OBSERVATION XX
LACASsAGNE : Vacher l’éventreur et les crimes sadiques. — Lyon- Paris, 1899.
Je résume ici brièvement le travail très documenté de mon maître M.le professeur Lacassagne.
Joseph Vacher est né à Beaufort (Isère), le 16 novembre 1869.
Il est issu d’une famille honorable et tres nombreuse, ne présentant aucune tare nerveuse. Enfant, il était sournois et méchant. A l'école, il fut renvoyé pour des actes immoraux sur ses camarades. Peu apres, il (tenta d'accomplir sur un enfant un acte hors nature. Au régiment, il devint sergent, mais il fit un séjour à l’infirmerie pour troubles mentaux, puis dut être réformé etenvoyé dans une asile d’aliénés. Cette réforme et cet internement eurent pour cause une tentative d’assassinat sur une jeune fille qui refusait de l’épouser. Il avait tenté de se suicider. Il sortit bientôt guéri de l'asile.
Il partit comme chemineau, à pied, à travers la France, et c’est alors qu’il commit une série de crimes, du mois de mai 1894 au moi d'août 1891.
1° Le 49 mai 189k, il tue a Beaurepaire (Isère) une ouvrière de vingt et un ans, Eugénie Delhomme. Il égorge après avoir étranglé sa victime, ensuite il la viole, Il ne fait qu’ébaucher une mutilation.
2% Le 20 novembre 41894. à Vidauban (Var), il égorgeait la fille d'un fermier, Louise Marcel, âgée de seize ans, pratiquait le coït sodomique et mutilait le cadavre en coupant les seins et en éventrant le corps de sept coups de couteau.
3° Le 42 mai 1895, au Bois-du-Chêne (Côte-d'Or), il égorge Adèle Mortureux, journalière, âgée de dix-sept ans. Le viol est douteux. Les seins sont mutilés. Vacher vole les souliers et les boucles d'oreilles de sa victime.
4° Le 24 août 1895, à Saint-Ours (Savoie), Vacher égorge chez elle la veuve Morand, âgée de cinquante-huit ans et pratique probablement le coït anal. ,
5° Le 1* septembre 1895, à Bénonces (Aïn), il égorge un berger, Victor Portalier, âgé de seize ans ; il doit y avoir coït anal. I dépèce les organes génitaux et ouvre largement labdomen. Vacher prétend avoir mordu les testicules, cela paraît faux.
6° Le 23 septembre 1895, à Truinas (Drôme), Aline Alaise, âgée de seize ans, a la gorge coupée. Il n'y a pas de viol, la mutilation est peu considérable, Vacher ayant di être dérangé pendant son crime.
Le 29 septembre 1895, à Saint-Étienne-de-Boulogne (Ardèche), Vacher égorge Pierre Massot-Pellet, berger, ‘âgé de quatorze ans, le souille sodiquemenl et l’éventre.
8 Le 10 septembre 1896, à Busset (Allier), Marie Moussier, bergère, dix-neuf ans, est égorgée, peut-être violée, le nez est mordu.
9 Le 1°" octobre 1896, à Saint-Honorat (Haute-Loire), Vacher coupe la gorge de Rosine Rodier, bergère, âgée de quatorze ans. I! éventre le cadavre et mutile les parties génitales. On ne sait pas s’il y a eu viol.
10 En mai 1897, à Tassin-la-Demi-Lune (Rhône), Vacher assaille Claudius Beaupied, un jeune vagabond de quatorze ans. On n’a retrouvé que les ossements du cadavre. Il est probable que l’assassin le profana comme les autres.
11° Le 48 juin 1897, à Courzieu (Rhône), Vacher égorge sa dernière victime, Pierre Laurent, berger, âgé de treize ans, mutile le scrotum et pratique le coït anal.
Le 4 août 1897, Vacher fut arrêté dans l'arrondissement de
PNR
D fn ie Tournon, à raison d’une agression significative commise sur une femme.
La série des crimes de Vacher n’est pas entièrement connue, En rapprochant de son passage en différents endroits les meurtres d’aspect semblable aux siens, on retrouve pres d'une ving-
laine de crimes ou tentatives qui pourraient être attribués à ce misérable.
NÉCROSADISME ET LITTÉRATURE
Il faut, je crois, considérer comme étant du domaine de la littérature (une bien médiocre littérature du reste) l’histoire de vampirisme narrée au tome III des mémoires de M. Claude, le policier du second empire. Cet auteur raconte que dans les premières années du règne de Napoléon, il fut chargé de capturer un homme qui s’introduisait dans le cimetière Montmartre, pour exhumer, mutiler et souiller des cadavres de femmes. Le policier aurait découvert un jeune militaire qui profitait de la maison d’un de ses oncles, fossoyeur à ce cimetière, pour pénétrer dans la nécropole et commettre ses profanations.
On voit combien cela ressemble à l'histoire de Bertrand. Morel cependant, qui savait fort bien que les profanations de Bertrand avaient eu lieu dans le cimetière Montparnasse, écrit en 1857 (1): « On se rappelle peut-être encore l'émotion que produisirent il ya peu d'années des actes
de ce genre accomplis par un militaire dans le cimetière
Montmartre. » Y aurait-il eu quelque émule de Bertrand ?
(1) More, (azette Médicale de Médecine et de Chirurgie, 1857,