, que l'ennemi de* vinerait ses desseins, que Glerfayt le préviendrait peutêtre et se porterait aussitôt sur Grandpré, que les Prussiens avertis par le général autrichien, pousseraient sur-le-champ aux Islettes, qu'ainsi l'armée française serait coupée de Ghâlons et forcée de se retirer par Rethel sur Reims. Mais en preuant la seconde route, ne courait-il pas les mômes risques? Ne réyélait-il pas son plan à l'adversaire? Glerfayt ne se hâteraitil pas de le devancer à Grandpré? Tout au moins ne chercherait-il pas à troubler sa marche, à lui enlever ses équipages et son artillerie? Dumouriez résolut de tromper les Impériaux, de les éloigner de sa route, de leur masquer ses mouvements par une démonstration vigoureuse.
Dillon avait, depuis le 30 août, le commandement de l'avant-garde qui campait à Mouzon. Dumouriez lui donna Tordre de se diriger sur Stenay, non pas pour défendre la ville qui est, disait-il, toute ouverte, mais pour inquiéter Glerfayt et tenir sur la rive gauche de la
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Meuse, en face de Stenay, la position de la Neuville ^ Dillon hésilait, objectait le manque de toutes choses et la défiance que lui inspiraient ses troupes, ce II y a du désordre, lui écrivit Dumouriez, mais il ne faut prévoir ni lâcheté, ni fuite ; allons, de la galté * I »
Stimulé par Dumouriez, Dillon envoie Miaczynski à Stenay avec une compagnie de grenadiers, la compagnie franche des Ransonnets, un régiment de dragous et un régiment de chasseurs. Miaczynski passe la Meuse, traverse la ville et se porte à une lieue de là, au village de Baalon. Il est rejoint le 34 août par Dillon et Gobert qui mènent avec eux le 3« et le 11® chasseurs et tentent dans J*après-midi une reconnaissance au-delà de Baalon; mais Clerfayt venait d'arriver à Juvigny, et son avantgarde marchait sur Stenay. A la vue des chevau-légers autrichiens de Cobourg, Dilion ordonne la retraite ; on quitte le poste de Baalon, on rentre dans Stenay, on repasse la Meuse et se met en bataille derrière la rivière. L'ennemi, après avoir pillé les maisons de Baalon dont les habitants ont tiré sur ses troupes, parait sur la hauteur de Stenay et lâche quelques coups de canon. Dillon recule encore ; il se jette dans le bois de Dieulet où la cavalerie autrichienne le poursuit; il devrait tenir bon dans la forêt et appeler à lui toutes les troupes de Tavant-garde ; il recule sur Pouilly, sur Beaumont et de là surMouzon'.
Les Autrichiens avaient passé la Meuse et occupé le poste de la Neuville. La route de Grandpré leur était ouverte. Mais Clerfayt n'avait reçu de Brunswick d'autres instructions qne de couvrir le siège de Verdun et d'observer Montmédy. Il évacua la Neuville, il laissa à Stenay deux bataillons et deux escadrons, il en mit autant à Juvigny pour surveiller la route de Verdun
^ La Neuville est sur la rive gauche de la Wiseppe, à deux kilo> mètres à l'ouest de Stenay.
* Lettre de Sedan, 31 août, Catal, d'autographes, vente du 3 décembre 1866.
* Dumouriez à Servan, !•' septembre, et Mém,^ I, 263; Dillon, Compte reurfiiL 10-i6 ; Mém. de Gobert ; Money, The campaian, p. 40- 45; Gebler, Oesten-ekhieeke militâritche Zeittehrift, 1833,11, 1, p. 34 35; QautU de France du 15 septembre, bulletin de Tarmée de Clerfayt.
et s'établit avec le reste dans le camp de Baalon. Il y demeura jusqu'au 7 septembre. Il est inconcevable, remarquait Dilloo, qu'il ait L.issé gagner aux Français la belle positiou de Graudpré sans les avoir attaqués.
Dumouriez protiia de rinactlon de son adversaire. Il savait au reste que le méthodique Clerfayt ne chercherait pas à (iouuer bataille et préférerait occuper le commode camp de Baalon. Il dissimula le mécontentement que lui causait la mollesse de Diilon et commença cette marche heureusement téméraire qui fut, selon le mot d'un historien militaire, un coup de partie décisif ^ Il s'était mis lui-même à la tète du corps de bataille, composé de douze mille hommes ; un gros détachement, commandé par Chazot. escortait les équipages et Tartillerie.
Le l""' septembre, Dumouriez quittait Sedan et marchait sur Mouzon où il comptait camper, n y trouva son avant-garde qu'il croyait à la Neuville; mais, sans hésiter, il poursuivit sa route et s'arrêta non loin de Mouzun, sur le bord du grand chemin de Stenay; il établit son quartier général à Yonck, et jeta de l'infanterie dans les bois de La Neuville.
Le lendemain (2 sept.), après avoir fouillé la rive gauche de la Meuse et s'être assuré que les Autrichiens ne rinquiéteraient pas, il se portait par Stonne et les Grandes-Armoises sur La Berlière. Ce fut là qu'il apprit que Galbaud n'avait pu secourir Verdun et s'était retiré sur Sainte-Menehould. « Il faut du moins, écrivit-il sur-le-champ à Galbaud, tirer de votre position tout le parti que vous pourrez; il faut s'avancer plus haut que Sainte-Menehould jusqu'aux Grandes-îslettes, et vous fortifier derrière le canal de la Biesme; vous pouvez ramasser tous les habitants des paroisses qui sont dans les bols, vous ferez des abatis et vous vous trouverez par ce moyen maître très facilement du chemin de Sainte-Menehould à Yarennes et à Verdun*. »
1 Tableau histor,, II, 93.
* Dumouriez à Servan, 2 septembre farch. ^erre), et jtfîA»., I, 263 ; Dumouriez à Galbaud, 2 septembre (Biblioth. de Vcffdan, Verdun- Eévol., II, p. 24).
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Le 3 septembre * Dumouriez était à GraDdpré. Il ne connaissait les lieux que par la carte et n'avait pensé jusque-là qu'à se poster derrière TAisne et à défendre les hauteurs ou, comme il le disait, la trouée d'Autry. Il ne parle que d'Autry dans ses dépêches au ministre *. Mais \a position de Qrandpré lui sembla si bonne, qu'il résolut d'y rester ; le 3 au soir, un détachement, commandé par Stengel, se portait à Saint-Juvin.
IV. Dumouriez établit son camp sur le plateau ou, comme il dit dans ses Mémoires, sur le grand amphithéâtre qui s'élève dans la presqu'île comprise entre l'Aire et TAisne et que couronnent les bois de Nègremont. L'Aire coulait sur le front du camp et l'Aisne en défendait les derrières. La droite de l'armée s'appuyait au plateau de Marcq et la gauche à Qrandpré. La réserve était à mi-côte, à une faible distance de l'Aire, entre la ferme de Barbançon et le petit village de Ghevières. Le parc d'artillerie fut installé derrière le camp, à Senuc, à l'extrémité des bois de Nègremont et de la presqu'île. Deux ponts de pierre sur l'Aisne, l'un près de Senuc, l'autre un peu plus bas, à Grrandham, facilitaient, le cas échéant, la retraite de l'armée.
1 Et non le 4, comme il dit dans ses Mém. et comme l'ont répété tous les historiens. Cp. Dillon, Compte rendu^ 15; Money, The eampaian, 49 ; Dumouriez à Galbaud, 2 septembre : « Je serai demain à Ërrandpré >, et Westermann à Danton (G^randpré^ 5 septembre. Journal des Jacobins, corr^ 10 septembre). Le 5 septembre Dumouriez écrit à Luckner : c Le 2, Chazot est venu camper a La Neuville-à- Maire ; je le couvrais, mon avant-garde à Saint-Pierremont et mon centre à la Beriière. Le 3, il est venu camper à Briquenay ; j'ai campé avec le corps de bataille à Beffu et mon avant-garde à Cornay et à Marcq. J'avais alors reconnu la grande trouée de Qrandpré. J^y ai réuni 16 bataillons, 15 escadrons de cavalerie et de dragons. 6 escadrons de hussards et une petite avant-garde de flanqueurs d un r^giment d'infanterie et d'autres troupes légères. J'ai pris alors le 4 une position inexpugnable. >
* Dumouriez à Servan, 1*' septembre : « Je marche demain par Stonne sur le Chesne-Populeux, le 3 sur Vouziers, le 4 sur Autry > ; 2 septembre : < marcher le 4 sur Autry > . L'auteur du Tableau hist.
SI, 87) a vu et touché ce point ; « le plan de Dumouriez se réduisit 'abord à se couvrir provisoirement de l'Aisne en occupant sur la pauche de cette rivière la petite ville d' Autry à cinq lieues au-dessous de Sainte- Menehottld *•
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Le château de Grandpré fut le siège du quartier général. Il apparteuait à Séiuonville, ami de Dumouriez, un dos agents les plus actifs et des pLus intrigants du nouyeau régime. Sa situation sur une hauteur, les deux grosses tours qui le flanqua lent, ses larges fossés, ses nombreux communs, le vaste parc qui Tentourait, faisaient de cet éditioe un des plus beaux et des plus imposants de TArdenne ^
Après avoir porté le corps de bataille sur la rive gauche de TAire, Dumouriez plaça son avant-garde en demicercle depuis le coude que fait la rivière près de Saint- Juvin jus(iu'au bois de Bourgogne. L'avant-garde s'étendait ainsi sur utic ligue oblique que couvrait le ruisseau de TAgron et qui passait par Saint-Juvin, Beffu et le Morthommc. Beffu formait le centre de la position; le Morthomme, la gau(*he, et Saint-Juvin, la droite. Les troupes de Beflu et du Morthomme pouvaient se retirer par deux ponts sur le \illage de Gbevières; celles de Saint-Juvin, par deux autres ponts, sur la hauteur de Murcq. Le poste du Morthomme, à la lisière du bois de Bourgogne, dominait la plaine. Il devait être commandé par le créole Mirauda.
Ce remarquable aventurier qui fut un des meilleurs lieuteuauts de Dumouriez eu Champagne et en Belgique, éiait né à Carijcas, dans TAmérique du sud. Proscrit par le gouvernement espagnol, il avait voyagé dans le monde entier et parlait presque toutes les langues de TEurope. Il était venu eu France avec une riche collection de livres, de gravures, de tableaux et de statues; mais il avait eu soin de se muuir de lettres de recommanda-* tion signées par les orateurs de l'opposition anglaise. Il s'était lié pendant un séjour à Londres avec Fox, Sheridan et ce Priestley que les départements de TOme et de Rhône-et-Loire appelaient à la Convention *. U
1 Ce château a été détruit par une incendie le 19 novembro 1S34. Il avait été vendu à Sémon ville le 11 septembre 1791 par la marquise Hennequiu d'Ecquevilly ; c'est là qu'eut lieu en 1799 le mariage de Jouberi. et de M'^* de Sémon ville (Elizé de Montagnac, AréeMMit illustrées),
* Cp. Lafayette, M^m., IV, 342, c ses liaisons aiurlaises » et S^iffar, Métn,, 1, 462. ^^ ^*
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entretint les Girondins de son horreur pour la tyrannie et leur annonça qu'il serait un jour le libérateur de TAmérique espagnole; ils accueillirent avec empressement cette précieuse recrue. Miranda possédait de grandes connaissances militaires ; il avait assidûment étudié les ouvrages de tactique ; il dissertait avec chaleur sur Alexandre et César, sur le maréchal de Saxe et Frédéric II, sur Folard et Guibert. Il reçut le 25 août, par Tentremise de Pélion, son brevet de maréchal de camp et arriva le 41 septembre à Graodpré. Il apportait à Dumouriez un exemplaire de Piutarque ^
Le poste de Sain t-Ju vin, tout près de la rivière, est un plateau arrondi et facile à défendre. Dumouriez y mit l'homme qu'il regardait comme le meilleur officier de son armée, le colonel du 4«' hussards, Stengel. Il était suspect de fayettisme et, saos Dumouriez, S^rvan l'eût peut-être destitué*. Stengel fut nommé le 13 septembre maréchal de camp. C'est le Murât de la Révolution. Il avait la vue basse, et ce défaut toujours dangereux pour un soldat, surtout pour un soldat d'avantgarde, causa sa mort à Mondovi (17 avril 1796). Mais il a mérité les éloges de Napoléon qui le jugeait à la fois intelligent, adroit et alerte. Stengel, disiiit le prisonnier de Sainte-Hélène, « fut non seulement un excellent officier de hussards, mais un général consommé, Il réunissait les qualités de la jeunesse à celles de 1 âge mûr ». On le vit à Lezegno précéder Tarmée et préparer tout ; lorsque Bonaparte arriva quelques heures plus tard, Stengel avait reconnu les défilés et les bois, trouvé des guides, interrogé le curé et le maître de poste, lié des intelligences avec les habitants, envoyé des espions de tous côtés, saisi les correspondances, traduit et analysé les lettres qui contenaient des renseignements utiles, pris les mesures nécessaires pour établir des magasins de vivres et rafraîchir les troupes '.
* Sur Miranda voir Dumouriez, Mém.^ I, 8« ; Mém, de M™» Roland, U. 34S-358 ; Notes de Servan aux Mém, de Dumouriez, 35 ; Ségur, Mim.,l, 461.
' Cp. Invasion prussimne, p. 53, le rôlB de Stengel à Parmée de fiedaji après le 10 août.
< Dumouriez à Serran : « le plus excellent officier que nous ayons
Telle était la position choisie x>ar Dumouriez. Les ennemis la trouvèrent très avantageuse et presque aussi formidable qu»^ les Islettes *. Pour la forcer, il fallait chasser de la rive droite de TAire Ta vaut- garde de Stengel et de Miranda établie de Saint-Juvin au Morthomme derrière le ruisseau de l'Agron; puis franchir la rivière sous le feu plongeant de Tartillerie française placée en trois endroits, au château de Grandpré, sur les pentes boisées de Négremont et sur le plateau de Marcq; enfin, après avoir délogé l'adversaire de Marcq et de Négremont on trouvait un nouvel obstacle, TAisne dont Dumouriez pouvait disputer sérieusement le passage en se postant sur les hauteurs d*Autry.
y. Pendant que Dumouriez s'établissait à Grandpré, Dillon faisait diligence pour fermer les gorges du Glermontois et occupait les Islettes, mais non sans de vives angoisses et de singulières aventures. Après être demeuré le 4«r septembre à Mouzon, il avait marché le 2 jusqu*à Saint- Pierremont, et s'était porté le 3, par Buzancy, sur Gornay. Il se rendit à Grandpré pour prendre les dernières instructions du général en chef. Le lendemain
pour conduire une avant-garde ; c^est un homme du plae grand mérite que cet avancement attachera à la cause de la uberté • (6 septembre) ; < c'est le meilleur othcier de Tarmée » (7 septembre} ; c c'est le seul bon officier que faie > (H septembre), et Mém,, I, 110; Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène^ I, 2^2, et II, 223-224; Bonaparte écrivait à Carnot le 9 mai 1796 : c depuis la mort de Staqgel, Je n'ai plus un officier supérieur de cavalerie qui se batte ». Henri Stengel était né à Neustadt dans le Palatinat. U fut traduit an 1793 devant le tribunal révolutionnaire ; on l'accusait d'avoir causé les revers qui avaient précédé la défection de Dumouriez ; il fut acquitté à Tunanimité le 28 mai. Il avait ainsi retracé sa carrière militaire avant 1792 : c Voyez un militaire qui servant trente-trois ans la France, Ta fait toujours avec intégrité. Lieutenant-colonel et commandant aes hussards de Chamborant, j*ai toujours su contenir les officiers. On me fit passer au commandement du 9" régiment des dragons, mais, sans me donner le temps de joindre, on me donna le l** des hussards et le commandement d'autres troupes de flanqueurs (il commandait en effet à Tarmée de Lafayette les flanqueurs de droite). Domoariez me confia dès son arrivée à l'armée Pavant-garde >. (Arch. nat., W, 272, dosa. 41, pièce 26, p. 3 et 4.) '
1 Minutoli, Srinnerungen, 119 : < 80 Tortheilhaft und heinahe unangreifbar >.
l'ahoonne 65
(i septembre) il dit à Money, avec une profonde émotion, que Dumouriez lui commandait de passer par Varennes, et de gagner les Islettes à travers la forêt. « Cet homme est fou, s'écriait-il. Il insiste pour que je parte aujourd'hui, malgré mes pressantes représentations. J'ai beau lui dire que le pain n'arrivera que ce soir à Marcq et se trouvera à sept lieues de moi, que les routes sont impraticables, que les Prussiens s'approchent. Vous verrez que nous serons attaqués dans notre marche sur Varennes * ! »
Mais les Prussiens ne se montrèrent pas. On ne vit au loin que leurs vedettes sur la hauteur d'Avocourt. On traversa Varennes, on arriva sans encombre à la lisière des bois. « Que faut-il faire maintenant? » demanda Dillon à Money. « C'est la seule fois, assure ce dernier, qu'il exécuta sur-le-champ ce que je lui conseillais. » Le chemin était défoncé par les pluies; si l'on ne pouvait en prendre un plus court, rapporte un habitant du pays, on ne pouvait aussi en prendre de plus montueux et en plus mauvais état. Sur lavis de Money, on détacha en avant-garde des pionniers qui réparèrent la roule et l'aplanirent. Des paysans les aidèrent. La cavalerie passa d'abord ; l'artillerie vint ensuite; Money formait l'arrière garde avec deux canons , deux bataillons d'infanterie et le reste des pionniers chargés de barrer et de regâter le chemin.
Oq atteint ainsi la Pierre- Croisée, puis le village de La Chalade,dans un des endroits les plus resserrés des gorges du Clermontois. Mais Dillon apprend des officiers municipaux de La Ghalade que Galbaud vient d'abandonner la côte de Biesme et de se retirer sur Châlons. On lui conte qu'une vive fusillade s'est fait entendre pendant la journée, que les Prussiens occupent les Islettes. qu'il sont maîtres de Sainte-Menehould. Dillon, consterné, ordonne aussitôt à sa troupe de rebrousser chemin ; on quitte La Ghalade; on longe la rive droite de la Biesme; à la nuit close, les soldats, harasssés par celte marche
1 Money, The eampaign, 49 : c he said, Dumouriez was mad. . . > ; lettre de Dillon à Galbaud (arch. nat., A.A, 61, papiers de Galbaud, p. 74) : Dillon, Compte rendu, 17.
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qu'ils avaient commencée à quatre heures du matin, entraient à Vieune-le-Ghâteau K
YI. On a vu que le maréchal de camp Galbaud, chargé de secourir Verdun avec le n« régiment, le 2« bataillon de Saône-et-Loire et quatre canons, arrivait le soir du 30 août à Yarennes. Il était trop tard pour se jeter dans la place. Il résolut de se rendre à Metz par Ligny et Bar-le-Duc, et se porta sur Glermont*. Mais craignant de rencontrer encore les Prussiens, il se ravise, tourne à droite et prend la route de Ghâlons. Il traverse le village des Isletles, il gravit la côte de Biesme, il y laisse un poste de quelques hommes, il descend à Sainte-Menehould (31 août). Mais il avait compris l'importance du défilé. Il y revient le lendemain et parcourt les hauteurs qui dominent la vallée de la Biesme. Les hai)itants de Yarennes l'avaient prié d'emmener avec lui les deux pièces de canon que T Assemblée constituante leur avait données en récompense de Tarreslation de Louis XYI. Galbaud disposait donc de six pièces; il en place quatre à la côte de IBiesme et envoie les deux autres, avec le bataillon de Saône-et-Loire, à Florent. Il demande en toute Mte des renforts au conseil général de la Marne. II somme le district de Sainte - Menehould d'ordonner à toutes les communes de la forêt d'Argonne de faire des abatis, de rompre les chemins, en un mot d'opposer aux Prussiens toutes les difficultés possibles. Le 2 septembre, au soir, 11 apprend la capitulation de Yerdun, mais, dit-il luimême, « le poste de Biesme était le seul obstacle qu'on pût opposer à Tennemi ; mes deux bataillons, indignés de la reddition de Verdun, me jurèrent que l'envahisseurlne passerait que sur leurs cadavres • ».
Le lendemain (3 sept.), la garnison de Yerdun débouchait dans la plaine des Islettes. C'étaient les quatre bataillons de Mayenne-et-Loire, de l'Allier, de la Gha-
1 Cp. sur la marche de Dillon : Money, Tke caM/wt^fi, 49-53; Gobert, mémoire (arch. guerre) ; Dillon, Compte rendu^ 18 ; Bairette, Hist, de Sainte- Menehould, II, 599.
' Cp. Invasion prussienne^ p. 231-232.
^ Galbaud, Observations^ 16-18 ; arch. nat., AA, 61, ptp. de Galbaud, p. 72, réponse du conseil général de la Mu^ne^ 2 i^tembro.
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renle-Iaférieure et d'Eure-et-Loir. « Je croyais, raponte Galbaud, que, frémissant de rage, ils saisiraient avec empressement l'occasion de venger Fhonneur français en restant avec moi. » Il les vit arriver en désordre et comme en déroute, tirant des coups de fusil dans les arbres, criant à la trahison, ajoutant que tout était perdu, que les Prussiens étaient victorieux et invincibles, que leur armée couvrait les hauteurs du mont Saint-Michel et s'étendait sur les deux côtés de la grande route, de Verdun jusqu'à Glermontl Le premier officier qu'il interroge ne répond qu'en donnant des marques de frayeur. Le générai, indigné, le fait conduire à la prison de Sainte-Menehofuld. Mais cet exemple n'arrête pas les lâches discours et les cris d'épouvante. Des volontaires remettent leurs armes à Galbaud en disant qu'ils ne veulent plus combattre, et que, désarmés, ils sont sûrs de la pitié du vainqueur. Galbaud s'efforce de les rassurer; il leur affirme que ce « spectacle effrayant du camp des Prussiens est un étalage et une pure charlatanerie ' » ; il leur déclare qu'il faut défendre la patrie ; il leur ordonne enfin de rester avec lui pour renforcer les postes de Biesme et de Florent. Les bataillons d'Eure-et-Loir et de la Charente-Inférieure obéissent, non sans répugnance. Mais les bataillons de l'Allier et de Mayenneet-Loire se dirigent, sans écouter Galbaud, sur Sainte- Menehould; Allier prétend qu'il doit, aux termes de la capitulation, se retirer à Reimp ; Mayenne-et-Loire promet de revenir à la côte de Biesme, mais veut auparavant rendre les derniers devoirs à Beaurepaire.
Le bataillon de l'Allier entre à Sainte-Menehould et y demeure jusqu'au soir ; à huit heures, les officiers se présentent à la municipalité ; ils exposent que leur autorité est méconnue, qu'ils doivent prendre la route de Reims, cpie les soldats menacent de quitter le drapeau par bandes de quinze et vingt, qu'on les insulte dans la ville, et que, si Ton ne presse leur départ, ils tireront vengeance des outrages qu'ils ont essuyés. Les officiers municipaux enregistrent cette «déclaration et ajoutent : « et nous, déclarons n'avoir aucune connaissance des
' Arch. guerre, Galbaud à Serran, 11 septembre.
faits y énoncés ». Le bataillon de TAllier quitte la ville '. Cependant Mayenne-et-Loire avait célébré les funérailles de Beaurepaire. Le cercueil qui renfermait le corps du commandant était placé sur un fourgon d*artiilerie. A rentrée de Sainte-Menebould, au pont oii quatorze mois auparavant, la municipalité avait reçu Louis XVI, des volontaires du bataillon portèrent le corps sur leurs épaules. Beaurepaire fut enterré dans le cimetière de la ville, au pied de l'église du cbâteau. « La pompe funèbre, dit un témoin oculaire, fut aussi noble qu'attendrissante; c'était à qui de ses frères d'armes aurait Tbonneur d'orner de la couronne civique le cercueil de ce cbcf ; officiers et soldats, tous payèrent le tribut de larmes dû à un militaire qui avait préféré la mort à la honte de rendre une place de guerre sans l'avoir défendue*. »
^ Déclar. des officiers du bat. de TAllier, fait« ptr devant la municipalité de Saiute-Meoehould. Galbaud, Obterw,^ 34-35.
* Voici Pacte de sépuliure : < Le 2 septembre i79it, est décédé à Verdun Nicolas Beaurepaire, commandant le 1*' bataulon des volontaires de Mayenne-et-Loire, et commandant militaire de la ville et citadelle de Verdun, âgé de cinquante-trois ani, et le lendemain son corps a été inhumé au cimetière de cette paroisse, par moi, curé soussigné, en présence de Louis Lemoine, lieutenant'Colonel dudit bataillon, et d'Augustin Pébu, capitaine audit bataillon, qui ont signé avec nous. > Gfambet, curé. L. Lemoine, commandant en second. Péhu, capitaine (Refzistres de la paroisse de Sainte-Menehould). Cp. Buirelte, Hist. de Sainte-Menehould^ II, p. 595. On ne sait plus exactement où Beaurepaire est enterré: t Ses.cendres gisent ignorées au milieu de nous ; pas une pierre, pas une inscription en souvenir de ce stoïque soldat. > (Nidart. séance du 21 septembre 1872 du conseil municipal de Sainte -Menenould, Revue de la MaM%ê») M. Nidart croit, d'après le témoignage d'une veuve Gruillaumet qui vit la cérémonie et se rappelait encore les coups de fusil tirés sur la fosse, que Beaurepaire est enterré au-dessous de la première ou de la seconde fenêtre de la chapelle Sainte-Catherine, à droite du portail
?[ui donne sur le nord, en vue de l'Argonne, et, pour ainsi dire, en ace de Verdun. 11 est singulier qu'on n'ait pas encore fait de fouilles en cet endroit et déterré le corps. — Coulommiers a récemment élevé une statue à Beaurepaire. On eut quelque temps le mfime projet à Sainte-Menehould, en 1793, où le conseil général décidait d'élever à Beaurepaire une colonne pyramidale (Buirette, II, p. 595) • et en 1872, où M. Nidart proposait de lui élever une statue. Le général Chanzy appuya la proposition de M. Nidart; la ville offrit l'emplacement nécessaire, et M. René de Saint-Marceau avait déjà fait la maquette de la statue ; le projet n'eut pas de suite.
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Mais, après reaterrement de Beaurepaire, le bataillon de Mayenne -et-Loire refusa de tenir sa promesse et de regagner la côte de Biesme. Il prit, comme le bataillon de TAllier, la route de Ghâlons, en prétextant qu'il avait reçu du commissaire des guerres Pichon l'ordre de se rendre à Chartres. On n'entendait dans ses rangs que des cris de colère contre Galbaud; il avait causé la mort de Beaurepaire en quittant Verdun avant le siège; il avait bâté la reddition de la ville en se portant trop tard à son secours ; il n'avait pas le droit de donner des ordres au bataillon qui ne relevait que du maréchal Luckner; enfin, il n'avait pas assisté aux funérailles de Beaurepaire, quoiqu'on l'eût invité * !
Galbaud était, en effet, resté à la côte de Biesme. Il avait visité tous ses postes; il avait mandé à Dillon et à Dumouriez le funeste découragement de la garnison de Verdun ; sa tournée faite et ses courriers expédiés, il se rendit à Sainte-Menehould. Il apprit avec une douloureuse indignation le départ des bataillons de l'Allier et de Mayenne-et-Loire. Ce qui l'irritait surtout, c'était la défection des volontaires que Beaurepaire avait commandés. Aussi, quelques semaines plus tard, lorsque Tadjudant-major Delaage parut à la barre de la Convention et flétrit la lâcheté des Verdunois, Galbaud ne se contint pas : « Vous accusez de lâcheté les habitants de Verdun, s'écriait-il, et vous, fûtes- vous braves le 3 septembre! Vous vous dites amis de Beaurepaire. Est-ce lui qui vous avait appris à dire que l'ennemi était invincible ? Ne vous souveniez-vous plus de m'avoir vu avec lui à Verdun ? Aviez- vous oublié qu'il m'honorait de son amitié 1 Ne deviez- vous pas voir en moi, lorsque je vous montrais le chemin de 'l'honneur, l'exécuteur ponctuel de ses dernières volontés * I »
1 Lettre authentique de Lemoine (Grille, II, 300-303) du 10 septembre : « Le bataillon reçut Tordre de se rendre aux déûlés de Glermont; notre devoir était d'obéir et ce devoir fut méconnu. ■ Cp. la réponse des députés de Mayenne-et-Loire à Galbaud, p. 11 et 12.
» Galbaud. Observations, 27. Cp. la lettre de Marceau du 7 septembre (Dounlet, 142) : « 300 lâches viennent de quitter leur drapeau soit par envie de retourner dans leurs foyers ou par crainte >; la lettre de Billaud-Varennes (Rousset, Les volontaires, 79] et Arch.
Mais Galbaud D*était pas au bout. Les bataillons d'Ëurc-et-Loir et de la Charente-Inférieure, placés à la côte de Biesme et à Florent, avaient communiqué leur peur au 17* régiment et au 2* bataillon de Saône-et-Loire. C'était ce jour-là qu*uQ détachement prussien entrait dans Yarennes et arrêtait le maire de la ville. Cette nouvelle acheva d'ébranler les courages; on crut que les Prussiens s'approchaient, on n*osa pas les attendre, on cria qu'il fallait se retirer sur Châlons. La garnison de Verdun, dit Galbaud, avait entièrement désorganisé ma petite armée. Il manda les principaux officiers ; tous lui confirmèrent la panique des troupes et rassurèrent qu'il suffirait d'une poignée d'hommes pour les mettre en fuite. Galbaud tint conseil pendant toute la nuit; il croyait trouver encore dans les deux bataillons qui venaient de Sedan, assez de monde pour résister à l'adversaire et il se faisait fort d'arrêter les Prussiens avec quelques gens résolus jusqu'à l'arrivée des secours qu'il attendait de Dumouriez. Mais d'heure en lieure des soldats arrivaient de Biesme et de Florent par petits pelotons; en vain Galbaud les conjurait de regagner leur poste et de ne pas se déshonorer; personne ne voulait l'entendre. Les lâches 1 s'écriait Marceau, je regrette d'avoir été jugé digne de les commander 1
Galbaud, désespéré, donna Tordre d'abandonner la côte de Biesme. Il laissait derrière lui, disait-il, une des clefs de la France, mais les quatre bataillons qu'il emmenait pouvaient encore être utiles à la patrie. Il quitta Sainte-.
guerre, 9 sept. : « Les militaires de la garnison de Yordan sèment tour à tour sur leur route la consternation et la sécurité : k consternation en publiant que Verdun avait été livrée par les corps administra til's et les habitants, la sécurité en annonçaitt aue la roi de Prusse et le duc de Brunswick les avaient comblés ae bienfaits et leur avaicut dit : t Vous n'avez rien à craindre de nos armées, nous ne 1 venons pas pour vous faire la guerre, mais seulement pour rétablir
> Louis X.VI sur le trône ; loin donc de vous opposer à nos efforts,
> votre intérêt exige que vous suiviez nos drapeaux ou que vous
> restiez tranquilles, d autant mieux que vous 6tes trahis partout et
> que par conséquent votre défaite est assurée » ; Dillon , Cornue rendu, 19 ; Clavière à Galbaud, 10 septembre : c le déconraeement où vos concitoyens paraissent ôtre tomnés en imaginant trop li^çèrement que les généraux se sont fait un système de les abanoonner au milieu des dangers >. Cp. Invasion prussienne^ 260-261.
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Menehould le matin du 4 septembre. Déjà lés habitants de la ville cachaient ce qu'ils avaient de plus précieux ; la municipalité se préparait à recevoir les Prussiens et ordonnait le désarmement de la garde nationale et des bourgeois *.
Pourtant il restait à Galbaud une lueur d'espérance. Il savait que Dillon marchait sur Varennes avec une avant-garde de 6.000 hommes. Il pria les administrateurs du district de lui dépêcher un courrier dès qu'ils auraient des nouvelles. Il était à trois lieues de Sainte- Menehould, au village d'Auve, où sa troupe faisait halte pour se reposer, lorsque le courrier arriva. Il apportait une lettre de Dumouriez et une autre de Dillon : Dumouriez annonçait à Galbaud que Dillon allait le joindre avec un corps d'infanterie et de cavalerie ; Dillon écrivait qu'il précipitait sa marche et passerait par Varennes, La Chalade et Florent. Presque au môme instant un courrier de Ghâlons remettait à Galbaud une dépêche de Luckner qui le priait de tenir ferme dans sa position de Biesme « sans se compromettre et courir le danger d'être écrasé/). Galbaud lit ces lettres aux soldats. Le courage des troupes se ranime. Le 17« et Saône-et-Loire, les premiers, demandent à revenir sur leurs pas. Les quatre bataillons rebroussent chemin. Le soir du 4 septembre, Galbaud occupait de nouveau la côte de Biesme pour y demeurer jusqu'à Tissue de la campagne. Mais durant toute une journée, le déûlé des Islettes était resté sans défenseurs, et si 50 hussards prussiens s'étaient avancés sur la grande route, ils auraient peutêtre changé le sort de la guerre '.